AVANT-PROPOS
Los relations contemporaines et de témoins oculaires de la maladie et de la mort de Voltaire sont peu nombreuses. On ne peut guère citer que :
Le Mémoire de J'ahhé Gaultier présenté à Monseigneur VArelievêque^ eoiicernant tout ce cjui s'est passé à la mort de Voltaire. Daté du 2 juin 1778, il a été imprimé pour la première fois dans l'ouvrage suivant:
Voltaire. — Recueil des particularités curieuses de sa vie et de sa mort. Quai i s vita, talis mors. A Porrcntruy, cliez Jean JosepJi GoetscJuj, imprimeur de Son. Altesse. 17(S1. Avec approbation (l'approbation est datée de Porrentruy, le 10 septembre 1781). ln-8^ de 2 lY. i\\ p. et I fî. pour l'approbation et rerrata\
Des copies manuscrites de ce Mémoire circulaient à Paris avant le 12 octobre 1778"'.
(i) Ce recueil est dû au Père Élie Harel (Bibl. Nat., Ln-'', 20 788). La Bibliothèque Nationale possède quatre réimpressions de cet ouvrage; A, 1782 ; B, 1782; C, 1782; parle Père Élie Harel, Paris, 1817.
(2) Voir la lettre du 12 octobre 1778 adressée par M. de Lalande, membre de l'Académie des sciences (et Vénérable de la Loge des Neuf- Sœurs) à l'abbé Gaultier. (Voltaire, Recueil des particiddritcs curieuses..., p. 129.)
La Relation du Voijai^'c de M. de Voltaire à Paris en 1778 et de sa mort.
Cette relation, écrite à Ferney en mars 1780 par Wagnière ', secrétaire de Voltaire depuis 1754, a été imprimée dans le t. I*^' des :
Mémoires sur Voltaire et sur ses ouvraiies par Lonnehanij) et Wai^nière, ses secrétaires, suivis de divers écrits inédits de la nun-cjuise Du Chastelet^ du président Hénault, de Piron, (TArnaud Baculard ^ Thiriot^ etc. ; tous relatifs à Voltedre. Paris, Aimé André, libraireéditeur, quai des Augustins, n'^ 59, IS^O, 1 vol. in-8.
La « Relation » de Wagnière est décisive pour la période s'étendant entre l'arrivée de Voltaire à Paris (10 février) et le '29 avril, date à laquelle son secrétaire reprit le chemin de Ferney. Il ne rentra à l'hôtel du marquis de Villette que le l'^'juin, après la mort du Philosophe arrivée le 3o mai 1778 à 11 heures un quart du soir.
Nous ne parlons, bien entendu, ni des nouvelles à la main semées dans les journaux de l'époque : Journal de Pans., Courrier de l'Europe, Mercure de France., Gazette de Cologne, etc., ni des publications politiques et littéraires; Les Annales de Linguet, la Correspon-
(1) ^^'ag•nièI■e avait i4 ans lorsqu'il s'altacha à Voltaire, ses gages étaient de deux cents livres et ceux de sa feniiiie de cent livres. Sur le testament de Voltaire il est porté pour huit mille livres. Consulter sur ^^'agnière : Quelques renseignements nouveaux sur l]'ag//icrc, par Paul Bonnefon [Revue d'/iistoire littéraire de la France, t. 1\\ i8*)-, p. ^4)) et du même: Une correspondance inédite de Grinini a\'cc M'agnicrc UV/.,1.I1I),
i89G,p. 4.Si)-
dancc sccrctc politique et littéraire, les Jlfémoires de Baehaumont, le Journal de politiciue et de littérature, l'Espion anglais, etc., sans compter les lettres privées des amis de Voltaire : Grinini, La Harpe, d'Alenibert, Madame du Defjand, etc., etc., et le Ms. du libraire Hardy : Mes loisirs ou journal d'événements tels (juils parviennent à ma connaissanee^ .
Il semble qu'en groupant les détails provenant de ces diverses sources d'information, ainsi que l'a tenté M. Desnoiresterres : 1 oit a ire, son retenu' a ]\iris et sa mort (Paris, 1877), on soit arrivé, dans la mesure du possible, à faire la lumière complète sur la fin du Patriarche de Ferney. En réalité il reste encore à glaner et des documents nouveaux sont capables de modifier certains points considérés comme acquis ou, au contraire, d'en authentiquer d'autres considérés comme douteux.
Le hasard — un hasard heureux — a attiré notre attention sur un petit manuscrit (11 cm. sur 8 cm. YJ de 187 pages, relié an xviii^ siècle, portant le titre suivant : Mort dWrroui't (sic) de ]()lt((ire~.Ce Ms., d'une écriture de l'époque, contient une lettre d'envoi à W' l'évêque d'A... du i^"" décembre 1778 (pp. i à 6) et les circonstances de la mort de ^'oltaire arrivée le 3o may 1778 (pp. 7 à 187). Il y a là une véritable enquête faite entre le mois de juin.
(1) Bibl. Nat., fonds U-. T. GSa.
[i] Nous l'avons acquis de JNI. Dorbon aîné, libraire, 53"^'', quai des Grands-Augustins, n° G-ia de son Catalogue jy ^novembre 1907). Ce IMs. porte à la fin la signature P""' Decoussant, mais d'une écrilure différente. Cette signature doit être celle du possesseur du Ms.
au lendemain du décès du Philosophe, et le i*"*" décembre suivant; elle est donc contemporaine de l'événement \
Mais il y a enquête et enquête ; celle-ci a-t-elle un caractère sérieux ; doit-on accorder confiance aux assertions de son auteur, et quel est cet auteur ?
Sur le premier point, nous répondons affirmativement. L'enquête, loyalement conduite, a été suivie par un catholique de marque, vraisemblablement un ecclésiastique d'un rang élevé, qualité qui lui a ouvert bien des portes et l'a mis en situation de recueillir des particularités intéressantes, qu'un disciple des philosophes aurait dédaie-neusement néo-lio-ées ou écartées. Si l'étude de l'homme est souvent indispensable à l'interprétation de ses œuvres', les détails, insignifiants en apparence, des cir constances décisives de sa vie acquièrent une grande importance ; particulièrement ceux qui touchent à sa disparition de la scène du monde sont dignes d'être retenus, quand cet homme, se posant en philosophe, personnifie tout un siècle. Il ne faudrait pas cependant accepter sans contrôle les dires des personnes de bonne foi ; on distingue aisément le vrai du faux en n'accordant de valeur qu'aux allégations précises et concordantes. Sous ce rapport, notre manuscrit est un document précieux à consulter.
Sur le second point, nous avons été déçus. Nos
(i) 11 n'est question dans les notes d'aucun fait postérieur au i'"" décembre 1778.
(2) C'est la méthode de Sainte-Beuve. Lire à ce sujet l'arlicle de M. Louis Arnould : La Méthode biographique de critique littéraire, placé en tête de son livre : Quelques Poêles, Paris, 1907, in-8".
recherches pour découvrir le nom de l'auteur du Ms. sont restées vaines. On serait tenté, à première vue, de l'attribuer à M. Bigex, vicaire général d'Annecy, auquel son évêque M^' Biord^ avait confié la mission de réunir tous les renseignements authentiques sur la maladie de Voltaire '; les termes de la lettre d'envoi à Tévêque d'A... ont écarté cette hypothèse : « A la veille de parcourir le « diocèse intéressant que Dieu vous a confié, vous me « demandez des armes pour combattre les maximes et (( les disciples du Chef qui venoit de périr à Paris ; car, (( ajoutez-vous, la contagion philosophique a pénétré « jusqu'à nous malgré l'éloignement des lieux, la diffé- « rence des langues et la diversité des empires. » Cette dernière phrase ne saurait s'appliquer à Genève et à la Savoie.
Comment reconnaître la valeur documentaire de notre Enquête sur la maladie et la mort de Voltaire, la personnalité de l'auteur restant dans l'ombre ? En déterminant les sources où cet auteur a puisé s'il ne les a pas claire-
(i) Pierre Biord, évêque et prince de Genève, abbé de Chézery, né le i6 octobre 17 19 à Ghâtillon-en-Faucigny, évêque de Genève le i'2 août 1764, mort le 7 mars 178'ji. C'est lui qui échangea avec le Patriarche de Ferney une série de lettres imprimées en l'jCuj motivées par les Pâques scandaleuses que fit Voltaire en 1768.
(2) Histoire de M. Vuarin, par l'abbé Martin (Genève, 18G1), t. I", pp. 372 et 373. Fragment dune lettre de M. Bigex à M. Vuarin sur la mort de Voltaire,
mtmt mentionnées, et généralement il a omis de les indiquer.
Cette lacune est plus apparente que réelle. Les lettres et pièces justificatives insérées dans l'Enquête permettent d'affirmer les rapports directs de l'auteur avec :
L'abbé Gaultier, confesseur de Voltaire ;
M. de Tersac, curé de Saint-Sulpice sa paroisse ;
M. Try, chirurgien, et son élève Brizard qui donnaient au Philosophe leurs soins journaliers ;
et de seconde main, avec :
Les gardes Roger et Bardy, femme du cuisinier de Voltaire, etc. , etc.. .
L'abhc Gaultier : Cet Abbé a remis le i*"'' juin 1778 un Mémoire à l'archevêque de Paris, M^' Christophe de Beaumont, où il a reproduit ses lettres à Voltaire. Si l'auteur du Ms. avait eu seulement en mains une des copies de ce Mémoire circulant à cette époque, il se serait borné à y prendre lesdites lettres sans les modifier, tandis que, chose curieuse, son texte comporte des substitutions de mots et des additions de phrases à... l'éloge du Philosophe ! Pourquoi ? Le digne prêtre désirait ramener à Dieu cette brebis éo-arée et ne néo-lio^eait aucun artifice de style pour bien disposer son pénitent. A-t-il cru, relisant ses propres lettres au moment de les placer dans son Mémoire, qu'il avait, par excès de zèle, dépassé un peu la mesure ? C'est probable, d'où les légères atténuations et les suppressions auxquelles nous venons de
faire allusion. Nous en concluons que les lettres originales — celles de notre Ms. — ont été communiquées par l'abbé Gaultier lui-même.
Une nouvelle présomption vient à l'appui de nos déductions : le texte authentique du billet délivré par l'abbé Gaultier constatant qu'il n'avait pu entendre Voltaire en confession, diffère du nôtre dans la forme et non dans le fond. A nos yeux, l'abbé Gaultier n'avait pas gardé le double de ce billet, ni le lieu ni le moment ne permettaient d'en prendre copie, il l'a reconstitué de mémoire.
Uahhé de Tersac : Deux lettres du [\ Mars) ont été échangées entre \oltaire et le Curé de Saint-Sulpice. Ecrites pour la galerie, on n'y sent pas la moindre sincérité. Elles s'expliquent facilement en s'arretant aux deux tentatives parallèles de l'abbé Gaultier et de M. de Tersac près du Philosophe racontées dans notre Ms. afin d'obtenir un texte satisfaisant de la fameuse rétractation exigée par l'Archevêque de Paris, rétractation devant sceller la réconciliation de l'Eglise et de Voltaire. Celui-ci, presque rétabli le \ mars, s'est ressaisi rapidement et a exécuté une de ses pirouettes familières, de là sa lettre à l'abbé de Tersac. Le Curé de Saint-Sulpice n'était pas un sot, il lui a répondu sur le même ton, masquant ainsi un échec, peut-être temporaire, que le public devait ignorer. Evidemment, un récit aussi circonstancié n'a pas été inventé à plaisir, il ne grandit aucun des deux personnages en cause ! Où notre auteur a-t-il donc pu se renseigner? sinon près de M. de Tersac.
Le c}driLV!^icïi Try et son élèi'e Brizarcl : Les noms du chirurgien Try et de 13rizard ne sont imprimés dans aucune des publications du temps et ne l'ont pas été depuis à notre connaissance, ils sont masqués par ceux des deux médecins : Tronchin et Lorry. Try a joué un rôle capital : Voltaire, atteint de strangurie, avait besoin d'être sondé souvent et cette partie du traitement incombait à Try. Le procès-verbal d'autopsie et d'embaumement publié jusqu'ici porte, par erreur, le nom de Pipcelet ce nom n'existe pas^), alors que seule la signature de Try figure en bonne place sur le fac-similé de ce procèsverbal inséré dans le Dernier volume des Œuvres de Voltaire^ Paris 1802 ! Comment l'auteur du Ms. a-t-il su les noms de Try, de son élève et les détails de l'autopsie ? si ce n'est de leur propre bouche.
Les gardes Roger et Bardy, femme du cuisinier de Voltaire : La Roger est connue, mais on n'a jamais parlé des soins de la Bardy. Celle-ci était arrivée à Paris quatre jours avant la mort du Patriarche de Ferney qui la cite dans deux de ses lettres à Wagnière, celles des i3 et aS mai 1778. Il est donc à penser que l'auteur du Ms. a vu ces deux femmes, etc.
Notre Ms. est ainsi l'écho fidèle d'interrogations verbales faites à des personnes ayant approché Voltaire ; il n'a rien d'une compilation hâtive, édifiée à l'aide de
(i) Œuvres de Voltaire, t. I*"", i88'i, éd. Moland, p. ft'io. Il désigne un Pipelet, !"■ — Pipelet II étant herniaire — et ce Pipelet P'' demeurait à côté de riiôtel du marquis de Villelte, cpiai des Théatins, hôtel de Saint- Séverin.
coupures pratiquées dans les gazettes de Paris, de Londres et de Hollande de l'année 1778. A eôté de menues erreurs, nombre de détails à retenir y voient le jour pour la première fois. Avons-nous besoin d'insister? Notre démonstration nous paraît assez péremptoire.
Cette enquête fixe-t-elle définitivement le point d'histoire suivant :
Le grand contempteur du christianisme est-il mort en philosophe ?
En groupant les témoignages déjà connus — il y en a d'écrasants — et ceux apportés par notre Ms. on peut affirmer :
Voltaire a terminé sa vie en révolté maudissant Dieu et la nature.
La préoccupation exclusive de son esprit dès qu'il s'est senti en danger a été d'empêcher son corps d'aller à la voirie. Cette préoccupation l'avait toujours hanté \ ses
(i) En voiti une preuve parmi nombre d'autres : Lettre de Voltaire à Saurin, Ferney, ;> avril 1769. « J'ai été sur le point de mourir. J'ai rempli, à mon dixième accès de fièvre, tous les devoirs d'un officier de la Chambre d'un roi très chrétien et d'un citoyen qui doit mourir dans la religion de sa patrie. Jai pris acte formel de ces deux points devant notaire et j'enverrai l'acte à notre cher secrétaire pour le déposer dans les archives de l'Académie, afin ({ue la prêtraille ne s'avise pas après ma moi't de manquer de respect au corps dont j'ai l'honneur d'être. Vous savez que pour avoir une place en Angleterre quelle qu'elle puisse être, fût-ce celle de Roi, il faut être de la religion du pays, telle qu'elle est établie par acte du Parlement. Que tout le monde pense ainsi et tout ira bien, et à fin de compte il n'y aura plus de sots que parmi la canaille, qui ne doit jamais être conqîtée. » Il n"v a à retenir de cette lettie que le désir « d'(''viler la
diverses manifestations religieuses pendant le cours de sa maladie ont eu cet unique objectif. Le dialogue suivant entre le docteur Lorry, l'ami du marquis de Villette, et son malade (il se place, après la première alerte, trois mois environ avant la catastrophe) en est une preuve :
« Voltaire apprit à Lorry qu'il s'était confessé. S'apercevant que le docteur mécréant faisait un sourire de pitié plus que d'approbation : Vous me cr^oyez donc bien impie? continue le malade. L'autre, servi par sa mémoire qui lui fournit en ce moment un vers de citation heureuse, lui répondit :
Vous craignez qu'on L ignore et vous en faites gloire.
« Au reste, reprit M. de Voltaire, ye ne veu.v pas qu'on jette mon corps à la voirie. Tout cela me déplait fort., cette prêt raille ni assomme ; mais me voilà entre ses mains., il faut bien que je m'en tire^. »
Un pareil langage n'a rien de surprenant, il devait s'échapper naturellement des lèvres de celui dont Joseph de Maistre a crayonné le portrait d'après la statue du Palais de l'Ermitage"' : « N'avez-vous jamais remarqué
voirie ». En effet, Voltaire n'avait pas été sérieusement malade, il fait allusion ici à ses Pâques de 1769, faites au château de Ferney par-devant notaire, malice, doublée d'un sacrilège, qu'il Ht au Curé de Ferney qui se refusait à lui donner la communion. Wagnière, son secrétaire, présent à cette comédie. Ta racontée tout au long dans ses Mémoires. Voltaire, en écrivant à Saurin, sauvait la face, il n'était pas sans inquiétude sur les suites de ses parodies religieuses.
(i) Mémoires de Bac/taumont, 8 mars 1778.
[•j.) Joseph de Maistre : Les Soirées de Snint-Pétersbourg. Voici ce que dit Desnoiresterres de la statue du Palais de l'Ermitage : « La première idée de cette statue (celle si connue de lloudon), nous l'avons rencontrée
que l'anathèmc divin fut écrit sur son visage ? Après tant d'années il est encore temps d'en faire l'expérience. Allez contempler sa figure au Palais de l'Ermitage, jamais je ne la regarde sans me féliciter de ce qu'elle ne nous a point été transmise par quelque ciseau héritier des Grecs qui aurait su peut-être y répandre un certain beau idéal. Ici tout est naturel. H y a autant de vérité dans cette tête qu'il y en aurait dans un plâtre pris sur le cadavre. Voyez ce front abject que la pudeur ne colora jamais \ ces deux cratères éteints oii semblent bouillonner encore la luxure et la haine, cette bouche — je dis mal peut-être,
au Salon de 1779; là ses dimensions répondaient à son appropriation particulière et tout intime; elle ne doit pas être confondue avec cette autre qu'on apercevait, en entrant, dans la Bibliothèque de l'Ermitage, et dont le comte de Maistre a parlé «. [Iconographie voltairicur/c^i). laj.)
(i) Joseph de Maistre exagère-t-il ? Voici une lettre écrite par Voltaire, âgé de 81 ans, à M. de Florian, son neveu, 22 janvier 1775 :
« Le vieux malade de Ferney remercie bien sensiblement M. de Florianet. Il l'embrasse de tout son cœur. Il lui écrit sur ce petit papier imperceptible pour épargner à un jeune officier, très médiocrement paie, un port de lettre considérable.
« M. de Florianet a eu bien des tantes, mais il n'en a point eu de plus aimable que celle d'aujourd'hui. Il verra, quand il sera à Ferney, une sœur de sa nouvelle tante, âgée d'environ 16 ans, et qui serait très digne de commettre un inceste avec M. de Florianet, si elle n'était pas retenue par son extrême pudeur. Il est vrai que cette pudibonde demoiselle va rarement à la messe, parce qu'elle s'y ennuie, et qu'elle n'entend pas encore le latin ; mais vous la corrigerez, et vous pourriez bien abandonner pour elle M"'' Dupuits, qui vous aimait si tendrement et si violemment. Le nez de M"*' Dupuits ne se réforme point encore, mais ses doigts acquièrent une souplesse merveilleuse au clavecin ; et si elle ne se sert pas incessamment de ses doigts pour se gratter où il lui démange, il faudra qu'elle soit plus pudibonde que la sœur de votre nouvelle tante.
« Voilà tout ce que je puis vous mander de votre famille dont j'ai 1 honneur d'être un peu par ricochet. Je vous donne ma bénédiction iti quanluin possum et in ([tianlKni indices. »
Voir aussi : Xicolardot (Louis). Ménage et finances de Voltaire. Paris, 1854 : Des maîtresses de Voltaire, p. ^\)(').
mais ce n'est pas ma faute — ce rictus épouvantable courant d'une oreille à l'autre et ces lèvres pincées par la cruelle malice comme un ressort prêt à se détendre pour lancer le blasphème ou le sarcasme — »
Et ce portrait le docteur Tronchin Ta complété au moral. En 1773, cinq ans avant la mort de Voltaire, il diagnostiquait l'état d'âme de son client et ami en face du trépas :