Homélie sur la Communion, XLV
querelles n'en dénotaient pas moins un fanatisme tout aussi exécrable. On les voyait du reste se multiplier; le catholicisme et le protestantisme avaient îhacun produit des sectes acharnées Tune contre l'autre, qui témoignaient de leur foi par des persécutions mutuelles. Comment nier que la religion ae fût elle-même une source de conflits et de violences ' ?
Callicrate ayant demandé à Évhémère quel est le plus méchant des peuples, celui-ci répond : « Le plus superstitieux » [Dialogues d' Évhémère, L, 150). Un superstitieux en effet est méchant par devoir : aussi l'écoute-t-il pas la voix de la nature ; il vole, il incendie, 1 massacre en croyant bien faire, et l'humanité n'a sur îOn cœur aucune prise. Mais comment cette humanité 16 serait-elle pas innée à l'homme? Si l'homme a jourtant de mauvais instincts, c'est le fanatisme qui es provoque et les irrite.
On allègue que le fanatisme, au xvm" siècle, n'était îlus redoutable. Voltaire lui-même, durant la première partie de sa carrière, en exprime souvent l'espoir. La philosophie a-t-elle donc fait tant de progrès? Il reconlaît bientôt son illusion, et se rend compte que l'esprit lu catholicisme ne change point. Après l'attentat le Damiens, il écrit à d'Argental : « Comment me ustifierai-je d'avoir tant assuré que ces horreurs l'arriveraient plus,... que la raison et la douceur des nœurs régnaient en France? » (20 janv. 1757). Et léjà, en 1740, adressant à Frédéric une copie de son Mahomet, il s'élève contre « ceux qui disent... que es flammes des guerres de religion sont éteintes ».
i. Cf. É. Faguet, V Anticléricalisme, p. 85 sqq.
140 VOLTAIRE PHILOSOPHE l
« Le poison subsiste encore, quoique moins développé. î» Cette peste, qui semble étouffée, reproduit de temps ^ en temps des germes capables d'infecter la terre » (déc. 1740; LIV, 257). De même, à la fin du Philo^ sophe ignorant : « Je vois qu'aujourd'hui, dans ce siècle qui est Taurore de la raison, quelques têtes de cette hydre du fanatisme renaissent encore. Il paraît que leur poison est moins mortel et leurs gueules moins dévorantes. Le sang n'a pas coulé pour la grâce versatile, comme il coula si longtemps pour les indulgences plénières qu'on vendait au marché. Mais le monstre subsiste encore; quiconque recherchera la vérité risquera d'être persécuté » (XLII, 609). Et enfin dans VAvis au public sur les Calas et les Sirven : « Un prêtre irlandais a écrit depuis peu... que nous venons cent ans trop tard pour élever nos voix contre l'intolérance, que la barbarie a fait place à la douceur, qu'il n'est plus temps de se plaindre. Je répondrai à ceux qui parlent ainsi : Voyez ce qui se passe sous vos yeux » (XLII, 395)'.
Voyez, dit Voltaire, ce qui se passe sous vos yeux. Et que se passait-il donc?
En 1722, l'abbé Houtteville, dans la préface d'un livre intitulé la Vérité de la Religion chrétienne prouvée par les faits, appelle la tolérance un système monstrueux ^ En 1749, l'abbé de la Ménardaye, dans son
1. Cf. encore Remarques de l'Essai sur les Mœurs : « Quoi! vous dites que les temps du jacobin Jacques Clément ne reparaîtront plus? Je l'avais cru comme vous: mais nous avons vu depuis les Malagrida et les Damiens (XLI, 168). Lettre à Condorcei, 26 févr. 1776, édition Moland, XLIX, 533 : « ... Nous sommes prêts de revenir au temps des Guincestre, des Aubry, des Clément, des Ghàtel et des Ravaillac. »