Cf. par exemple Épiire au roi de Prusse
Travailler est le lot et l'honneur d'un mortel;
Lettre à Vabbé d'Olivet : « Je m'aperçois tous les jours, mon her maître, que le travail est la vie de l'homme... Moi qui suis eune et qui n'ai que soixante-huit ans, je dois travailler pour Qériter un jour de me reposer » (4 nov. 1762).
consiste dans les appétits sensuels. Mais ne lui tenons pas rigueur de quelques boutades ; il ne veut, à vrai dire, que protester contre des mortifications absurdes et honnir ceux auxquels leur orgueil et leur inhumanité font anathématiser toutes les jouissances d'autrui.
J'admire et ne plains point un cœur maître de soi Qui, tenant ses désirs enchaînés sous sa loi, S'arrache au genre humain pour qui Dieu nous fit naître... Mais que, fier de ses croix, vain de ses abstinences. Et surtout en secret lassé de ses souffrances, Il condamne dans nous tout ce qu'il a quitté, L'hymen, le nom de père et la société : On voit de cet orgueil la vanité profonde; C'est moins Tami de Dieu que l'ennemi du monde.
Au reste, il recommande partout et toujours la modération. Et, dans ce même Discours, après avoir défendu contre les ascètes Tusage des plaisirs
L'usage en est heureux, si l'abus est funeste,
il dit aux intempérants :
Usez, n'abusez pas, le sage ainsi l'ordonne i.
1. Cf. le quatrième Discours sur l'Homme, intitulé la Modération :
O vous qui ramenez dans les murs de Paris Tous les excès honteux des mœurs de Sybàris, Qui, plongés dans le luxe, énervés de mollesse, Nourrissez dans votre âme une éternelle ivresse, Apprenez, insensés, qui cherchez le plaisir. Et l'art de le connaître et celui de jouir. Les plaisirs sont des fleurs que notre divin maître Dans les ronces du monde autour de nous fait naître; Chacune a sa saison, et, par des soins prudents, On peut en conserver pour l'hiver de nos ans. Mais, s'il faut les cueillir, c'est d'une main légère... Quittons les voluptés pour savoir les reprendre.
Voltaire combat non seulement Tascétisme catholique, mais aussi le rigorisme de certains philosophes. Montesquieu lui-même ne se bornait pas à louer l'austérité des mœurs antiques; considérant la vertu comme le principe des démocraties, il voulait que l'amour de la frugalité rentrât dans cette vertu républicaine. Et, quant à Jean-Jacques, on Tavait vu, dès son premier Discours, mettre en œuvre toutes les ressources de la rhétorique pour déclamer contre la richesse, contre les aises et l'élégance de la vie, contre la « splendeur funeste » des arts.
Il était bon de réfuter ces éloquents sophismes. C'est 3e que fit Voltaire avec son bon sens accoutumé. Qu'appelle-t-on le luxe? Au temps où nos pères ne îonnaissaient pas encore l'usage de la chemise, 3elui qui en porta une le premier fut sans doute iccusé par les Jean-Jacques contemporains de îorrompre les mœurs. Si l'on appelle luxe la dépense jue fait un homme riche, pourquoi blâmer cet homme le proportionner sa dépense à sa fortune? La Bruyère /ante nos ancêtres d'avoir gardé leur argent dans eur coffres. Faut-il donc proscrire l'industrie, les irts, le goût, et même la propreté^?
3t le poème sur l'Usage de la Vie :
Je ne veux que vous apprendre L'art peu connu d'être heureux.
Cet art qui doit tout comprendre, Est de modérer ses vœux.