SUR L'AMOUR
Amour n'est rien qu'un Ciel, oii e/iacun voit sa belle, Amour n'est qu'un Enfer, oii nos cœurs sont gesnez, Amour n'est rien qu'un Dieu, qui nous rend fortunez, Amour n'est qu'un Démon, qui nos âmes bourrelle.
Amour n'est rien qu'un Jour, qui nos ans renouvelle. Amour n'est qu'une A'uit, qui nous rend forcenez. Amour n'est rien qu'un feu, duquel nous sommes nez, Amour nest rien quun froid, d'oii, notre sang se gelle.
Amour n'est que la Vie et le repos de tous. Amour n'est que la Mort, qui couve dedans nous : Que dis-je? non, l'Amour de tant de maiLV suivie
IS'est qu Enfer, que Démon, que Nuit, que Froid, que Mort ;
Mais hélas ! je me trompe, Amour je te fais tort :
Tu n'es que Ciel, que Dieu, cpieJour, que Feu, cpie Vie !
Ce n'était pas seulement la poésie française qu'aimaient Paul et Pierre Du May, mais, on l'a vu pour le second, la poésie latine, également familière à Des
Barreaux. Malheureusement les amateurs de belles-lettres du xvii^ siècle se sont montrés moins empressés à recueillir les pièces de leurs contemporains émules de Virgile et d'Horace que celles des victimes de Boileau, de là une pauvreté relative de nos grandes bibliothèques publiques en manuscrits de cette sorte, l^^n tout cas nos investigations ont été infructueuses. Sans l'abbé d'Olivet nous ne connaîtrions pas le portrait de Des Barreaux tracé par lui-même en 1660 et que termine le vers fameux que Voltaire déclare prendre pour devise :
Tiirtara non metucns^ non affectât us Ohjnipiim .
Cette indication permettrait aujourd'hui d'identifier ce portrait même s'il n'était suivi de ses initiales.
Nos recherclies dans les imprimés ont eu à peu près le môme résultat ; qu'est-ce que les quatre vers perdus dans les « Récréations littéraires » de Cizeron Rival ^ et conservés grâce à une note inédite de Brossette : « M. Des Barreaux m'a raconté autrefois (c'est encore Despréaux qui parle à M. Brossette) qu'étant Ecolier, il fut mis en pension au Collège de la Flèche oi^i il eut pour Régent le Père Caussin. Ce Régent, pour exercer ses Ecoliers à la Poésie, employoit souvent la dernière demi-heure de la classe, à leur faire faire des vers dont il leur indiquait le sujet. Un jour, il leur donna pour sujet les raisins peints par Zeuxis, et qui étaient si beaux que les oiseaux les
(i) Récréations littéraires ou Anecdotes et l'emarques sur différents sujets, recueillies par M. C. R**' (Cizeron-Rival). Paris, Dessaint; Lyon, J. M. Bessiat, ijGii, in-12, p. 122.
— nSo —
venoieiit becqueter. Voici les vers que fit le jeune Vallée et qui furent trouvés dignes du siècle d'Auguste :
Ceriiis ut aur colis ridet diffusa corimhis Viriea., et liane eireuni penduLus errât lionos. Ars dédit Jniic uvas : sed si natura dedisset^ Cœlicolis nectar funderc digiia fuit.
(Vois comme rit cette vigne éparse en ses grappes dorées, comme partout pend au hasard sa parure ! L'art lui a donné ses raisins ; si c'eut été la Natiire, digne serait-elle de verser le nectar aux Dieux !) »
Des Barreaux, admirablement doué, se serait classé parmi les premiers poètes français et latins du xvii^ siècle s'il avait utilisé les merveilleuses ressources de sa brillante intelligence au lieu de sacrifier uniquement, comme il l'a fait et conseillé, à Vénus et à Bacchus :
// faut prendre pendant la vie Tout le plaisir qu'on peut avoir, La clarté que Dieu nous fait voir D'une longue nuit est suivie.
Il nest cpie faire chère lie Pour faire fort bien son devoir, Peu de bon sens., point de sçavoir, Nargue de la philosophie.
Je me dégrade de raison, Je veux devenir un oison.
Et me sauver dans Vignorance.
— kSi
En heuvaiit toujours du nicilleur, Celuij qui croit en coniuiissancc.
Ne fait quaccroistrc su douleur.
méritant ainsi cette virulente apostrophe de Ghorier\ bien peu qualifié cependant pour la lui adresser ; (( Malheur à vous, Vénus et Bacchus, vous êtes des monstres non des Dieux ! Des Barreaux était né pour gravir les plus hauts sommets, vous l'avez misérablement perdu : toi, Vénus, par ton impure lubricité, toi, Bacchus, par ta honteuse et crapuleuse débauche. Vous l'avez ravi à la gloire, à la lumière, à l'honneur, vous l'avez arraché à lui-même, alors qu'il n'était plus maître ni de sa raison ni de lui-même. »
(i) Vie de Pierre de Baissât. Et dire que Chorier est l'aïUeur d'un recueil obscène écrit en lalin : Les Satires sotadiques de Louise Sigea de Tolède sur les secrets de l'Amour et de Vénus. Grenoble (vers 1679! !