‹ Voltaire mourantChapitre 23 sur 33 · PIERRE ET PAUL DU MAY — LES POÉSIES LATINES DE DES BARREAUX · texte numérisé non relu

PIERRE ET PAUL DU MAY — LES POÉSIES LATINES DE DES BARREAUX

L'abbé d'Olivet a évoqué, en des termes charmants la figure de Pierre Du May, de ce bon vieillard aveugle à

(i) Voici la suite de la notice de Lalaude : « J'ajouterai quelques

passages de Voltaire à l'appui de mon assei^ion. « Quand il faut rendre son corps (dit-il) aux éléments, et ranimer la nature sous une autre forme, ce qui s'appelle mourir; quand ce moment de métamorphose est venu, après avoir vécu une éternité ou avoir vécu un jour, c'est précisément la même chose. » (Micromégas).

Est-ce là ce rayon de l'essence suprême, Que l'on nous peint si lumineux, 11 naît avec nos sens, croit, s'affoiblit comme eux : Hélas ! périra-t-il de même.

Voltaire disait à un poëte qui lui demandait son opinion sur Dieu : « Croyez en Dieu, il n'y a rien de plus poétique. » (Montlinot {sic), probablement l'abbé Moussinot, l'ancien homme d'affaires de Voltaire') me l'a assuré. (Catalogue des auteurs qu'on aurait pu ajouter au Dictionnaire des Athées de Sylvain Maréchal). (Bib. Nat., Z, 29'|o6.)

qui il soumettait avec la belle sérénité de l'adolescence ses odes latines, se fiant à l'infaillibilité de son jugement, surtout si ce jugement se traduisait par un éloge ! C'est coquetterie de sa part de le vieillir de quelques années, étant lui-même plus qu'octogénaire ; Pierre Du May en 1708 avait 77 et non 80 ans, il devait mourir en 171 1 .

L'abbé d'Olivet et La Monnoye se sont rencontrés pour rendre justice à Pierre Du May\ voici ce qu'en a dit Pérudit bourffuio'non : « Toutes les comiiositions françoises de cet auteur ne sont bonnes qu'à supprimer, mais il primait dans la poésie latine, soit pour la pensée, soit pour le tour, soit pour Pexpression, à quelques endroits près où, la chaleur l'emportant, il donnait un peu dans l'obscur. Il a fait des vers lyriques ou élégiaques et des héroïques dignes des anciens. » La Monnoye parle aussi d'un recueil de vers latins de M. Du May qui lui fut dérobé et qui n'a pu être retrouvé.

Quand Pierre Du May en 1708 parlait de Des Barreaux, il revivait des temps éloignés, ceux 011 l'Illustre débauché fréquentait de 1657 à 1678 les Le Gouz et les Lantin, tous deux conseillers au Parlement de Bourgogne,

La Monnoye a fait l'épitaphe de Pierre Du May :

De /'illustre Du May, dont tu vois le tombeau,

Passant, révère ici la cendre.

Dijon, quoique Toulouse eût le droit d y prétendi'C,

En fut le glorieux berceau.

L'Ouche sur sa rive tranciuille,

En a longtemps oui les vers c/tarmans et doux.

La Garonne en conçut un envieux courroux '

Et du temps même de Virgile

Le Tibre en eût été jaloux.

qui ne l'ont pas oiibli('' dans leurs recueils d'anecdotes ^ Sa physionomie était assez marquée, son prestige assez grand pour donner du prix à des détails qui chez d'autres eussent passé pour insignifiants. Sa façon de boire traduite par l'expression si pittoresque : .s^^ paillardcr la Langue dont il se servait pour la qualifier, avait frappé non seulement Pierre Du May, mais tous ceux qui l'ont reçu à leur table. Ce n'était pas dans les habitudes de lever son verre presque à chaque morceau, en buvant lentement et à petits coups. Nicolas Chorier, dans la Vie (le Pierre deBoissat, est encore plus explicite à cet égard : « Boissat lui donna de grands festins, comprenant bien qu'il ne pouvait rien faire de plus agréable pour cet homme si ami de la bonne chère. A ces repas il admit comme convives M. Georges de Musy, premier président de la Cour des Aides et moi. M. de Musy lui offrit aussi un excellent dîner, j'y fus également invité. Des Barreaux aimait surtout le bon vin. Autant de gouttes dans son verre, autant, disait-il, de rayons de soleil cristallisés par un art de la nature. Il buvait à petits coups, goutte à goutte, doucement et par intervalles; il ne se laissait jamais aller à boire à pleine coupe. Il ne faut pas, disait-il, noyer la soif d'un seul coup, mais l'apaiser peu à peu et par moments, plutôt que de l'étancher tout à fait. L'un fait naître le goût de la volupté, l'autre le fatigue et en émousse le sentiment. »

(i) Supplément du Méiw^iana par Pierre Le Gouz, conseiller au Parlement de Bourgogne. Lantiniana ou recueil de plusieurs choses dites par INI. J. B. Lantin, conseiller au Parlement de Bourgogne. (Bib. Nat., JNIs. 2i2j',. Bibl. de Dijon, Ms. 962).

D'ailleurs Des Barreaux avait connu Pierre Du May tout enfant ; avant d'être son hôte, il avait été le commensal de son père Paul Du May, seigneur de Saint- Aubin, fils d'un médecin de la Faculté de Montpellier, né à Toulouse au mois d'Août i585, et mort conseiller à Dijon le 29 Décembre [645-

Ce Paul Du May est même l'auteur de Stances sur le sein d'Angélique (1609) et de deux sonnets assez étranges^ restés ignorés de son biographe l'abbé Philibert Papillon. Voici les deux sonnets :

SUR LIIOMME

L' h online n'est rien f/uun mort, qui traîne sa carcasse, Llioniine 11 est rien qiLun ver, qui de la terre naît, Llioimne n'est rien qu'un vent, qui sou f fie un petit trait, Lliomnie n'est rien en sotj. quun songe qui se passe.

L'homme n'est rien qu'un ombre, aussi tost il trépasse, L'homme n'est rien, qu'un rien, que nommer on ne sçciit. Mais (juoy ? Rien! non, car l'homme est un estre parfait ; Qiioy, qu'Ombre ? non, car l'homme est un corps qui tient place

L'homme n'est pas un songe, ains un esprit vivant, Est-il vent ? non, mais Ame en compas se mouvant : L'homme n'est pas un ver, mais du grand Dieu l'image ;

(i) On ne lit ces deux sonnels que dans les exemplaires cartonnés du Recueil des plus beaux vers de Messieurs Malherbe, Racan... Paris, Toussainct du Bray, i63(), où ils font partie des pièces remplaçant lOde contre le duc de Savoye de François Maynard enlevée sur Tordre du cardinal de Richelieu; par contre, ils se trouvent dans la réimpression de iG'iS qui n'a plus l'ode au duc de Savoye.

— irs

Et moins cst-ii nii mort ^ puisqu'il souspirc bien :

Qa\\st-il doncqucs ? il. est en son pèlerinage,

Un Mort, un. Ver, un Vent, un Songe, un Ombre, un Bien.

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