‹ Voltaire, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 47 sur 80 · LE PAUVRE DIABLE — PETITE GUERRE · texte numérisé non relu

LE PAUVRE DIABLE — PETITE GUERRE

Pour s'exciter un peu, il publia, cette fois sous le nom de Vadé, sa satire du Pauvre Diable (1 ), dont le héros est un Siméon Valette, mort seulement en 1801 (2), qu'il voulait guérir, a-t-il dit, de la fureur de faire de mauvais vers. Quoique cette pièce soit son chef-d'œuvre dans la poésie légère, le triomphe de son œuvre poétique, tout n'y est pas de première force, témoin ces vers contre Fréron. C'est le pauvre diable qui parle.

Je m'accostai d'un homme à lourde mine, Qui sur sa^ume a fondé sa cuisine, Grand écumeur des bourbiers d'Hélicon, De Loyola chassé pour ses fredaines, Vermisseau né... de Des Fontaines, Digne en tous sens de son extraction, Lâche Zoïle, autrefois laid giton :

Cet animal se nommait Jean Fréroo.

J'étais tout neuf, j'étais jeune, sincère, Et j'ignorais son naturel félon :

Je m'engageai, sous l'espoir d'un salaire, A travailler à soo hebdomadaire, Qu'aucuns nommaient alors patibulaire.

11 m'enseigna comment on dépeçait Un livre entier, comme on le recousait, Gomme on jugeait de tout par la préface, Comme on louait un sot auteur en place, Comme on fondait avec lourde roideur Sur l'écrivain pauvre et sans protecteur. Je m'enrôlai, je servis le corsaire ; Je critiquai, sans esprit et sans choix, Impunément le théâtre, la chaire,

(t) Œuvra de Voltaire, t. XIV, p. 145. — (2) A Dalcmbcrt, 25 août et 15 décambre 1759.

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