‹ Voltaire, philosopheChapitre 102 sur 135 · Le traité de Breslau · texte numérisé non relu

Le traité de Breslau

3. Au reste, si A^oltaire a félicité Frédéric, c'est dans l'espérance qu'il allait rétablir la paix. Voici les passages essentiels de cette lettre : « J'ai appris que Votre Majesté avait fait un très bon traité, très bon pour vous sans doute... Mais si ce traité est bon pour nous autres Français, c'est ce dont l'on doute à Paris; la moitié du monde crie que vous abandonnez nos gens à la discrétion du dieu des armes; l'autre moitié crie aussi, et 'ne sait ce dont il s'agit; quelques abbés de Saint-Pierre vous bénissent au milieu de la criaillerie. Je suis un de ces philosophes; je crois que vous forcerez toutes les puissances à faire la paix... Vous n'êtes donc plus notre allié, Sire? Mais vous serez celui du genre humain. Vous voudrez que chacun jouisse en paix de ses droits et de son héritage, et qu'il n'y ait point de trouble... Dites : je veux qu'on soit heureux, et on le sera » (LIV, 449, 450).

reconnaît plus loin que, vers le milieu du xviif siècle, « les défaites de la royauté de Versailles allaient bientôt cesser d'être celles de la patrie ». Bientôt, ajoute-t-il, « la guerre de Sept ans nous donnera le spectacle — peut-être unique dans Thistoire — d'un peuple... faisant en quelque manière cause commune avec les ennemis de sa puissance et de sa gloire* ». Voilà ce que dit Brunetière; et son témoignage a d'autant plus de valeur, qu'on ne reprochera certes pas quelque complaisance pour Voltaire à cet ennemi des « philosophes » et du xviii^ siècle.

Les raisons qui excusent la première lettre doivent tout aussi bien excuser la seconde-. S'il faut encore citer les critiques les moins prévenus en faveur de Voltaire, M. Faguet, d'une part, fait valoir cette circonstance atténuante, qu'elle est de deux ans postérieure à la bataille ; aussi bien il n'y voit qu'une plaisanterie sans conséquence, « qui n'a absolument rien de criminel, ni même d'odieux' ». Et Brunetière

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