‹ Voltaire mourantChapitre 14 sur 33 · Ce quatrain a été reproduit textuellenienl · texte numérisé non relu

Ce quatrain a été reproduit textuellenienl

->4 S'il (lit en second lieu que tout événement suit l'absolu vouloir de la divine essence, n est-il pas obligé de nous monstrer comment Dieu peut de ce qu'il veut recevoir de V offense?

De distinguer que Dieu détermine en secret et veut ce qu'en ses loix il nous défend de faire, est-ce pas le dépeindre Jiypocrite^ indiscret, et à sa volonté répugnant et contraire ?

Se peut-il concevoir plus grande impiété que celle du Bigot qui veut que Dieu punisse ceux dont les actions suivent sa volonté^ pour démonstrer sur eux sa divine justice ?

Dieu peut-il condamner ceux lesquels il conduit en tous leurs mouvemens sans accuser luy-mesme? sçauroit'On imposer quelque justice en luy sans en luy concevoir une malice extrême?

54. Secondement, si les événemens suivent la volonté de Dieu, il faut donc qu'on nous monstre qu'il peut recevoir de l'offense de ce qu'il veut.

55. Car ce seroit le faire hypocrite et contraire à sa volonté, si on disoit qu'il détermine en secret, ce qu'il deffend par ses loix.

56. C'est une grande impiété de vouloir que Dieu punisse ceux qui suivent sa volonté, afin qu'il monstre sa justice.

57. Dieu ne sçauroit condamner ceux qu'il conduit en tous leurs mouvemens, autrement il seroit injuste et malicieux.

Pour r oit-il de nos maux sa justice exalter et de iiostre misère enrichir son essence? sçauroit-on faire pis que de luy adapter l'office de bourreau pour vanger nos offenses ?

Il n'est pas moins nuuwais de nier simplement une Divinité^ que de la croire telle quelle tire de l'heur et du contentement à nous faire souffrir une peine immortelle.

Qui est V homme bigot lequel naymast trop mieux estre nié des siens par leur ingratitude^ que d'en estre avoiiê et dépeint furieux^ cruel^ impitoyable et plein d'inquiétude ?

Gi Si Dieu est esloigné de toute passion comme il est manifeste à toute intelligence, est-ce pas ignorance et superstition de le croire as^ité de colère et vemieance ?

58. Dieu pourroit-il exalter sa justice, et enrichir son essence de nos maux et de nostre misère ? Est-ce pas le pis qu'on puisse faire que de luy adapter l'office de bourreau envers nous ?

59. Voudroit-il pas mieux nier Dieu que de croire qu'il tire de l'heur, et prend plaisir à nous punir d'une peine immortelle ?

60. Le Bigot aymeroit mieux estre nié des siens par leur ingratitude, que d'en estre advoiié furieux, cruel, impitoyable et plein de trouble.

61. Si Dieu est exempt de passion, comme croyent tous les bons esprits, n'est-ce pas estre ignorant et superstitieux de penser qu'il soit agité de colère et de vengeance ?

S'il le faut estimer plein d'ire et furieux lors que les inandeniens de Moyse on délaisse, quel moyen de le croire autre que malheureux puisque le genre humain les viole sans cesse.

Ainsi le Souverain n'est jamais couroucé si à nos maux communs la besie communique., le Superstitieux est-il pas insensé de flatter son vouloir d'un chastiment inique ?

C'est gazouiller en vain que tous ses attributs sont énoncez de Dieu pour figurer nos crimes., et qu'on entend par eux d'ineffables vertus de qui tant seulement les effects on exprime.

Car puisque ces effects ont leur relation nécessaire à leur cause, il est indubitable ou que Dieu est suj'ecf à perturbation ou que telle doctrine est une pure fable.

62. Si vous dites que Dieu est furieux, quand on n observe pas les coinmandemens de Moyse, vous le faites malheureux, puis que les hommes les violent sans cesse.

63. Mais s'il n'estjamais en colère,et si la beste communique à nosmaux, le superstitieux est-il pas insensé de flatter sa volonté d'un chastiment inique ?

64. Il ne sert de rien de dire que ces attributs ne sont énoncez de Dieu que pour figurer nos crimes, et que par iceux on entend quelques vertus infinies en exprimant leurs efl'ccts.

65. Car puis que ces effects se rapportent nécessairement à leur cause, Bien est sujet à perturbation, ou cette doctrine est une fable.

Mais feignons comme luy Vlnnniiahle irrité contre les plus niesclians addonnez à tout vice, s' ensuit-il de cela que la Divinité les doit punir enfin d'un infiny supplice ?

Le Bigot n'est-il pas cruel infiniment de vouloir exiger une peine in f nie d'un meffait lindté? veut-il pas sottement esgaler à toujours l'instant de nostre vie?

Veut-il pas que Dieu soit vainement punisseur, l'impunité 11 estant nullement dommageable, quil soit loisible à nous de suivre la douceur, injuste à l'Eternel de faire le semblable ?

Veut-il pas de rechef que la punition au delà du trespas soit inutile et vaine^ car ne s'en ensuivant nulle correction^ quel bien en peut tirer l'Equité souveraine ?

66. Bien que nous disions que Dieu fust irrité contre les meschants, il ne s'ensuit pas qu'il les doive punir d'un supplice éternel.

67. Le Bigot est infiniment cruel de désirer qu'un meffait limité soil puny d'un inliny tourment, car c'est esgaler l'instant de nostre vie au tousjours.

68. Dieu puniroit vainement, Tinq^unité des damnez n'estant point dommageable; et puis quelle apparence y a-t-il qu'il nous soit loisible de suivre la douceur, si c'est injustice à Dieu de faire le semblable.

69. Geste punition éternelle ne seroit-elle pas inutile après le trespas ? car quel bien Dieu peut-il en tirer, si les damnez ne se corrigent point ?

S'y plaire simplement , est-ce pas cruauté? ij chercher de la gloire aiiisy (pu en la défaite d'une chose de néant, est-ce pas vanité ou la Divinité ne peut estre sujette ?

Que si d'un grand Monarcpie on se moque en prisant

contre un foihle rival l'effort de sa victoire,

le Bigot n'est-il pas phrénétique en disant ,

qu'à perdre les humains Dieu treuve de la gloire?

Si donc le but final d'un juste cJiastiment est la correction cpue de l'exemple on tire, qu'est-ce l'Enfer ? qu'un masqué, et supposé tourment, dont les religions maintiennent leur Empire.

D'ailleurs veu que le but d'un sage entendement est de tous ses desseins l'intention première ., faut-il pas avouer cpie déterminement Dieu nous a tous formez à quelque fin dernière ?

70. C est cruauté, et vanité que de plaire, et de chercher de la gloire en punissant les meschans, ou Dieu n'est suject ny à cruauté, ny à vanité.

71. On se mocqueroit dun Monarque, si on faisoit estât de la victoire qu'il auroit emportée sur un goujat, donc le Bigot est phrénétique quand il dit que Dieu treuve de la gloire à perdre les hommes.

72. Si le chastiment ne sert que pour l'exemple qu'on en tire, qu'est-ce que l'Enfer ? qu'un tourment supposé, par lequel les religions s'entretiennent.

73. Dieu ne nous a-t-il pas tous formez pour quelque iin dernière, puis que le but d'un sage entendement est la première intention de ses desseins ?

Que si rJiomme bigot ne se peut proposer cpie de bien faire à ceu.r desquels il est le père, le Père de ce tout auroit-il peu viser pour nous à quelque fin d'inimortelle misère?

De là s'ensuit-il pas si la Divinité

pour un malheur sans fin n'a peu nous faire naistre,

que nous parviendrons tous au repos limité

par son divin amour pour notre meilleur estre ?

7^ Bref tout bon pourroit-il de nous se désunir et sage abandonner son principal ouvrage, immuable en conseil, pouvons-nous parvenir qu'au but oii sa bonté visa devant tout aage.

Et quand bien Dieu voudrait qu'à l'ancien chaos nous fussions tous réduits, n'est-ce pas un blasphème de le vouloir taa'er de nous mettre au repos ou nous estions sans naistre en ce principe mesme ?

74. Dieu pourroit-il avoir visé pour nous à quelque fin d'immortelle misère, puis que le Bigot mesme ne se peut proposer que de bien faire à ses enfans ?

75. D'où je conclus que puis que Dieu ne nous a peu faire naistre pour un malheur sans fin, que nous parviendrons tous au repos que l'amour divin nous a limité pour nostre meilleur estre.

76. En fin pourroit-il nous quitter, puis que nous sommes son principal ouvrage ? pourrions-nous parvenir qu'au but où sa bonté a visé devant tout aage.

77. Bien que Dieu nous voulust réduire dans l'ancien chaos, est-ce pas blasphémer de le taxer de nous mettre au repos où nous estions, avant que d'estre, en ce principe mesme ?

7« Icy les Taupetiers et Vvntfes paresseux' despitez du inespris de leur pantalonisitie, nous feront des diseoars et contes fabideux pour nous faire (pdtter les plus claires maximes.

Et ne douteront point de nous mettre en avant que les effects divins nous sont impénétrables., que nos sens et raison nous déçoivent souvent et que rien, n'est certain que leurs songes et fables.

Et comme un Ulespiegle estoit injurieu.v à ceux qui descouvroient ses couleurs et peintures., de mesme ces caffars, comme luy vicieux., contre nos argumens vomiront des injures.

Celuy-là voulant faire approuver ses tableaux disoit qu'aux seuls bastards ils estoient invisibles, ceux-ci pour nous ranger à leurs brides à veaux veulent que nous soyons des souches insensibles.

78. Je sçay qu'on nous fera icy des contes fabuleux pour nous faire quitter les maximes les plus évidentes.

7g. Et qu on nous dira que les eflects divins nous sont impénétrables, et que nos sens, et nos raisons nous trompent souvent, comme s'il n'y avoit rien de certain que leurs songes, et leurs fables.

80. De plus, ils vomiront des injures contre nous comme faisoit Ulespiègle contre ceux qui découvroient ses couleurs, et ses peintures.

81. Car ils veulent que nous soyons des souches insensibles pour nous ranger à leurs opinions.

Et comme une nourrice effraye ses petits, ces freslons nous voudront espouvanter de mesme, celle-là pour reigler leurs jeunes appétits, ceux-ci pour nous ranger dessous leur diadesme.

Mais toutes leurs raisons n'ont point d'autre pouvoir cpie d'effrayer les sots, dont l'aveugle ignorance, compagne de l'erreur, ayde à les décevoir pour les enihéguiner d'une fausse créance.

Quant à ceux cpie Von voit se battre et tourmenter afin de se punir des défauts de leur vie, oii trouvent-ils que Dieu se puisse délecter en l'agitation d'une telle folie ?

Si par devant un juge un voleur ne scauroit se purger de son crime en punissant soij-mesme, pourquoy veut le Bigot que Dieu en cet endroit donne ce privilège à la sottise liumcdne ?

82. Et nous espouvanter comme une nourrice laquelle effraye ses petits pour reigler leurs jeunes appétits, à ce qu'ils nous puissent ranoer sous leur diadesme.

83. Mais tout ce qu'ils nous sçauroient dire n'est que pour effrax'er les sots, qui se laissent décevoir à l'ignorance, laquelle les embéo-uine dune fausse créance.

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