L'ANTI-BIGOT
A propos des Quatrains du Déiste — document unique et inédit^ dont l'importance ne saurait échapper aux érudits qui s'occupent de l'histoire des variations du sentiment religieux dans notre pays — nous n'esquisserons pas un tableau du libertinage en Franco dans la première moitié du xvii'' siècle, ce tableau on le trouvera dans les Essais et Poésies (1886) de M. René Grousset, dans Les Libertins eu France au xvii*' siècle de M. Perrens (1899) et, plus récemment, dans le beau travail de M. Fortunat Strowski : Pascal et son temps : de Monta ii^ ne à Pascal (1907). Ces quatrains ne constituent pas un opuscule philosophique accessible seulement à une élite, analogue, par exemple, à un résumé des Essais de Montaigne, de la Sainte PJiilosopJiie de Du Vair, de la Sagesse de Charron, de Y Anipliitliéàtre de Vanini (traité suspect d'athéisme, écrit en latin que Fauteur paya de sa vie, malgré le privilège royal et l'approbation ecclésiastique), etc., etc., mais
( 1 ) Les archives poétiques de la libre-pensée en France se réduisent à tort peu de chose au xviie siècle : En dehors des Quatrains du Déiste et des sonnets de Des Barreaux, nous ne relevons guère que les traductions du I*"" livre de Lucrèce et du chœur du second acte de la Troadc de Sénèque par D'Hesiiault, encore ces deux morceaux nont-ils rien d'original, sinon qu'ils font éclater la voix de l'athéisme à une époque où elle était étouffée, de petites pièces de Linières, de Madame Des Houlières, de Saint-Evremond, de l'abbé de Chaulieu, du marquis de La Fare et c'est tout. Nous ne parlons pas de quelques rimes échappées à Théophile deViau qui sont perdues au milieu de ses œuvres, et d'une scène de VAgrippi/ic de Gvrano de Bergerac.
bien un petit manuel de combat, présenté sous la forme la plus accessible aux esprits faibles : de simples strophes de quatre vers sur le modèle de celles de Pibrac et de Mathieu \ manuel destiné à ruiner par des négations les vérités chrétiennes, ou, si on aime mieux, à déniaiser les intelligences en employant le langage des esprits forts.
Ces Quatrains du Déiste, rédigés avec une grande habileté, ont exercé une réelle influence sur une partie de la jeunesse dorée qui entourait le trône de Louis Xlll et prenait le mot d'ordre de Théophile de Viau, ils ont suscité de légitimes alarmes. Un savant distingué, le Père Mersenne, de l'ordre des Minimes", a consacré presque la matière de deux gros volumes comprenant i34o pages à les réfuter, emboîtant le pas à un autre religieux de la
(i) La liste suivante, très incomplète, donnera une idée de la vogue des quatrains : Pybrac, 5() quatrains (1574)» ils ont été portés dans les éditions postérieures jusqu'à 126; La Primaudaye : Cent quatrains consolatoires (iSSa); François Perrin : Cent et quatre quatraines de quatrains, contenant plusieurs belles sentences et enseignemens... (1587); Jean de la Jessée : La Philosophie morale et civile, 202 quatrains (iSgS); Ant. Favre ou Faure : 100 quatrains (1602); Pierre Mathieu : Tablettes de la vie et de la mort, 100 quatrains (16 10), portés dans les éditions postérieures à 3oo; Raoul Parent : i5o quatrains (s. d., avant 1612); Les quatrains du sieur de Nuysement, sur les distiques de Caton, 142 (s. d.) ; Pierre Enoe : 5oo tableaux de la vie et de la mort (1G17); J. D. Colony, Deux centuries de quatrains (1619) et Jean Claverger, 225 quatrains moraux (1624). Avant Pybrac, nous citerons : Les considérations des quatre mondes à savoir est : Divin, Angélique, Céleste et sensible, comprises en quatre centuries de quatrains, contenant la Cresme de divine et humaine philosophie. Par Guillaume de la Perrière, Tolosan. Lyon, Macé Bonhomme, i552, in-8.
(2) Le Père Mersenne (8 septembre i588, 1 1«'' septembre 1G48). Le Père Hilarion de Coste a écrit sa vie.
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Société de Jésus, le Père Garasse \ qui essayait de terro riser les libertins :
// vaut niieujc n'en point estre,
C'est un niescJiant méfier qui fait hrusler son maistre' !
Particularité à noter, les deux champions de la foi catholique, tout en poursuivant le même but avec la même énergie, diffèrent sur le choix des moyens à employer pour l'atteindre : Le Minime cherche à convaincre, il s'apprête par sa dialectique à réduire à merci son adversaire, le titre de son livre précise ses intentions : L'Impiété des Déistes, Athées et Libertins de ce temps combattué et renversée de point en point par raisons tirées de la Philosophie et de la Tliéologie^ ; le Jésuite apprécie
(i) Le Père Garasse (ij85,-î- i63i). Sur le Père Garasse, voir Nisard : Les gladiateurs de la République des lettres (t. II) et la notice qu'il a mise en tête des Mémoires de François Garasse, 1861.
(2) P. i53 de la Doctrine curieuse.
(3) Voici le litre du premier volume :
L'Impiété |) des Déistes, Alliées, || et Libertins de ce |] temps, combattue, et renversée de \\ point en point par raisons tirées de\\la Philosophie et de la Théologie. \\ Ensemble la réfutation du Poëme des Déistes. || Œuvre dédié à Monseigneur le Cardinal de || Richelieu, Par F. Marin || Mersenne, de l'ordre des || PP. Minimes. || In multiplicatione impiorum multiplicabuntur scelera : || et justi ruinas eorum videbunt. Proverb. 29. || A Paris || Chez Pierre Bilaine, rue sainct || Jacques, à la bonne Foy || M.DC.XXIV. (1624) Il Avec Privilège du Roy. || In-8 de 26 ff. , 834 p., 5 ff. n. chiff. et un li\ blanc. (Bibl. Nat., D, 21572.)
Et de la seconde partie :
L'Impiété des || Déistes, et des plus || subtils Libertins découverte, et réfu- Il tée par raisons de Théologie, et de || Philosophie || Avec un poëme qui renverse le poëme du Déiste || de point en point || Ensemble la réfutation des Dialogues de || Jordan Brun, dans lesquels il a voulu esta- || blir une infinité de mondes, et l'âme uni- || verselle de l'Univers. || Avec plusieurs difficultez des Mathématiques qui sont expliquées dans cet œuvre. || Le tout dédié à Monseigneur le Procureur || Général du Roy, par
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autrement l'humanité, la peur du bûcher, à ses yeux, a plus d'efficacité que le raisonnement : La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps, ou prétendus tels^ combattue et renversée ^ est une attaque virulente contre les « jeunes veaux » ~, un véritable appel au bras séculier. Morte la bête, mort le venin, la bête en vue c'était Théophile, l'éducateur de Des Barreaux ^ 11 ne suffit pas au Père Garasse de le pourfendre de sa plume, il prend une part active avec un autre jésuite le Père Voisin^ au procès du pauvre poète. Ses Mémoires^ sont un témoignage éloquent de son activité combattive.
F. Marin Mer- || senne, de l'ordre des P.P. Minimes. || Injiisti auteni disperibunt simul et reliquise impierum || interibunt. Psaimo 36. || Seconde partie. |1 A Paris chez Pierre Billaine,ruësainct-Jacques, à la bonne Foy || . M.DG.XXlV(i624) 11 Avec privilège du Roy. || In-8 de i8 ff., 5o6 p., 27 ff. n. chiff. et 1 blanc.
(i) La 11 Doctrine \\ curieuse \\ des beaux esprits \\ de ce temps, \\ ou prétendus tels. \\ Contenant plusieurs maximes |1 pernicieuses à la Religion, à rEstat,et aux bonnes Mœurs. || Combattue et renversée parle |1 P. François Garassus, de la Compagnie de Jésus. H Confirma? me Domine Deus in bac hora. Judith i36 |1 A Paris, 1| chez Sébastien Chappelet, rue sainct Jacques H au Chapelet. H M.DC.XXIIII (1624). || Avec privilège et approbation. In-4 de 8 ff.. 1028 p. et 28 ff. pour la table. L'achevé d'imprimer est du 18 d'Août 1623.
(2) Doctrine curieuse...,^. 62. Section dixiesme. Preuve de la sottise de nos jeunes veaux.
(3) Des Barreaux (Jacques Vallée). iSgg,^- 1673. Voir sur lui: Le Prince des Libertins du xvif siècle. Sa vie et ses Poésies. Paris, Leclerc, 1907, in-8.
(4) Le Père André Voisin, mort en mars ou avril i()26, quelques mois après avoir quitté la Compagnie de Jésus ; il avait été exilé de France après le bannissement de Théophile.
(■)) Les Mémoires du P. Garasse ont été publiés d'abord par M. Nisard: Mémoires de Garasse (François) de la Compagnie de Jésus, publiés pour la première fois... avec une notice et des notes par Ch. Nisard. Paris, 1861, in-8, et ensuite par le Père Carayon : Histoire des Jésuites de Paris pendant trois années, 162I-1626, écrite par le P. François Garasse. Paris, 1864, in-8.
Ne jugeons pas trop sévèrement les Pères Garasse et Voisin^ tout en réservant nos sympathies au Père Mersenne : Garasse était d'une parfaite loyauté ; une conviction profonde a dicté sa ligne de conduite ; nulle animo-
[ï] Voici coiument un Ji'suiie du xix^ siècle, le Père Carayon, juge ses confrères du xvii'- [Histoire des Jésuites de Paris, 1864 [B. N. Ld^" 904]) : La génération conlcmpuraine élevée, comme on dil, dans les grands principes de 89, aurait peine à juger écjuitablement le P. Voisin, si elle consentait à considérer son fait au point de vue religieux et avec les idées de son époque. Le P. Voisin — pourquoi ne le dirions-nous pas ? — a trop écouté son zèle et point assez la prudence. Cet excès de zèle et ce défaut de prudence ont, comme on le voit dans le récit du P. Garasse, sauvé la vie à celui dont les crimes ne faisaient doute pour personne.
On a très amèrement reproché au P. Voisin d'avoir poursuivi le poète Théophile comme insigne professeur de blasphèmes et d'immoralité.
Ces crimes, condamnés par la loi divine et la législation de tous les peuples chrétiens, auraient ramené au bûcher, où il avait déjà été brûlé en effigie, ce Théophile, ce corrupteur de jeunesse, s'il eût été simple manant ou bourgeois, et son supplice aurait fait oublier ses exemples et ses leçons. Mais Théophile était le poète et le professeur d'immoralité de la jeunesse dorée de l'époque.
Malgré la sévérité et l'honnêteté de mœurs admirée dans Louis XIII, sa cour était remplie de jeunes débauchés affectant de blasphémer ou renier Dieu, comme le dit Garasse : usque ad horripilationem, et de tenir des conversations à faire honte aux vulgaires habitués des mauvais lieux. Le professeur de cette jeunesse corrompue dès avant l'âge de la majorité, c'était ce Théophile, maître et modèle de ces jeunes seigneurs destinés à remplir un jour les plus importantes charges de l'Etat.
A la vue de ces scandales le zèle du P. Voisin et celui du P. Garasse ne purent se contenir : le premier dénonça Théophile et le second écrivit sa : Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps. Ce réquisitoire de plus de mille pages in-4° est plein de belles choses et de trivialités : il attac|ue ces jeunes veaux, comme il les appelle, avec une verve et un style de tout point inimitables.
Ces jeunes veaux nonnnés plus tard roués et d'ai/nables vauriens, corrompaient le cœur de la France, pour en faire, comme parle Garasse, un pays d'at/iéistes. Ces élégants vauriens, couverts des plus beaux noms du royaume, intimidaient la justice humaine, mais ne pouvaient arrêter la plume sacerdotale de Garasse : il écrivit, il prêcha sans relâche contre ces illustres polissons vêtus de satin et porteurs d'épées... Rien ne l'arrête, sa plume est un fouet, et ce fouet ne se lasse jamais de fustiger ; son style est parfois admirable et son courage l'est toujours.
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site personnelle. Il estimait qu'en sac^rifiant lo berger, il sauvait le troupeau. Le Père Voisin était loin d'être aussi désintéressé, il haïssait Théophile.
Il n'est pas moins vrai que l'auteur des Quatrains du Déiste a eu le bonheur d'être distingué par l'ami de Descartes, non seulement le Père Mersenne ne l'a pas nommé mais il s'est abstenu de donner aucun renseignement sur son compte. Dans un de ses précédents ouvrages, il en avait fait un « maître en philosophie ^ » .
A quelle époque ont paru les Quatrains du Déiste ? Il est difficile de le préciser. M. Strowski croit qu'ils couraient le monde vers 1622 et 1623, ils doivent être antérieurs. Ils ont circulé longtemps avant d'arriver au Père Mersenne. Les adeptes du libertinage se les passaient sous la forme de copies manuscrites et il ne s'en dessaisissaient pas sans prendre leurs sûretés : « Nous ne les (( communiquons à personne que nous ne cognoissions « bien auparavant, et que nous ne sçachions s'il en fera a son profit, quittant les erreurs populaires » dit le Déiste au Théologien". Une telle réserve, de si minutieuses précautions assurent longtemps le secret, et ce secret les détenteurs de VAnti-Bis^ot ou plutôt de VAiiti-
(i) Qucestiones celeberriinx in Genesiin. Pai"is, 1G23, in-folio, Prœfatio. M. Perrens a dit que le nom de Théophile figurait au frontispice des Quatrains du Déiste, c'est une erreur puisque ces quatrains n'ont jamais été imprimés, ils ne sont pas d'ailleurs de Théophile.
(2) P. 25- de V Impiété des Déistes [P* partie) du Père Mersenne.
Chrétien avaient tout intérêt à le garder, il leur évitait de sentir de trop près les llammes du bûcher. De 1610 à 1623, toutes les licences de la plume étaient supportées, les livres les plus obscènes obtenaient un privilège royal \ à la condition de ne renfermer aucune attaque contre le Favori en place, le Roi, et la Religion. Ces trois puissances étaient bien armées et savaient se défendre. Les Quatrains du Déiste avaient donc tout l'attrait des choses interdites et surtout le mérite, aux yeux des libertins, de saper les dogmes de l'Eglise, c'est-à-dire de frapper celle-ci au cœur, en dépit do la nombreuse armée, clergé et laïcs, qui l'entourait d'un rempart vivant.
Il est d'ailleurs facile de renverser les idées reçues en se contentant de leur opposer le néant, l'esprit n'a pour admettre les conclusions ni embarras ni fatigue.
Rejetant la conception d'un Dieu juste, punissant les méchants et récompensant les bons, le Déiste affirme que le Créateur est sans pouvoir contre l'humanité; celle-ci, participant à sa divine essence, ne peut contrevenir à sa volonté. Eloigné de toute passion, Dieu ne connaît ni la colère, ni la vengeance; il n'intervient pas dans les affaires de ce monde. L'Enfer est une invention des religions que les « Taupctiers )s et les •' Pipciiiais » pour
(i) Recueil des plus || excellaiis || vers satyriques || de ce temps. || Trouvez dans les Cabinets des sieurs \\ Sigognes, Régnier, Motin, qu'au II très, des plus signalez Poêles |] de ce siècle. || A Paris, || chez Anthoine Estoc au Palais, en la gai || lerie des prisonniers, près la Chancellerie. Il M.DC.XVll II (1617) Avec Privilège du Roy. In-12. Le privilège donné pour 8 ans est daté du \i octobre 1G16. Ce recueil, premier jet du Cabinet satyrique, des Délices satyriques et du Parnasse satyrique, avait élé précédé d'autres recueils non moins licencieux : Les Muses gaillardes, la Musc folastre, etc., etc.
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parler comme V Anti-Bigot ., ont inventé pour effrayer les simples. En résumé le Déiste jouit d'une entière liberté, seul il est raisonnable et heureux ; il pratique la vertu pour l'amour de la vertu et sans espoir de récompense.
Le fond de cette doctrine c'est le Panthéisme que Spinoza \ cinquante plus tard, revêtira d'un habit magnifique. Le triomphe de l'esprit sur la chair, l'idéal de la perfection morale, apanage du christianisme, suffisait alors comme aujourd'hui à le rendre odieux à tous ceux, et ils sont légion, qui ne voient dans l'existence terrestre que la satisfaction de leurs appétits. Depuis l'origine du monde la bête humaine cherche à se libérer de toute contrainte, les Quatrains du Déiste sont l'écho d'une tentative de ce genre après tant d'autres et la préface française du Voltairiaiiisine. Le grand démolisseur, tout en frappant avec plus d'esprit, est de la suite du « maître en philosophie » du xvii*' siècle !
Une copie des Quatrains du Déiste est tombée entre les mains du Père Mersenne, il l'a communiquée à son confrère le Père Nicolas Girault avec mission de les combattre en vers, se réservant de son côté de les mettre en prose. Mersenne a reproduit les deux premiers, les 52, 53, les 84, 85, 86, 87, 88 et les deux derniers, soit onze quatrains sur cent six. Le Père Girault en a cité un bien
(i) Baruch Spinoza (né le 24 novembre i632 à Amsterdam, mort le a3 février 1677 ^ L'^ Haye), La Clef du Sanctuaire (ou ï Ethique) a paru en 1678 à Leyde, Amsterdam el Cologne.
plus grand nombre mais il les a masqués de telle sorte, en les noyant dans sa prosodie, qu'il est à peu près impossible de les reconstituer ; le bon religieux n'a pas du le regretter !
M. Fortunat Strowski, sur le texte du Père Mersenne, leur a consacré des pages intéressantes. Plus favorisé que lui, nous les avons récemment retrouvés en cherchant les poésies latines de Des Barreaux, dans un manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fonds latin N" 10329 (^- ^79) o^' personne n'aurait pu supposer leur existence.
Ils sont donc publiés intégralement ici pour la première fois, les sonnets de Des Barreaux les complètent; ce sont les seuls documents en vers exposant les théories du libertinage au xvii^ siècle pour la période qui s'étend de 1600 à 1660. Si la doctrine est identique, combien l'expression en est différente ! 11 n'y a pas ombre de talent dans V Anti-Bigot^ les sonnets de Des Barreaux, au contraire, sont d'une langue admirable et d'une intense poésie, ils approchent de la perfection par la netteté dans le contour, la fermeté dans l'expression et la sûreté dans l'exécution. Ils mériteraient de figurer dans les anthologies s'ils n'étaient l'écho d'une si triste et si décevante philosophie. Ils resteront, grâce à la beauté de la forme. Les Quatrains du Déiste, malgré leur infériorité manifeste, ont eu une action beaucoup plus profonde que celle des sonnets du Prince des libertins, ils étaient, en effet, mieux à la portée de la masse des intelligences à conquérir au Panthéisme !
Voici ces 106 quatrains, nous avons mis en note la prose du Père Mersenne :