‹ Voltaire, philosopheChapitre 45 sur 135 · Averlissement du Sermon des Cinquante · texte numérisé non relu

Averlissement du Sermon des Cinquante

2. Entre autres Brunetière. Cf. Études critiques, t. III, p. 272.

3. Par exemple, la Défense de milord Bolinr^brofce, la Lettre de Cfiarles Gouju à ses frères; quant à V Extrait des Sentiments de ./. Mestier, il en envoyait à Damilaville un exemplaire dès le 4 février 1762.

4. Cf. Edme Champion, Vottaire, la Date du Sermon des Cinquante, p. 168 sqq.

'o. Lettre à d'Alembert du S octobre 1760. A propos d'un ronfle.iu que Voltaire ne prend pas le temps d'achever. Cf. note 1 de la p. 87.

tj. Lettre à Helvétius, 2 janv. 1761.

dans son œuvre, à cette époque, la polémique anticléricale, il suffit de lire le Dictionnaire philosophique. Dans le premier volume par exemple, une vingtaine i d'articles sur soixante prennent à partie le catholi-| cisme : Abbaye, Abbé, Abraham, Adam, Adorer,, Agar, Ame, Amour de Dieu, Ange, Annales, AntilriA nilaires, Apocryphes, Aposlal, Apôlre,Araral, maints^ autres encore. Et ce sont presque toujours les plus étendus. Sur Abraham, vingt pages; sur Adam, dix; sur Ame, vingt; sur Apocryphes et sur Apôtre^ quinze. Aussi bien plusieurs articles, dont le titre n'annonce rien d'anticatliolique, se rattachent pourtant, soit en partie, soit tout entiers, à la propagande contre FÉglise. Dans Abus, il ne parle que de « l'appel comme d'abus ». Dans Adullère, il plaide en faveur du divorce. Dans Anthropophages, il consacre deux ou trois pages à soutenir que les Hébreux mangeaient de la chair humaine. Dans Arabes, il montre que Job n'était pas Juif et que le Livre de Job est antérieur à tous les livres judaïques. Enfin, voici le commen-' cernent de l'article Aranda (comte d') : « Quoique les noms propres ne soient pas l'objet de nos questions encyclopédiques, notre société littéraire a cru devoir faire une exception en faveur du comte d' Aranda, qui a commencé à couper les têtes de l'hydre de l'inquisition ^ »

1. Dans le reste du Dictionnaire, sans citer les articles que signale assez leur titre, cf. entre autres Avignon, où Voltaire conteste les droits du pape sur cette ville; Éclipse, où, rappelant la légende daprès laquelle la terre se serait couverte de ténèbres à la mort de Jésus-Christ, il conclut que les ténèbres de la superstition sont bien pins dangereuses; Économie, où il critique les récits sacrés relatifs à Abraham et à Isaac; Gloire (section 11), où il raille la sottise humaine qui se représente

i C'est aussi dans les vingt dernières années de sa vie que Voltaire publie le plus grand nombre de ses brochures anticléricales. Les gros livres ne sont pas de saison. Mieux valent des pamphlets, qui se répandent partout, que tout le monde veut lire et peut comprendre, u II paraît convenable, écrit-il à Helvétius, de n'écrire que des choses simples, courtes, intelligibles aux esprits les plus grossiers. Que le vrai seul et non l'envie de briller caractérise ces ouvrages » (2 juill. 1763), Et, dans une autre lettre au même, signée Jean Patoiirel, ci-devant jésuite, après avoir gémi sur les progrès de l'incrédulité : « On oppose, dit-il, au Pédagogue chrétien et au Pensez-y bien, livres qui faisaient autrefois tant de conversions, de petits livres philosophiques qu'on a soin de répandre partout adroitement. Ces petits livres se succèdent rapidement les uns aux autres. On ne les vend point, on les donne à des personnes affidées qui les distribuent à des jeunes gens et à des femmes. Tantôt c'est le Sermon des Cinquante, qu'on attribue au roi de Prusse, tantôt c'est un Extrait du Testament de ce malheureux curé Jean Meslier,... tantôt c'est je ne sais quel Catéchisme de l'Honnête homme » (25 août 1763). Voilà le moyen le plus efficace de combattre l'Église; et Voltaire ne le dénonce sous le nom de Jean Patourel que parce qu'il se félicite d'en user pour son propre compte avec succès. Si beaucoup de ses ouvrages proprement littéraires avaient eu de tout temps un tour philosophique, le

l'Èlre suprême comme un glorieux; Horlor/e, où il ridiculise le miracle « fait en faveur d'Ézéchiel sur son horloge •, miracle par lequel le soleil recula sans souci de déranger le cours de lous les autres astres, etc., etc.

philosophe chez lui prévaut de plus en plus. Voltaire ne conçut jamais Thistoire en pur « littérateur » ; mais,! sans parler de Charles XII ^ il y a une grande différence entre VEssai sui^ les Mœurs et le Siècle de Louis XIV. Quant à ses pièces de théâtre, presque toutes sont maintenant des œuvres de combat : Sacrale, où il représente la magistrature et le sacerdoce alliés contre la philosophie ; Saiil, où il s'amuse à bafouer le roi et prophète David; Olympie, où, comme nous l'avons vu S il prétend montrer que la religion chrétienne a tout pris des païens et que le peuple de Dieu fut un peuple abominable-; les Guèbres, où il dénonce l'ambition des prêtres; les Lois de Minos, où il flétrit les sacrifices humains, non pas seulement ceux de l'antiquité, mais aussi ceux des temps modernes et de son siècle même ; car de quel autre nom appeler les aato-da-fé, la Saint-Barthélémy, le supplice de La Barre?

I Sa polémique aussi prend un accent plus vif. C'est y à partir de 1760 qu'il adopte pour devise le mot \ fameux : Ecraser Vinfâme ^ 11 écrit, le 11 janvier 1761, \ à son ami Thiériot : « Je deviens Minos dans ma vieillesse, je punis les méchants* ». A Damilaville, le 9 mai 1763 : « Plus je vieillis et plus je deviens implacable envers Vinfâme », et le 27 février 1765 : « Je

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