‹ Voltaire's Zaïre and Épîtres;Chapitre 28 sur 54 · Scène X · texte numérisé non relu

Scène X

OROSHANE, ZAÏRE, NÉRBSTAK, COBASMIN, FATIME, ESCLAVES.

GROSMANE.

Approche, malheureux, qui viens de m'arracher, De m'ôter pour jamais ce qui me fut si cher;

lâô VoIitAlRË

Méprisable ennemi, qni fai^ encor paraître L'andace d*un héros avec l'âme d'un traître; i«o

Tu m'imposais ici pour me déshonorer:

Va, le prix en est prêt, tu peux t'y préparer. Tes maux vont égaler les maux où tu m'exposes Et ton ingratitude, et l'horreur que tu causes. Âyez-Tous ordonné^ son supplice?

OOBASHIK. Oui, seigneur. i07s

OBOSHANE.

n commence déjà dans le fond de ton cœur.

Tes yeux cherchent partout, et demandent encore La perfide qui t'aime, et qui me déshonore.

Begarde, elle est ici.

NÉBBSTAN. Que dis-tu? Quelle erreur! . . .

OBOSHANE.

Begarde-la, te dis-je.

NEBESTAN. Ah I que vois- je! Ah! ma sœur! ueo

Zaïre . . . elle n'est plus! Ah! monstre! Ah! jour horrible!

OBOSMANE.

Sa sœur! Qu'ai- je entendu? Dieu! serait-il possible?

NÉBESTAN.

Barbare, il est trop vrai; yiens épuiser mon flanc

Du reste infortuné de cet auguste sang.

Lusignan, ce vieillard, fut son malheureux père; ts»

Il venait dans mes bras d'achever sa misère,

Et d'un père expiré° j'apportais en ces lieux

La volonté dernière et les derniers adieux;

Je venais dans un cœur trop faible et trop sensible",

Bappeler des chrétiens le culte incorruptible. vm

Hélas! elle offensait notre Dien» notre loi»

Et ce Dieu la punit d'avoir brûlé pour toi°.

OBOSHAKE.

ZaSrel . . . Elle m'aimait? Est-il bien vrai, Fatime? Sa sœur? . . . J'étais aimé?

FATIHE. Cruel! voilà son crime.

1596 Tigre altéré de sang» tu viens de massacrer Celle qui, malgré soi constante à t'adorer»

Se flattait, espérait que le Dieu de ses pères Recevrait le tribut de ses larmes sincères.

Qu'il verrait en pitié cet amour malheureux,

leoo Que peut-être il voudrait vous réunir tous deux. Hélas! à cet excès son cœur l'avait trompée; De cet espoir trop tendre elle était occupée; Tu balançaisP son Dieu dans son cœur alarmé.

OBOSHAKB.

Tu m'en as dit assez. ciel! j'étais aimé!

1606 Va, je n'ai pas besoin d'en savoir davantage^. . . nÎbestan.

Cruel! qu'attends-tu donc pour assouvir ta rage?

n ne reste que moi de ce sang glorieux

Dont ton père et ton bras ont inondé ces lieux;

Rejoins un malheureux à sa triste famille, 1610 Au héros dont tu viens d'assassiner la fille.

Tes tourments sont-ils prêts? Je puis braver tes coups ;

Tu m'as fait éprouver le plus cruel de tous.

Mais la soif de mon sang, qui toujours te dévore,

Permet-elle à l'honneur de te parler encore?

1616 En m'arrachant le jour, souviens-toi des chrétiens

Dont tu m'avais juré de briser les liens:

Dans sa férocité, ton cœur impitoyable

De ce trait généreux serait-il bien capable?

Parle; à ce prix enoor je bénis mon trépas.

OROSMANB, allant vers le corps de Zaïre.

Zaïre!

GOBASMiN. Hélas I seigneur, où portez-Tous vos pas? lo^ Rentrez, trop de donlenr de votre âme s'empare; SooSrez que Nérestan . . .

NÉBESTAN. Qu'<^donnes-tu, bmrb&re?

OBOSMANE, après une hngue pause.

Qu'on détache ses fers . . • ï!coutez, Oorasmin, Que tous ses compagnons soient délivrés soudain. Aux malheureux chrétiens prodiguez mes largesses; iass Comblés de mes bienfaits, chargés de mes richesses, Jusqu'au port de Joppé vous conduirez leurs pas.

GOBASHIN.

Mais, seigneur . . .

OBOSMANE. Obéis, et ne réplique pas;

Vole, et ne trahis point la volonté suprême D'un Soudan qui commande, et d'un ami qui t'aime: leso Va, ne perds point de temps, sots, obéis . . .

{A Nérestan.) . Et toi.

Guerrier infortuné, mais moins encor que moi. Quitte ces lieux sanglants, remporte en ta patrie Cet objet que ma rage a privé de la vie.

Ton roi, tous tes chrétiens, apprenant tes malheurs, less N'en parleront jamais sans répandre des pleurs. Mais, si la vérité par toi se fait connaître, En détestant mon crime, on me plaindra peut-être. Porte aux tiens ce poignard, que mon bras è^àxiP A plongé dans un sein qui dut° m'être sacré; i64o

Dis-leur que j'ai donné la mort la plus affreuse

A la plus digne femme, à la plus vertueuse, Dont le ciel ait formé les innocents appas ; Dis-leur qu'à ses genoux j'ayais mis mes États; 1646 Dis-leur que dans son sang cette main s'est plongée; Dis que je l'adorais, et que je l'ai vengée.

{Aux siens.) {Il se tue,)

Respectez ce héros, et conduisez ses pas.

KÊBESTAN.

Guide-moi, Dieu puissant ! je ne me connais pas. Faut-il qu'à t'admirer ta fureur me contraigne, 1660 Et que dans mon malheur ce soit moi qui te plaigne!

FIK DE ZAÏBB

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ÉPÎTKES

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