Les lettres de Frédéric lui-même contre le libre arbitre
2. Franc arbitre, XXIX, 504 sqq., Liberté, XXXI, 13 sqq. — Cf. encore // faiit prendre un parti, XLYII, 93 sqq.
3. « 11 n'y a rien sans cause... Toutes les fois que je veux, ce ne peut être qu'en vertu de mon jugement bon ou mauvais; ce jugement est nécessaire, donc ma volonté l'est aussi. En effet, il serait bien singulier que toute la nature, tous les astres obéissent à des lois éternelles, et qu'il y eût un petit animal haut de cinq pieds qui, au mépris de ces lois, pût agir toujours comme il lui plairait au seul gré de son caprice... Mes idées entrent nécessairement dans mon cerveau; comment ma volonté, qui
de faire ce qu'on veut? Alors, il apparaît suffisamment que nous ne sommes pas libres. Mais, définie à la façon des scolastiques, qui veulent soustraire riiomme aux lois de la nature, elle est u une chimère absurde » [Lettre à M. ***, 1776; LXX, 108).
On peut relever maintes inconséquences dans la métaphysique de Voltaire; sur le problème du mal, sur Pâme, sur le libre arbitre, il a successivement émis des opinions différentes ou même contradictoires. En réalité, la seule chose qu'il affirme à toutes les époques de sa vie, c'est notre ignorance. « Nous ne raisonnons guère, en métaphysiqujeujque sur des probabilités ; nous nageons tous dans une mer dont nous n'avons jamais vu le rivage » (Dict. phil., DieUy XXVIII, 388). Il reconnaît du reste ses propres variations. « Je ne suis sûr de rien, dit-il dans VA, B, C, sous le nom d'A; je crois qu'il y a un être intelligent, une puissance formatrice, un Dieu. Je tâtonne dans l'obscurité sur tout le reste. J'affirme une idée aujourd'hui, j'en doute demain; après-demain, je la nie, et je puis me tromper tous les jours » (XLV,
en dépend, serait-elle à la fois nécessitée et absolument libre? Je sens en mille occasions que cette volonté ne peut rien; ainsi, quand la maladie m'accable, quand la passion me transporte, quand mon jugement ne peut atteindre aux objets qu'on me présente, etc.; je dois donc penser que, les lois de la nature étant toujours les mêmes, ma volonté n"est pas plus libre dans les choses qui me paraissent les plus indifTérentes que dans celles où je me sens soumis à une force invincible... Nous pouvons réprimer nos passions...; mais alors nous ne sommes pas plus libres en réprimant nos désirs qu'en nous laissant entraîner à nos penchants, car, dans Tun et l'autre cas, nous suivons irrésistiblement notre dernière idée, et cette dernière idée est nécessaire » (XLII, 548).
132) '. Ne lui reprochons pas ces contradictions en pareille matière. Elles montrent qu'il ne cessa jamais de méditer les problèmes de la métaphysique et qu'il n'avait pas de parti pris.
1. Ailleurs il rappelle, en le prenant à son compte, ce mot de l'abbé de Saint-Pierre : « Je suis de cette opinion quant à présent » [Dict. phiL, Influence, XXX, 313).