‹ Voltaire, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 14 sur 80 · RAPPORTS EN PRUSSE — MAUPERTUIS ET KŒNIG · texte numérisé non relu

RAPPORTS EN PRUSSE — MAUPERTUIS ET KŒNIG

Voici Voltaire en Prusse, non plus passagèrement, mais à poste fixe. Comment y va-t-il vivre avec Maupertuis, qu'il n*a plus besoin de ménager, et à qui il n'est pas disposé à céder le pas, lui qui ne le voulait pas céder même aux princes! Lorsque Buffon apprit leur présence simultanée à Berlin , il écrivit : « Ces deux hommes ne sont pas faits pour demeurer ensemble dans la même chambre (1 ). » Ils s'observèrent d'abord, et se traitèrent publiquement avec une déférence mutuelle, sincère, dit-on, du côté de Maupertuis, qui assurait ne plus garder rancune du discours de réception (2), affectée du côté de Voltaire, qui s'en dédommageait par des plaisanteries secrètes. La jalousie se mit bientôt entre eux. Voltaire avait plus d'esprit que Maupertuis, et lui enlevait ordinairement la primauté aux soupers de Potsdam; mais il n'en avait pas toujours, et Maupertuis, toujours égal à lui-même, reprenait quelquefois l'avantage. Un jour que Voltaire avait été sombre et taciturne, et Maupertuis rayonnant et en verve, ils revenaient ensemble de Sans-Souci à Potsdam, au milieu de la nuit, dans un carrosse du roi : « Il faut avouer, dit Maupertuis, que la soirée a été charmante. — Je n'en ai jamais vu de si sotte, » répondit Voltaire; et ils se turent le reste de la route, dévorant en silence leur mutuel dépit (3). Lors du procès du Juif, Maupertuis refusa d'user en faveur de Voltaire de son crédit auprès du président de Jarriges, disant qu'il ne se pouvait mêler d'une si mauvaise affaire. 11 refusa encore à Voltaire de mettre l'abbé Raynal dans l'Académie de Berlin, et ce fut, suivant Lalande, une des principales causes de leur brouillerie (4).

(f) A l'abbé Le Blanc, 22 octobre 1750; Correspondance inédite de Buffon, Paris, 1860. t. I, p. 48. —(2) Lettre de Maupertuis, dans sa Vie, par la Bcaumolle, p. 134. — (3) Thiébaolt, Me* Souvenirs de vingt ans dé séjour à Berlin, t. V, p. 257. —(4) Note de h Vie de MauperiuU. p. 169. —Voltaire avait encore voulu dooner Raynal, au heu de Fréron, pour correspondant littéraire au roi de ; lettre à Darget du 21 avril 1750.

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