XXXVII
2. Traité de Métaph., XXXVII, 341 sqq. — Cf. Essai su?- les Mujurs, XV, 90; Dict. phiL, Enfer, XXIX, 120, Locke, XXXI, 48.
3. Cf. Lettre à d'Arge?ital, 4 août 1775 : « L'auteur de Jenni ne peut pas être soupçonné (Je penser comme Épicure. Spinoza lui-
récompense et châtie? Dans VÉpître sur le livide des Trois imposteurs, sans déclarer formellement que ce Dieu est une invention des hommes, il donnerait presque à Tentendre :
Consulte Zoroastre et Minos et Solon
Et le martyr Socrate et le grand Cicéron ;
Ils ont adoré tous un maître, un juge, un père.
Ce système sublime à l'homme est nécessaire;
C'est le sacré lien de la société,
Le premier fondement de la sainte équité,
Le frein du scélérat, l'espérance du juste.
Si les cieux, dépouillés de son empreinte auguste,
Pouvaient cesser jamais de le manifester,
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer.
Que le sage l'annonce et que les rois le craignent.
Rois, si vous m'opprimez, si vos grandeurs dédaignent
Les pleurs de l'innocent que vous faites couler.
Ma vengeance est au ciel : apprenez à trembler.
Tel est au moins le fruit d'une honnête croyance.
En disant que, si Dieu n'existait pas, — le Dieu rémunérateur et vengeur, — il faudrait Finventer, Voltaire pourtant semble dire ici même que ce Dieu existe. D'autres passages laissent mieux voir ce qui est peut-être sa pensée intime. Par exemple, le second chapitre de Dieu et les Hommes commence par quelques lignes bien significatives : « Les nations qu'on nomme civilisées parce qu'elles furent méchantes et malheureuses dans des villes au lieu de l'être en plein air ou dans des cavernes, ne trouvèrent point de plus puissant antidote contre les poisons dont les cœurs étaient pour la plupart dévorés que le
même admet dans la nature une intelligence suprême. Cette intelligence m'a toujours paru démontrée. Les athées qui veulent me mettre de leur parti me semblent aussi ridicules que ceux qui ont voulu faire passer saint Augustin pour un moliniste. »
ecours à un Dieu rémunérateur et vengeur. Les inagistrats d'une ville avaient beau faire des lois lîontre le vol..., on les volait eux-mêmes dans leur logis... Quel autre frein pouvait-on mettre à la cupilité, aux transgressions secrètes et impunies, que l 'idée d'un maître éternel qui nous voit et qui jugera usqu'à nos plus secrètes pensées? » (XLVI, 102) K Dans l'article Enfer du Dictionnaire philosophique, iprès avoir raconté comment un théologien calvij liste, pasteur à Neuchâtel, dut abandonner ses fonctions pour avoir nié l'éternité des peines, il ajoute (u'un des ministres qui l'y contraignaient lui dit : Mon ami, je ne crois pas plus à l'enfer éternel [ue vous; mais sachez qu'il est bon que votre serante, que votre tailleur et surtout votre procureur croient » (XXIX, 117, 118). Nous l'avons entendu éclarer pour son propre compte que le dogme d'un )ieu vengeur était une utile protection contre les léchants. Lui non plus, il ne croyait point aux peines ternelles. Mais croyait-il à des peines temporaires? i'est fort douteux^.
I Si Voltaire soutient d'ordinaire l'immortalité de i âme, il ne la soutient qu'en vue des sanctions futures ; j ussi n'a-t-il aucun motif, quand il nie ces sanctions, I e prétendre que Tâme soit immortelle. Dans le j ^raité de Métaphysique par exemple, il la fait périr
1. De même, dans VHomélie sur CAthéisme : « On sait assez ue la terre est couverte de scélérats heureux et d'innocents Dprimés. Il fallut donc nécessairement recourir à la théologie 3S nations plus nombreuses et plus policées, qui longtemps jparavant avaient posé pour fondement de leur religion des îines et des récompenses » (XLIII, 240).
2. Il dit même en maints passages que le mal n'existe pas par ipport à l'Être suprême. Cf. p. 181, n. 1.
avec le corps. Et, dans le dialogue entre Adélos et Sophronime, il dit par la bouche d'Adélos : « J'ai craint longtemps... ces conséquences dangereuses [les conséquences du matérialisme]; c'est ce qui m'a empêché d'enseigner mes principes ouvertement » (XLÏI, 309). On peut donc penser qu'il ne croit point à l'immortalité de l'âme, et qu'il ne l'a soutenue qu'en vertu de considérations sociales.
De même quant au libre arbitre. Voltaire l'admel pour justifier les peines et les récompenses: au fond, il n'y croit pas. En octobre 1737, il envoie à Frédéric une sorte de dissertation ^ où il veut prouver que l'homme est libre. Mais, dans la lettre qui accompagne cette dissertation, il fait un aveu à retenir : « Peutêtre l'humanité, qui est le principe de toutes mej pensées, m'a séduit..., peut-être l'idée où je suis qui n'y aurait ni vice ni vertu, qu'il ne faudrait ni peine ni récompense... si l'homme n'avait pas une libertt pleine et absolue, peut-être dis-je, cette opinion ra'î entraîné trop loin. Mais, si vous trouvez des erreur; dans mes pensées, pardonnez-les au principe qui les <• produites-. » Un an plus tard, il écrit à Helvétiu sur la même question : « Je vous avouerai... qu'aprè avoir erré bien longtemps dans ce labyrinthe, aprè avoir cassé mille fois mon fil, j'en suis revenu à dir que le bien de la société exige que l'homme se croi libre », et il fait valoir en faveur de la liberté ce qu lui-même appelle « des arguments de bonne femme (11 sept. 1738). Dans la suite, nous l'avons vu, il 1
1. Elle a beaucoup de rapport avec le chapitre vu du Traité a Métaphysique, et en contient même de nombreux extraits; ma: elle est plus étendue.