POURQUOI VOLTAIRE A-T-IL RETIRÉ A DES BARREAUX LE SONNET DU PÉNITENT
Enfin on remarquera avec quel dédain Voltaire parle de ce sonnet, il avait été devancé par le soporifique Marmontel, l'auteur des Incas. Ne réveillons pas Marmontel ! Le jugement de Voltaire est de parti pris ; en chicanant la forme, il veut atteindre le fond : pour lui un sonnet religieux est un sonnet détestable. Et ce sonnet, un librepenseur l'aurait commis ! Hypothèse inadmissible. Un libre-penseur non athée ne retombe pas dans les absurdités du christianisme, quand la « divine raison » s'est manifestée, elle ne nous abandonne plus. En refusant à Des Barreaux le titre d'athée, Voltaire demeurait dans la logique, il combattait les d'Holbach, les La Mettrie, les Toussaint, les Helvétius, qui marchaient sur ses traces non parce qu'il était leur adversaire — -une nuance les séparait— mais par crainte de la concurrence; il ne devait exister qu'un Voltaire! Jérôme de Lalande, le célèbre astronome, un des intimes du philosophe, athée déclaré, n'a pas hésité à le faire figurer dans son Supplément au Dictionnaire des Athées de Sylvain Maréchal : « .Je l'ai beaucoup connu, depuis 1761 jusqu'à sa mort et je suis certain qu'il était athée. Madame Denis, sa nièce, me
foible, qu'en peu de temps nous ne la sentons plus. Voilà à peu près ce
que les sonnets de Monsieur des B onl fait dans mon esprit, je me
persuade que dans le vostre ils ne réussiront pas mieux. Si je ne me trompe, Madame, faites-moy la grâce de me le mander, et de m'apprendre si mon dégoust vient de la mauvaise qualité de la viande, ou du désordre de mon lenipéranient. » [Aitiiliez, Amours cl Amourettes, 1664).
l'assurait, mais il ne voulait pas qu'on en parlât ; il
regardait
hommes '.
reo-ardait la croyance d'un Dieu comme nécessaire aux
Voltaire a travesti la physionomie de l'illustre Débauché, de l'athée il a fait un déiste ; le sonnet du Pénitent le contrariait, il le lui a enlevé ; la lettre de l'abbé de Lavau, si elle a existé, servait son dessein, il s'en est emparé sans scrupule ; mais le sens critique du Patriarche de Ferney était trop aiguisé pour qu'il y ajoutât foi. A-t-ellè existé ? Nous en doutons ; il a dû l'inventer. M. Faguet assure que Voltaire « ne ment jamais, n'invente rien...». L'exception ici confirmerait la règle.