Cf. les Systèmes
Alors un petit Juif, au long nez, au teint blême, Pauvre, mais satisfait, pensif et retiré, Esprit subtil et creux, moins lu que célébré, Caché sous le manteau de Descartes son maître. Marchant à pas comptés, s'approcha du grand Être : « Pardonnez-moi, dit-il, en lui parlant tout bas, !Mais je pense entre nous que vous n'existez pas. m
3. Siècle de Louis XIV, XX, 341. — Cf. Lettre à M. Dutens, 29 févr. 1768, édition Moland, XLV, 540.
Voltaire prend la peine de réfuter la théorie des monades, que Newton, Locke et Clarke se contentèrent de tourner en ridicule ^ Ailleurs, lui-môme fait comme eux. u Voilà Joseph-Godefroi Leibniz, écrit-il par exemple à S'Gravesande, qui a découvert que la matière est un assemblage de monades. Soit; je ne le comprends pas, ni lui non plus » (1'''^ juin 1741).
Et que dire de Tharmonie préétablie? Peut-on soutenir sérieusement que Fâme n'a aucun commerce avec le corps, que ce sont comme deux horloges faites par Dieu « en correspondance », dont Tune montre les heures et l'autre les sonne? Ainsi, quand Virgile composait YEnéide, sa main l'écrivait sans obéir à son âme? Dieu avait réglé de tout temps que Tâme de Virgile ferait des vers et qu'une main attachée au corps de Virgile mettrait ces vers par écrit? Voilà pourtant ce que Leibniz veut nous faire croire^. Pourquoi ne sut-il pas ignorer? Mieux valait reconnaître son ignorance que d'imaginer des chimères. L'inventeur de l'harmonie préétablie et des monades est, en propres termes, un charlatan^.
Les seuls philosophes que Voltaire estime, qu'il trouve utiles au genre humain, ce sont ceux qui se mettent en garde contre l'esprit de système, qui ne, substituent pas aux faits des constructions abstraites ; c'est Bacon d'abord, puis Newton, et surtout Locke.
■1. Élém. de la Philos, de Newton, XXXVIIl, 60.