‹ Voltaire, philosopheChapitre 44 sur 135 · Lettre à d'Argental, 22 avr · texte numérisé non relu

Lettre à d'Argental, 22 avr

2. kl., 8 mai 1769. — Dans une lettre à Saint-Lambert du 4 avril 1769, après avoir dit : « J'ai eu douze accès de fièvre; j'ai reçu bravement le viatique en dépit de l'envie. J'ai déclaré expressément que je mourais dans la religion du roi très chrétien et de la France, ma patrie », il ajoute, comme pour se donner le change à lui-même : « Cela est fier et honnête. »

3. « Vous ne savez pas avec quelle fureur la calomnie sacerdotale m'a attaqué. Il me fallait un bouclier pour repousser les traits mortels qu'on me lançait. Voulez-vous toujours oublier que je suis dans un diocèse italien et que j'ai dans mon portefeuille la copie d'un bref de Rezzonico contre moi? Voulez-vous oublier que j'allais être excommunié comme le duc de Parme et vous? Voulez-vous oublier enfin que, lorsqu'on mit un bâillon

Remarquons du reste que ce qu'il achetait ainsi, ce n'était pas une paix égoïste. Rien ne Tempêchait de vivre tranquille en se taisant. D'autres s'étaient tus jadis, à commencer par Descartes ; et d'Alembert luimême gardait maintenant le silence. Mais il voulait continuer sans relâche la lutte contre le fanatisme. A ceux qui l'accusent de manquer de courage, on pourrait répondre par ce mot d'une de ses lettres : « Nous sommes bien heureux, mes anges, d'avoir des philosophes qui n'ont pas la prudente lâcheté de Fontenelle » (A cVArgenlal, 22 juin 1766).

Non seulement Voltaire ne se tut pas dans les dernières années de sa vie, mais il fut ptus actif que jamais.

Pourquoi ce redoublement de zèle? On prétend que le succès du Vicaire savoyard, publié en 1762, l'avait

à Lally et qu'on lui eut coupé la tête pour avoir été malheureux et brutal, le roi demanda s'il s'était confessé? Voulez-vous oublier que mon évéque savoyard, le plus fanatique et le plus fourbe des hommes, écrivit contre moi au roi, il y a un an, les plus absurdes impostures?... 11 est très faux que le roi lui ait fait répondre par M. de Saint-Florentin qu'il ne voulait pas lui accorder la grâce qu'il demandait. Cette grâce était de me chasser du diocèse, de m'arracher aux terres que j'ai défrichées, à l'église que j'ai rebâtie, aux pauvres que je loge et que je nourris... Le roi veut qu'on remplisse ses devoirs de chrétien; non seulement je m'acquitte de mes devoirs, mais j'envoie mes domestiques catholiques régulièrement à l'église et mes domestiques protestants régulièrement au temple; je pensionne un maître d'école pour enseigner le catéchisme aux enfants. Je me fais lire publiquement VHisioire de rÉglise et les Seniions de Massillon à mes repas. Je mets l'imposteur d'Annecy hors de toute mesure, et je le traduirai hautement au Parlement de Dijon s'il a l'audace de faire un pas contre les lois de l'État... Si par malheur j'étais persécuté..., plusieurs souverains... m'offrent des asiles. Je n'en sais point de meilleur que ma maison et mon innocence. Mais enfin tout peut arriver >- {Lettre à cVAvgental, 23 mai 17G9).

rendu jaloux de Rousseau. Selon Condorcet, le Sermon des Cinquante serait le premier ouvrage où Voltaire attaqua de front la religion chrétienne, et il ne Taurait écrit que pour surpasser Rousseau en hardiesse « comme il le surpassait en génie * ». Cette assertion, surlaquelle veulent s'appuyer des critiques modernes^, ne supporte pas Fexamen. D'abord, Voltaire avait déjà fait paraître ayant 1762 beaucoup d'ouvrages tout aussi hardis que le Sermon des Cinquante^; ensuite, le Sermon des Cinquante précéda le Vicaire savoyard^ et, peut-être, de douze ou quinze ans '\

Ce qui n'en reste pas moins, c'est que, depuis son établissement à Ferney, il mena la campagne anticatholique avec une nouvelle ardeur et y consacra désormais presque tous ses efforts. De plus en plus il n'écrit que pour agir, et de plus en plus son action est dirigée contre l'Église. Il néglige tout ce qui est purement littéraire; il se refuse jusqu'au plaisir de rimer des badinages. « Ce n'est pas la peine, dit-il; le temps est trop cher^. » Suivant l'expression d'Helvétius, Voltaire a passé le Rubicon, et le voilà devant Rome *"'.

Si l'on veut se faire une idée de la place que tient

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