VOLTAIRE ET L'ABBE D'OLIVET
Pierre Joseph Thoiilier, né à Salins (.Jura) le 3o mars 1682, appartenait à une famille distinguée; son père, conseiller au Parlement de Bourgogne, dirigea son éducation. L'enfant fut un brillant élève et, au sortir des études, il entra, le 1 décembre 1698, au noviciat des Pères de la Compagnie de Jésus dans la Province de
Champagne. Il professa la grammaire, les humanités et la rhétorique à Reims où il se lia avec Maucroix, à Dijon avec le Père Oudin, le président Bouhier et La Monnoye, et à Paris avec Boileau, Huet, évoque d'Avranches, et J.-B. Rousseau. Il prêcha pendant sept ans. Appelé à Rome en 17 13 pour continuer Y Historia Societatis Jesu après le Père de Jouvancy, il recula devant l'énormité de ce travail et quitta la Compagnie en 17 16 sans avoir prononcé ses derniers vœux. Sa vie depuis cette époque — il prit alors le nom d'abbé d'Olivet — a été celle d'un savant laborieux, particulièrement occupé de travaux de mammaire. L'Académie française l'appela dans son sein, sans qu'il l'en eût sollicitée (1723), en remplacement de Jean de La Chapelle. Ses ouvrages sont très nombreux \
(i) Voici la notice de Voltaire publiée pour la première fois dans le Siècle de Louis XIV, éd. de 1768. t. 1", p. i63, éd. s. 1. (Cramer de Genève), in-8 : « D'Olivet (Joseph Thoulier), abbé, conseiller d'honneur de la Chambre des Comptes de Dôle, de l'Académie française, né à Salins en 1682; célèbre dans la littérature par son Histoire de V Académie, lorsqu'on désespérait d'en avoir jamais une qui égalât celle de Pellisson. Nous lui devons les traductions les plus élégantes et les plus fidèles des ouvrages philosophiques de Cicéron, enrichies de remarques judicieuses. Toutes les œuvres de Cicéron, imprimées par ses soins et ornées de ses remarques, sont un beau monument qui prouve que la lecture des anciens n'est point abandonnée dans ce siècle. 11 a parlé sa langue avec le même pureté que Cicéron parlait la sienne, et il a rendu service à la grammaire française par les observations les plus fines et les plus exactes. On lui doit aussi l'édition du livre de la Faiblesse de l'esprit humain, composé par l'évêque d'Avranches, Huet, lorsqu'une longue expérience l'eut fait enfin revenir des absurdes futilités de l'école et du fatras des recherches des siècles barbares. Les Jésuites, auteurs du Journal de Trévoux^ se déchaînèrent contre l'abbé d'Olivet, et soutinrent que l'ouvrage n'était pas de l'évêque Huet, sous le seul prétexte qu'il ne convenait pas à un ancien prélat de Normandie d'avouer que la scholastique est ridicule, et que les légendes ressemblent aux quatre fils Aimon, comme s'il était nécessaire, pour l'édification publique, qu'un évoque normand fut imbécile. C'est ainsi à peu
A (|uatre vingt-six ans il écrit à Voltaire la lettre suivante « de bon an » ; elle est inédite et intéressante à cause du petit problème qu'elle soulève, des faits et des personnages qu'elle cite. L'écriture pleine de netteté et de fermeté est admirable. L'esprit de ce robuste vieillard restait, au commencement de 1768, aussi sain que le corps et rien ne permettait de prévoir qu'il devait succomber neuf mois plus tard aux suites d'une attaque d'apoplexie. Est-ce la dernière lettre qu'il ait échangée avec Voltaire ? C'est peu probable, cependant la Correspondance publiée dans l'éd. Moland^ ne renferme après cette date que la réponse du Philosophe.
Paris, le 1 5 janvier 1768".
« Bon jour, et bon an. C'est ce matin seulement, qu'il est venu jusqu'à moi une brochure où il est parlé de Des BarreauA' .
jorès qu ils avaient soutenu que les Mémoires du cardinal de Retz n étaient pas de ce Cardinal. L'abbé dOIivet leur répondit, et sa meilleure réponse fut de njontrer à TAcadémie Touvj'age de l'ancien évêque d'Avranches, écrit de la main de l'auteur. Son âge et son mérite sont notre excuse de lavoir placé, ainsi que le président Hénault, dans une liste où nous nous étions fait une loi de ne parler que des morts ».
Evidemment, cette notice, comme celle de Des Barreaux du Siècle de Louis XIV, est une conséquence de la lettre inédite que nous publions plus loin.
(i) Paris, Garnier, i883-i88j, ^yi vol. in-8. Cette correspondance renferme 5/ lettres de Voltaire à l'abbé d Olivet et seulement 2 réponses de labbé d'Olivet à Voltaire,
(2) Voici celle de l'année précédente : Paris, 3 janvier 1767. Bonjour, mon illustre confrère, bon jour et bon an. N'est-ce pas ainsi que nos anciens Gaulois s'écrivaient à pareil jour ? Et pourquoi changerions-nous de style ? Mais savez-vous dans votre pays que nous avons ici un froid qui me rappelle l'idée de 709 (1709) ? Il me rappelle de plus à moi une autre idée. C'est qu'alors nous grelottions au coin d'un njéchant feu, et qu'au-