LE THÉÂTRE A FERNEY ET A GENEVE
Cette affluence de pèlerins, il fallait l'amuser; il fallait en profiter pour s'amuser soi-même. Quelle belle occasion de jouer la comédie ! Double profit, d'ailleurs, à faire pour Bâton :
Son bien premièrement, et puis le mal d'autrui.
Le mal d'autrui, c'était de faire enrager les magistrats et les pasteurs genevois. Toute représentation dramatique était interdite à Genève.Toutefois, en 1737, à l'occasion des troubles, les ambassadeurs des puissances médiatrices, France, Sardaigne et Cantons suisses, s'ennuyant beaucoup dans la ville puritaine, avaient obtenu l'ouverture d'un théâtre provisoire, qui devait être fermé au bout d'un an. L'année écoulée, les Genevois, surtout lesPigaros du lieu, garçons barbiers et perruquiers, mis en goût de spectacle, jouèrent à domicile, malgré les réprimandes et les censures du Consistoire. Voltaire, alors aux Délices, voulut user de ce goût pour « corrompre la pédante ville. » De plus, encouragé par son succès de Lausanne, il y vit un moyen d'attirer les familles riches, et de « dominer la société genevoise. » Aussi fut-il furieux, lorsque, le 31 juillet 1755, sur la motion du pasteur Roches, le Conseil d'État déclara maintenir la proscription des spectacles, et invita les pasteurs à visiter les acteurs improvisés, pour les engager à s'abstenir. Tronchin signifia ces mesures à Voltaire, qui, ayant quelque intérêt à dissimuler son dépit, et pouvant d'ailleurs tourner la difficulté, répondit tantôt par une tranche ironie, tantôt par la promesse ironique encore d'observer toujours avec respect les sages lois du gouvernement. En effet, pendant quelques années, passant ses hivers à Monrion et à Lausanne, il s'abstint d'organiser un spectable aux Délices. Mais, à peine eut-il acheté Tourney, sur la frontière genevoise, qu'il se hâta d'en changer la grande salle en tripot
de comédie, et d'y construire un théâtre, dont il aurait bien voulu passer les frais en compte au président de Brosses. On n'eût pas hésité en Grèce, disait-il, à regarder une pareille dépense comme de première nécessité. Hélas ! le pays de Gex n'était pas l'Attique, et le président eut la barbarie de tout laisser à sacharge.
Charge peu lourde, à en juger par la description que les amis eux-mêmes nous ont faite de ce théâtre. Les châssis des couisses étaient couverts d'oripeaux en clinquant et de fleurs de papier ; le fond représentait des arcades percées dans le mur ; au lieu de frise, un drap, sur lequel était peint, en couleur cannelle, un immense soleil. JQuelle . que fût la pièce, telle était l'invariable décoration (1). Tout en l'appelant « théâtre de marionnettes, théâtre de polichinelle, » Voltaire le trouvait néanmoins « le plus joli des théâtres quoique le plus petit (2). » Le 23 octobre 1759, on y essaya Tancrède. On y tenait neuf en cercle assez à l'aise; encore avait-on des lances, des boucliers, et on attachait des écus et l'armet de Mambrin aux bâtons vert et clinquant, qui passaient, si l'on ^voulait, pour pilastres vert et or. Une troupe de racleurs et de sonneurs de cors saxons, chassés de leur pays par lue, composai t l'orchestre. « Que nous étions bien vêtus ! écrivait le lendemain l'impressario à d'Argental ; que madame Denis a joué supérieurement les trois quarts de son rôle ! Je souhaite, en tout, que la pièce soit jouée à Paris comme elle l'a été dans ma masure. » A côté de la divine Denis, Voltaire jouait comme personne les rôles de bon homme; à eux deux, ils faisaient pleurer les gens quand ils voulaient (3). Les autres acteurs valaient bien ceux de Lyon, mais madame Denis, sans népotisme, nele cédait à aucunede Paris (4).
Pour attirer à Tourney les gens de Genève, Voltaire y fit jouer des comédiens français amenés aux Délices par Lekain, auxquels se joignirent quelques dames genevoises. De là, grand scandale « dans le couvent de Genève appelée ville ; » cabale
(i) Luchet, Hist. litt. de Voltaire, t. II, p. 43.— (2) A d'Argental, 24 octobre; à madame de Fontaine, 5 novembre 1759 ; à Bordes, 5 ; à Cide ville, 22 septembre 1760. — (3) A d'Argental, !•» septembre 1760. — (4) A Bordes, 5 septembre 1760.
très-forte « contre les concitoyens qui déshonoraient la religion de Calvin, et les mœurs des usuriers et des contrebandiers de Genève, au point devenir quelquefois jouer Alzire et Métope dans le château de Tourney, en France (1 ). »
En effet, la Compagnie des pasteurs adressa une remontrance au Conseil, pour exiger une défense expresse à tous les sujets de Genève de prendre une part quelconque aux représentations théâtrales tant sur le territoire de la République que dans les environs. Faisant droit à cette requête, le Conseil prit des mesures contre les acteurs de Tourney; mesures d'autant plus opportunes, que, si on jouait à Tourney, on répétait aux Délices, où on marchait, écrivait une Genevoise du cercle de Voltaire, sur les casques et les cuirasses. « On jouera la comédie, non-seulement à Tourney, mais à Ferney , mais aux Délices, s'écria Voltaire ; on la jouera malgré les perruques genevoises. Je veux créer les plaisirs, je veux corrompre toute la jeunesse de la pédante ville. Les prédicants enragent; je les écraserai. Ainsi soit-il de tous les prêtres insolents et de tous les cagots!.. Je vais jouer aux enfants de Calvin un tour dont ils me sauront mauvais gré : je me suis procuré un vieux fauteuil qui servait de chaise ou de chaire à leur réformateur ; je l'emploierai dans l'entretien d'Auguste et de Cinna; le beau bruit quand les prédicants le sauront (2) ! »
Il profita de la présence aux Délices du duc de Villars, a excellent acteur, qui voulait jouer la comédie en chambre, pour ne pas compromettre sur le théâtre la dignité de gouverneur de province (3) ; » il profita d'un nouveau voyage de Lekain ; il profita surtout du surcroît qu'il venait de procurer à sa troupe
(1) A Dalembert, 6 janvier 1761.— (2) Au marquis Albergati, 5 ; à d'Argental, 27 septembre 1760. — Le trait relatif au fauteuil de Calvin est encore un plagiat de Voltaire, qui, en tout, môme en esprit, ne se trouvait jamais assez riche, et butinait sans cesse dans le champ d'autrui. En 1758, le président de Brosses lui avait écrit : « J'ai dans mon vieux château un vieux fauteuil, dans lequel Calvin, qui avait là sa petite maison de campagne, avait coutume de foire publiquement le prêche. J'en veux faire un regalo aux comédiens pour qu'il leur serve à dire : « Prends un siège, Cinna (dans la publication de M. Foisset, p. 30). » — (3) A madame de Fontaine, 20 septembre 1760. — Et c'est à ce duo de Villars, qui lui demandait comment il avait remplis son rôle de Gengiskan dans Y Orphelin, qu'il répondit, prétend-on : « Monseigneur, vous avez joué comme un duc et pair ! »
28 i LIVRE QUATRIÈME
par l'acquisition de mademoiselle Corneille , « née actrice comique, tragique, avec un naturel étonnant; incapable d'entendre ni les tragédies de son oncle, ni le commentaire de Voltaire, et disant les vers, néanmoins, comme son oncle les faisait (1). » Il dressa donc un théâtre à Ferney, « mieux entendu, mieux orné, plus éclairé, plus joli et plus brillant que celui de Paris, le plus joli théâtre de France, et favorable surtout aux cinquièmes actes (2). » En même temps, il annonça à grand bruit l'ouverture d'un autre théâtre à Châtelaine, sur la frontière genevoise; et, comme la première construction passait pour peu solide , il requit le maire de Gex d'y envoyer de s experts, dans la crainte que la mauvaise renommée de la salle n'en éloignât les amateurs (3).
La Compagnie des pasteurs ordonna alors une visite générale des paroisses, « aux ans d'obtenir des adhésions contre le théâtre de M. de Voltaire ; » et les pasteurs recueillirent, en effet, une foule de promesses d'abstention. Mais, au jour de l'ouverture, tout le monde courut à Châtelaine, môme ceux qui avaient juré de s'abstenir, pour voir et entendre Lekain. Ce fut une fureur. On se mit en route dès le matin pour s'assurer une place, et on ne craignit pas de payer jusqu'à un louis une mauvaise carriole. La troupe donna Adélaïde, Mahomet, Sémiramis. Dans cette dernière pièce, le plus curieux du spectacle, ce fut Voltaire, assis contre la première coulisse, en vue de tous, applaudissant comme un possédé, soit en frappant avec sa canne, soit par ses exclamations : « On ne peut pas mieux! ah! mon Dieu que c'est bien! » soit en prêchant l'attendrissement d'exemple et portant son mouchoir à ses yeux. Il était si peu maître de son enthousiasme, que, dans un moment, sans crainte de déranger l'illusion, il courut après Lekain, le prit par la main, et l'embrassa vers le fond du théâtre. Pas d'ambigu plus comique. Qu'on se figure Voltaire, les bas roulés sur ses
(1) A Dalembert, 20 octobre ; à d'Argental , 23 décembre 1761 ; à Gideville, 24 mal ; à d'OUvet, 15 juin 1762 ; à Chenevières, U mars 1763 (Recueil de 1856). (2) A madame de Fontaine, 29 septembre 1760; à d'Argental, 8 mars 1762 ; à Chenevières, 14 mars 1763 {Recueil de 1856).— (3) A Fabry, 14 juin 1761 (Recueil de 1860).
genoux, habillé suivant le costume du bon vieux temps, ne pouvant se soutenir sur ses jambes tremblantes qu'à l'aide de sa canne, et qu'on juge du grotesque de la scène.
A toutes les représentations, du reste, acteur ou simple spectateur, il donnait la même comédie. S'il devait jouer le soir, il se promenait, dès le matin, habillé en Arabe ou en Grec, suivant son rôle. Sur les planches, il déclamait, criait ses vers avec une emphase étourdissante. Il ne se contentait pas de remplir son rôle particulier, il se mêlait à tous les autres ; et, après avoir fait le vieux Lusignan, il se traînait, tout costumé, sur la scène, pour assister à l'assassinat de Zaïre ; il sortait de la coulisse, se précipitait aux genoux d'une actrice qui venait de dire un morceau tel qu'il l'avait conçu; il les embrassait avec passion, et disait, fondant en larmes : « Est-il bien vrai que ce soit moi qui ai fait ces vers ?» Un jour que des grenadiers du régiment de Conti avaient servi de gardes, il ordonna qu'on les fît souper à l'office et qu'on leur donnât un salaire. « Nous avons vu M. de Voltaire, dirent-ils en refusant, et c'est assez. » Et Voltaire aussitôt de courir à eux, en s'écriant avec transport : « Oh ! mes braves grenadiers ! Oh ! mes braves grenadiers ! »
Spectateur, il était le plus incommode des voisins. Sa voix, ses pieds, sa canne, faisaient leur partie. Il se levait, se rasseyait à chaque instant II empêchait le public d'entendre, et couvrait les acteurs par son bruit.
Il eut aussi ses sifflets et ses chutes. Chariot, par exemple, déplut, non pas à des spectateurs délicats, mais à des républicains chatouilleux, et ils sifflèrent sans miséricorde. Au plus fort du tumulte, s'avance hors de sa loge le grand corps de Voltaire, qui, gesticulant de sa canne, et d'une voix tonnante, s'écrie : « Magnifiques et très-honorés seigneurs ! je suis chez moi, et si vous ne vous tenez pas tranquilles, je vous fais administrer la plus robuste volée que votre République ait jamais reçue. » On rit, il y avait de quoi, et on applaudit.
On lui joua même quelques mauvais tours. Un jeune Anglais, fils de lord Mahon, imagina de faire habiller de neuf les chasse-gueux (valets de voirie), et il leur remit le prix de billets
de loge à Châtelaine. Dès qu'on les reconnut, il y eut contre eux un toile général. Les chasse-gueux, qu'on voulait chasser, déclarèrent qu'ils avaient été payés pour voir, et qu'ils tenaient à honneur de gagner leur argent. On dut les payer pour sortir. Voltaire et le Résident de France se plaignirent au Conseil, qui se borna à écrire une lettre de blâme au jeune lord.
Ces petits déboires étaient rares,! et Voltaire , en général, n'avait qu'à se louer de son public. Aussi le trouvait-il, les jours où on l'applaudissait des mains et du cœur, « composé de très-bons juges, d'un goût très-sûr, d'un esprit ni frelaté ni jaloux, et ne connaissant que son plaisir. » Il lui donnait la comédie deux fois la semaine, et, après chaque représentation, il envoyait à tous ses amis un compte-rendu triomphal. C'est lui qui est l'inventeur des Feuilletons du lundi. « Nous avons joué Mèrope; mademoiselle Corneille a été applaudie ; madame Denis a fait pleurer des Anglaises ; les prêtres de Genève ont fait une faction horrible ; je ferai tirer sur le premier prêtre socinien qui passera sur mon territoire (1). » — « Nous avons joué Mahomet; une Palmire jeune, naïve, charmante, voix de sirène, cœur sensible, avec deux yeux qui fondent en larmes : Gaussin était une statue. Nota bene que j'arrache l'âme au quatrième acte (2). » — « Nous avons joué le Droit du seigneur, qui a enchanté trois cents personnes de tout état et de tout âge, seigneurs et fermiers, dévotes et galantes. On y est venu de Lyon, de Dijon, de Turin... Marie Corneille a enlevé tous les suffrages. Comme elle était naturelle, vive, gaie î Comme elle était maltresse du théâtre, tapant du pied quand on la sifflait mal à dropos ! Il y a un endroit où le public l'a forcée de répéter. J'ai fait le bailli, et, ne vous en déplaise, à faire pouffer de rire (3). »
Après la comédie, il y avait un souper de cinquante, soixante, quatre-vingts personnes; trois cents même le jour du Droit du seigneur. Que faire ensuite de tout ce monde? On avait beau
(1) A Dalembert, 21 oct. 1761. —(2) A Thieriot. 8 octobre 1760. — (3) A d'Argental et à Damilaville, 8 mars 1762; à Chenevières, 14 mars 1763 (Recueil de 1856).
coucher les uns sur les autres; comme il n'y avait que quatorze chambres au château de Ferney, il était difficile d'y empiler tant de gens. D'ailleurs, à minuit, au milieu des neiges, on ne pouvait les mettre dehors, d'autant moins que les gens de Genève auraient trouvé les portes fermées. Alors, le reste de la nuit, on faisait danser tout ce monde. Voltaire paraissait un instant au repas et à la danse ; puis il s'esquivait, et allait travailler ou dormir au son des violons (1).
En 1765, Voltaire, qui avait abandonné sa salle de Ferney à madame Denis pour repasser son linge, la rouvrit pour recevoir la Clairon, qui venait consulter le docteur Tronchin (2). A cette occasion, il adressa à la comédienne une Épitre d'un tel enthousiasme, qu'il s'en dut excuser ; mais la Clairon avait si bien fait Electre (3) I Puis ne fallait-il pas la consoler des outrages de Fréron? On continua après son départ. Les Schowalow étant passés alors à Ferney, madame Schowalow prêta à madame Denis des diamants d'une valeur de deux cent mille écus, et à peu près autant à madame de Florian, pour jouer la baronne dans Nanine. Schowalow lui-même joua le râle d'Egisthe dans Mérope (4).
Le théâtre de Châtelaine resta constamment ouvert jusqu'en 4766, année où les troubles de Genève nécessitèrent une nouvelle intervention diplomatique de la France, de Berne et de Zurich. Sollicité par Voltaire, le chevalier de Beauteville, l'envoyé français, demanda et obtint, quoique à grand'peine, que les acteurs de Châtelaine vinssent jouer à Genève; et Voltaire, de son côté, fit venir toute la troupe, au nombre de quarante-neuf, y compris les violons, pour jouer sur son théâtre de Ferney (5) . Le théâtre de Genève eut moins de succès. Gagnés par J.- J. Rousseau, qui était intervenu dans ces débats dramatiques par sa Lettre sur les spectacles, les mêmes gens qui avaient tout bravé pour courir à Châtelaine, ne mirent pas les pieds au théâtre de la Place-Neuve, où n'allèrent que les commensaux de Ferney
(I) A Damilaville et à Thieriot, 8 octobre 1760 ; à d'Argental et à DamilaviUe, 8 mars 1762.— (2) A Villette, 8 juillet, à Collini, 4 août 1765.— (3) A Richelieu, 16 septembre 1765. — EpUre à Clairon, Œuvres de Voltaire, t. XIII, p. 240. — (4) A d'Argental 21 septembre 1765. — (5) A d'Argental, 19 septemhre 1766.
et les artisans. En vain donc Voltaire avait poussé un cri de triomphe : « Le théâtre est dans Genève.... les prédicants n'osent lever la tête : lorsqu'on donna le Tartuffe, le peuple saisit avec transport les allusions : » sa joie fut courte. Le 5 février 1768, vers 6 heures du soir, un incendie illumine toute la ville. Chacun accourt comme d'usage, sa seille et son seillot à la main. Mais dès qu'on sait quelle est la proie des flammes : « Ah ! ce n'est que le théâtre qui brûle, s'écrie-t-on ; eh bien, que ceux qui l'ont voulu l'éteignent. » Et les seilles sont versées dans la rue. — « Ah ! cette Genève ! s'écrie Voltaire, quand on croit la tenir, tout vous échappe ! Perruques et tignasses, c'est tout un! »
Et il fit rouvrir le théâtre de Châtelaine, et poussa aux représentations à domicile , avec son coadjuteur Papillon , souvent mis à l'amende pour délit de comédie. Voltaire payait pour lui, et, pour taquiner le Consistoire, il imagina cette gaminerie. Un matin, on put lire, affiché aux portes des temples, un placard ainsi conçu : « Par permission de la vénérable Compagnie des pasteurs, le sieur Papillon et sa compagnie à lui joueront le Barbier de Sétille. » Incarcéré et traduit devant le Consistoire, Papillon voulut lire une apologie du théâtre composée par Voltaire, et au refus qu'on lui fit de l'entendre, il répondit par des insolences. Puni plus sévèrement, il ne se rebuta pas , et, toujours encouragé par Voltaire, il continua de tracasser le Consistoire. Les choses durèrent ainsi jusqu'à l'introduction définitive du théâtre à Genève (1).
Après le départ de madame Denis pour Paris, en 1768, Voltaire fit détruire son théâtre de Ferney ; mais, en 1776, il prêta une somme d'argent à un entrepreneur de spectacles de Dijon, nommé Saint-Géran, qui était protégé par madame de Saint- Julien et son frère, et ce Saint-Géran bâtit une assez jolie salle de comédie dans Ferney même, « ce qui donna l'air d'une petite ville assez agréable à un village affreux. » Le théâtre achevé,
(1) Sur tout ce qui précède, voir Luchet, HisL litt. de Voltaire, t II, p. 27 ; Cbabanon, Tableau de quelques circonstances de ma vie, pp. 437 et soiv. ; Wtgnière, Mémoires, t. 1, pp. 51 et 88; et surtout Gaberel, Voltaire et les Genevois, pp. 33-49.
on le voulut taire inaugurer par Lekain et la Sainval. Lekain vint en effet, et joua tantôt à Ferney, tantôt à deux lieues de là, sur un autre théâtre qui appartenait encore àSaint-Géran. Les treize Gantons y accoururent et furent ravis (1). Voltaire ne pouvait se passer de spectacles. Gomme sa chère Emilie, il était digne de mourir sur les planches, son champ ou son lit d'honneur.