VOLTA1RK ET LA POLOGNE
Catherine avait pris une première possession de la Pologne en mettant sur le trône des Jagellons un de ses amants réformés, Stanislas Poniatowski. Les Polonais, déjà asservis, sentirent le besoin de fonder une monarchie héréditaire et de renoncer à leur fatal Uberum veto. Ce projet sauveur ne faisait l'affaire ni de Catherine, qui songeait à compléter sa conquête, ni de Frédéric n, qui convoitait sa part du butin. De là, entre eux, le traité de 1766, dont un article secret maintenait « la République de Pologne dans son état de libre élection, sans qu'il fût permis à personne d'y rendre le royaume héréditaire. Catherine et Frédéric s'opposaient alors à l'abrogation du Uberum veto et à toute réforme rédemptrice, pour entretenir l'anarchie dont ils voulaient profiter. Dans les mêmes vues, ils soutinrent les dissidents non catholiques, privés du droit de suffrage, et les voulurent introduire dans la diète. Acte d'intolérance et de fanatisme, a dit Voltaire de l'exclusion qui frappait les dissidents; simple mesure politique, faut-il répondre, le catholicisme et la nationalité polonaise étant dès lors inséparables. A la demande faite pour eux du droit de suffrage, la
(1) A d'ArgcoUJ, i« février 1764.
Pologne opposa non un refus, mais des délais, ce qui suffit à irriter Catherine; et, s'arrogeant déjà tout droit de justice et de souveraineté, la czarine fit arrêter deux évêques et huit sénateurs des plus influents, qu'elle envoya en Sibérie (octobre 1767) (4).
Les Polonais se soulevèrent, et se réunirent en confédération (2), pour défendre du même coup leur indépendance et leur foi, ce qu'indiquait l'image de la Vierge Marie, peinte sur leurs drapeaux. Voltaire se moquera-t-il delà sainte image, lui qui se fût agenouillé devant la louve romaine, et qui s'inclinait alors devant l'aigle, le léopard ou tout autre animal représenté sur le drapeau des ennemis de la France ! Il fit bien plus : Catherine ayant appuyé par les armes ses mesures tyranniques, il annonça triomphalement qu'elle venait d'envoyer en Pologne quarante mille Russes « prêcher la tolérance la baïonnette au bout du fusil (3). » Il invita à en « rendre grâce à Dieu » comme « du plus grand événement qui eût signalé le siècle, » comme d'une « conquête sur le fanatisme, » de la « victoire de l'esprit pacificateur sur l'esprit persécuteur, » comme de la rentrée « du genre humain dans ses droits, » et de la fondation de la « liberté de conscience (4). » H insulta non-seulement le drapeau, mais le dévouement des malheureux Confédérés, qu'il osa inviter à se soumettre à Catherine, c la tolérante, la protectrice du genre humain (5). »
L'Europe protestante applaudit; l'Europe catholique, représentée surtout par la France et l'Autriche, laissa faire ou coopéra au brigandage. A Neiss, en 1769, Joseph U, empereur philosophe, se laissa persuader par Frédéric de prendre sa part de ce que Voltaire appellera un « gâteau de roi. » La France, gouvernée par Choiseul, ministre philosophe, se contenta d'envoyer aux Confédérés quelque argent et quelques troupes, secours insuffisant et dérisoire. Et, toutefois, la chute de
(1) Voltaire écrivit, à cette occasion, son Essai historique et critique sur les dissensions des Églises de Pologne (Œuvres,\. XLIII, p. 438). — (2) Confédération de Bar, férrier i768. — (3) A Dalembert, 3 mai 1767. — (4) Sermon de Josias Rossette; Œuvres de Voltaire, t XLIV, p. 15. — (5) Discourt aux Confédérés; Œuvres de Voltaire, t XLIV, p. 143.
Choiseul, en 1771, fut la chute même de la Pologne, que le ministère d'Aiguillon abandonna tout à fait à ses bourreaux. Aussi, le 5 août 1772, l'acte de partage était-il signé entre la Russie, la Prusse et l'Autriche, qui prenaient immédiatement possession par l'invasion et par les armes.
Roi de l'opinion, que n'aurait pas pu Voltaire contre ces rois assassins! Mais lui, qui avait soulevé l'Europe pour un protestant obscur, il n'eut que des encouragements et des louanges pour regorgement d'un peuple catholique. Il reprit alors, avec une activité nouvelle, sa correspondance avec Frédéric, interrompue ou rare depuis la fin de la guerre de Sept Ans. Il avait passé deux ans sans lui écrire, lorsque, en novembre 1769, il entra en campagne avec lui et Catherine contre la Pologne, et contre la France et la Turquie, seuls soutiens de la malheureuse nation. Alliée avec la Turquie dans l'intérêt du commerce du Levant que nous disputait l'Angleterre, de concert avec la Russie, la France avait engagé Moustapha, au profit des Confédérés, dans une guerre contre Catherine, qui menaçait Constantinople en même temps que Varsovie. Or, ce n'est pas pour Moustapha, allié de son pays, que Voltaire fait des vœux; c'est pour « les princes et princesses du Nord, » en guerre avec la France. Lui, le grand ennemi des croisades, il se met, sous prétexte d'affranchir la Grèce, à prêcher une croisade contre la Turquie, ne comprenant pas qu'on appelle « les janissaires de notre saint-père le Turc au secours des bons catholiques romains de la Sarmatie, » dont la piété c peu éclairée refuse aux dissidents de la Pologne les droits que leur donne leur naissance. » En 1770, ses provocations à Frédéric deviennent plus pressantes. Il veut que Frédéric s'arrange et s'ajuste avec Catherine « pour attraper quelques dépouilles de ce gros cochon de Moustapha; ce serait rendre service au genre humain (1). » Rendre service au genre humain, avec ce mot d'ordre, Voltaire poussait aux plus grands attentats, et les justifiait d'avance. Frédéric se refusant à entrer dans une guerre où il n'avait pas un intérêt immédiat, au moins demanda-t-il au c héros trop avisé,
(1) A Frédéric, 27 avril et 4 mai 1770.
trop ami du soli de, qui s'était borné jusqu'ici à se moquer de Rome, » de se charger « du vicaire de Simon Barjone, tandis que l'impératrice de Russie époussetait le vicaire de Mahomet : à eux deux, ils auraient purgé la terre de deux étranges sottises (4). »
Toute l'année, il ne cessa de harceler Frédéric (2), et de l'exciter, non-seulement contre Moustapha, mais contre « des ingénieurs sans génie, » dont la présence à Gonstantinople le fâchait fort (3). Or, ces ingénieurs sans génie étaient des officiers envoyés par la France pour fortifier les Dardanelles!
L'année suivante, il envoie à Frédéric son Éptire à Cathei ne (4), pour le piquer de jalousie : « Il n'y a rien, à mon gré, écrit-il, de si étonnant, depuis les aventures de Rosbach et de
ssa (il ose encore parler de Rosbach!), que de voir mon impératrice envoyer du fond du Nord quatre flottes aux Dardanelles (5). »
Aiguillonné encore pendant toute l'année 4774, Frédéric ne bougea pas, ne voulant se mettre de la partie que pour en partager l'enjeu. Mars-Apollon ne consentit, pour le moment, à guerroyer contre la Pologne qu'à coups de petits vers, et il lança contre les Confédérés, au lieu de bataillons, les six chants de son ignoble Pologniade. L'auteur de la PuctlU, qui trouvait c plaisant de détruire les gens et de les chanter, » le félicita, comme de juste, d'avoir si bien peint « le diable et les prêtres, et surtout cet évëque, premier auteur de tout le mal ; » c'est-àdire ces prêtres, fidèles à leur patrie et à leur Dieu, et cet évêque de Gracovie, leur noble instigateur, qui avait tout sacrifié pour défendre la liberté et la foi. Et, flairant déjà le partage, il souhaitait au poète couronné « six villes pour six chants, » prix bien surfait de si mauvais vers (6).
Enfin, le crime est consommé, et Frédéric en fait frapper une médaille commémorative. Cette médaille, représentant
(1) A Frédéric, 8 juin 1770. — (2) Voir les lettres des 27 juillet , 20 août et 21 novembre 1770. — (3) A Frédéric, 20 décembre 1770. — (4) Œuvres de Voltaire, t XIII. p. 311. — (5) A Frédéric, 1» mars 1771. — (6) A Frédéric, 6 décembre 1771; 1" février, 24 mars et 31 juillet 1772.
d'un côté Frédéric, et de l'autre une carte des provinces adjugées que la Pologne elle-même lui présente, avec la légende Regno redintegrato, est envoyée à Voltaire, qui trouve la légende « noble et simple, » et la carte « du plus bel effet. » Il appelle les vers au secours de son enthousiasme :
La Paix a bien raison de dire aux Palatins;
OnTrex les yeux, le diable tous attrape,
Car vous avea à vos puissants voisins,
Sans y penser, longtemps servi la nappe.
Vous voudrex donc bien trouver bel et beau Que ces voisins partagent le gâteau.
« C'est assurément, continue-t-il en prose, le vrai gâteau des rois, et la fève a été coupée en trois parts ; mais la paix ne s'est-elle pas un peu trompée? J'entends dire de tous côtés que cette paix n'a pu venir à bout de réconcilier Catherine et Moustapha, et que les hostilités ont recommencé depuis deux mois. On prétend que, parmi ces Français si babillards, il s'en trouve qui ne disent mot, et qui n'en agissent pas moins sous terre... Je ne m'attendais, il y a deux ans, à rien de tout ce que je vois. Cest assurément une chose unique, que le même homme se soit moqué si légèrement des Palatins pendant six chants entiers, et en ait eu un nouveau royaume pour sa peine. Vous voilà, Sire, le fondateur d'une très-grande puissance; vous tenez un des bras de la balance de l'Europe, et la Russie devient un nouveau monde. Comme tout est changé, et que je me sais bon gré d'avoir vécu pour voir tous ces grands événements!... Je ne sais pas quand vous vous arrêterez; mais je sais que l'aigle de Prusse va bien loin. Je supplie cet aigle de daigner jeter sur moi chétif, du haut des airs où il plane, un de ces coups d'oeil qui raniment le génie éteint... Je suis à vos pieds comme il y a trente ans, mais bien affaibli. Je regarderai le Regno redintegrato, quand je voudrai reprendre des forces (1). » Quel Prussien! Quel Cosaque! Et quelle indignation doit-on sentir contre ce mauvais Français, après ce que nous avons vu... sans parler de ce que nous verrons !
(1) A Frédéric, 16 octobre 1772.
C'est à ce Cosaque que Frédéric pouvait adresser, sans craindre de lui déplaire, les injures les plus ignobles contre les bons Français. Ayant appris qu'on avait trouvé mauvais, à la cour de Versailles, qu'il eût bafoué, dans sz^Pologniade, les Français envoyés au secours des Confédérés, il lui écrivit, le lw novembre 1772 : «Le poète... dit pour son excuse qu'il sait respeo ter ce qui est respectable, mais qu'il croit qu'il lui est permis de badiner de ces excréments des nations, des Français réformés par la paix, et qui, faute de mieux, allaient faire le métier de brigands en Pologne dans l'association fédérale. » Comme, avec cette lettre, Voltaire recevait une caisse de porcelaine envoyée par le roi, il avala sans grimace les excréments en y prenant son café à la crème, et il se contenta de répondre, le 43 novembre : « Enfin c'est donc dans le Nord que tous les arts fleurissent aujourd'hui I C'est là qu'on fait les plus belles écuelles de porcelaine, qu'on partage des provinces d'un trait de plume, qu'on dissipe des Confédérations et des Sénats en deux jours, et qu'on se moque surtout très-plaisamment des Confédérés et de leur Notre-Dame. »
Voici le dernier trait : « On prétend que c'est vous, Sire, qui avez imaginé le partage de la Pologne; et je le crois, parce qu'il y a là du génie (4). »
Dans le même temps, et sur le même sujet, Voltaire entretenait une correspondance plus suivie encore avec cette Catherine II, meurtrière de son époux, et qu'il osait appeler sa Sémiramis; meurtrière du prince Ivan, légitime héritier de Pierre m; pas plus assouvie de voluptés, à son âge de quarante ans, qu'il ne Tétait lui-même, à soixante-quatorze, de sales polissonneries, dont il entremêlait ses formules idolâtriques pour mieux honorer une telle Vénus ; prodigue, en faveur de ses favoris et de ses turpitudes, de l'or de ses sujets, qu'elle plongea dans la misère, et aussi cruelle pour eux qu'impitoyable pour ses ennemis.
Voilà la femme aux pieds de laquelle a rampé toute l'Encyclopédie. Dalembert convenait bien, après le meurtre du prince
(1) A Frédéric, 18 novembre 1772.
Ivan, que « la philosophie ne devait pas trop se vanter de pareils élèves; mais que voulez-vous? ajoutait-il; il faut aimer ses amis avec leurs défauts (1). »
Pour Voltaire, il lui passait tout, et il voyait en elle, au contraire, le chef-d'œuvre de la philosophie. Le meurtre de son mari? « Bagatelle! » Tout au plus, « affaire de famille dont il n'avait pas à se mêler! » Il avait même « bien de l'obligation à Sémiramis d'avoir eu le courage de détrôner Ninus, qui n'était qu'un vilain ivrogne, car elle régnait avec sagesse et gloire, et faisait régner la tolérance, en réduisant tout le clergé de son empire à être uniquement à ses gages. Dites donc beaucoup de bien de ma Catherine, que j'aime à la folie, criait-il aux adeptes ; et faites-lui une bonne réputation dans Paris (2) . » Enfin, il alla jusqu'à vouloir supprimer tous les panégyriques, pour les remplacer par le seul panégyrique de la tolérante Catherine (3).
C'est au milieu de l'année 1765 que commença la correspondance entre Catherine et Voltaire, et c'est Catherine qui l'ouvrit (4). Voltaire lui répondit pour mettre « à ses pieds tous les gens de lettres de l'Europe. » Une seule chose le fâchait, qu'elle s'appelât Catherine : « Les héroïnes d'autrefois ne prenaient point de noms de saintes. » Et, en effet, pour cette impure, pas de nom propre plus impropre que le sien !
La correspondance continua, toujours plus obséquieuse du côté de la courtisane de Potemkin et des gens de lettres, toujours plus idolâtrique du côté de Voltaire, dont le cœur, comme l'aimant, « se tournait vers le Nord. » Non-seulement il se jetait à ses pieds; non-seulement il y jetait les gens de lettres : il y jetait la majesté de Louis XIV, qu'il avait déjà jetée sous la botte de Frédéric : « Louis XIV ^vait moins de magnificence que Votre Majesté. » Il lui dressait des autels. Sectaire « de la religion des Sabéens, il adorait une étoile, » l'étoile du Nord, dont toute lumière lui venait ; et il le répétait en vers :
(!) A Voltaire, 4 octobre 1764. — (2) A Darailaville, 22 décembre 1766; à madame du Deffand, 18 mai 1767; à d'Argental, 23 janvier 1768. —(3) Lettre sur Us Panégyriques; Œuvres de Voltaire, t. XLIII, p. 216. — (4) A Voltaire, 11-22 •Oût 1765.
C'est du Nord aujourd'hui que nous Tient la lumière I
Et il signait : « Votre vieil idolâtre, » ou « Le prêtre de votre temple (i) . »
Mais c'était la tyrannie exercée par Catherine en Pologne qui portait au paroxysme son enthousiasme : « Vos soins généreux pour établir la liberté de conscience en Pologne sont un bienfait que le genre humain doit célébrer (2). » Complice de Catherine, était-il encore sa dupe, lorsqu'il écrivait : « On calomnie l'impératrice de Russie quand on dit qu'elle ne favorise les dissidents de Pologne que pour se mettre en possession de quelques provinces de cette république. Elle a juré qu'elle ne voulait pas un pouce de terre, et que tout ce qu'elle fait n'est que pour avoir la gloire d'établir la tolérance (3) ! » Après tout, qu'importait à celui qui félicitait Catherine de « forcer les Polonais à être tolérants et heureux? » La condamnation d'un peuple à la tolérance et au bonheur forcés méritait à Catherine de réaliser le vœu de Pierre le grand, et de « faire de Constantinople la capitale de l'empire Russe. » Réduisez donc les Polonais, Madame, lui criait-il; « battez les Turcs, en dépit du nonce du Pape » et en dépit de la France ! Prenez mes chars, pour que j'aie l'honneur de « contribuer à vous tuer quelques Turcs î » Qu'on puisse enfin graver sur vos médailles : « Triomphatrice de l'Empire ottoman et pacificatrice de la Pologne ! » Pour moi, je voudrais aller vous faire ma cour; et, si je mourais en chemin, je ferais mettre sur mon petit tombeau : « Ci-gît l'admirateur de l'auguste Catherine, qui a eu l'honneur de mourir en allant lui présenter son profond respect. » Battez les Turcs, Madame, battez les Turcs! On dit bien qu'il y a des Français dans l'armée turque. Mais, est-ce que je suis français, moi? Est-ce que je ne suis pas sujet de celle qui vient de m'envoyer de si belles fourrures, et une boite d'or tournée de ses belles et augustes mains? «Je suis Catherin, Madame, et je mourrai Catherin ! » — Vous avez donc tué des Turcs, Madame ! « Votre
(1) A Catherine, 22 décembre 1766, 22 février 1767, 10 août 1773; ÉpUre à Catherine; Œuvres de Voltaire, t. XIII, p. 308.— (2) A Catherine, 22 décembre 1766. — (3) A Damilaville, 23 mai 1767.
Majesté me rend la vie en tuant des Turcs! » Quand j'ai reçu cette bonne nouvelle, j'ai « sauté de mon lit, en criant : a Allah! Catharinal » et j'ai chanté : « Te Catharinam laudamus, te Dominant confitemur (i). »
Serait-ce grotesque, si ce n'était pas si horrible !
La statue de Catherine n'eût été ni assez haute, ni assez glorieuse, si on ne lui eût donné pour piédestal la foi et l'honneur de la France. Voltaire n'y manqua pas.
Haine de Rome, mépris de son pays, voilà les deux sentiments qui animent son culte pour Catherine. C'est que Rome seule avait constamment défendu la Pologne. Ce Rezzonico tant moqué par Voltaire, le grand Clément XIII, avait, le même jour, 30 avril 1767, et lorsqu'il était encore temps, écrit aux rois de France et d'Espagne et à l'empereur d'Allemagne pour leur recommander la cause d'une nation catholique. N'ayant rien obtenu, il avait au moins ordonné à son nonce en Pologne et aux Jésuites de soutenir les Confédérés. Voltaire s'en indigna. Dans cette opposition catholique et nationale, il affecta de ne voir que « la lutte du fanatisme contre la tolérance, qu'une guerre d'ingrats contre sa généreuse Catherine, qu'une extravagance, qu'une lâcheté, qu'une honte, qu'une infamie, qu'une turpitude horrible, qu'une Saint-Barthélémy et qu'une farce italienne (S).» Au Manifeste des Confédérés, il opposa son Sermon du papa Nicolas Charisteski (3), « réponse modeste, disait-il, à leurs mensonges grossiers et ridicules; » et aussi plaidoyer en faveur de l'église grecque contre l'Eglise Catholique, « dont tout le monde se moque, mais que personne ne veut détruire, du moins à présent (4); * contre l'Église romaine, « si décriée dans la moitié de l'Europe, et qui n'est qu'une bâtarde révoltée depuis longtemps contre sa mère (5). »
Haine de Rome, avons-nous dit, et en même temps mépris
(i) A Catherine, 15 novembre 1768 ; 26 février, 27 mai, 2 septembre, 17 et 30 octobre, 28 novembre 1769; 2 janvier, 2 février, 10 mare, 10 avril, 18 mai, 4 juillet, 11 et 28 août, 5, 14 et 21 septembre 1770.— (2) A Catherine, 26 février, 27 mal
2 septembre 1769. — <3) Œuvres de Voltaire, t. XLVI, p. 516. — (4) A Catherine, 6 et 15 mai 1771.— (5) Œuvret de Voltaire, t. XLVI, p. 519.
de la France. Catherine ayant donné des fêtes au prince Henri de Prusse, il lui chanta :
L'univers admire vos fêtes ; Nos Français en sont confondus.
Et il fut tout heureux des malheurs arrivés en même temps aux fêtes du mariage du Dauphin, pour laisser l'avantage à son impératrice (1).
Puis il lui écrivait en prose : « Je veux aussi vous vanter les exploits de ma patrie... Nous ne laissons pas d'avoir de la gloire aussi. Il y a dans Paris de très-jolis carrosses à la nouvelle mode, et on a inventé des surtouts pour le dessert qui sont de très-bon goût; on a même exécuté depuis peu un motet à grands chœurs qui a fait beaucoup de bruit, du moins dans la salle où l'on chantait; enfin nous avons une danseuse dont on dit des merveilles... On dit qu'elle a de très-beaux bras. Le dernier opéra-comique n'a pas eu grand succès, mais on en prépare un qui fera l'admiration de l'univers; il sera exécuté dans la première ville de l'univers par les meilleurs acteurs de l'univers... Tout cela compose le premier peuple de l'univers, la première cour de l'univers, les premiers singes de l'univers... Notre flotte se prépare à voguer de ParisàSaint- Gloud. Nous avons un régiment dont on fait la revue; les politiques en présagent un grand événement... Je ne manquerai pas, Madame, si votre Majesté le juge à propos, de lui rendre compte de la suite de ces grandes révolutions (2). »
La France n'était donc pas assez humiliée, grâce aux courtisans et aux courtisanes adulés par lui, pour que ce mauvais Français la jetât en proie aux moqueries de la courtisane couronnée! La honte de la France encyclopédique n'était donc pas assez connue, pour que ce traître en livrât à nos ennemis le dernier secret!
Une Instruction de Catherine, « supérieure par ses lois à Lycurgue et à Solon, » est alors interdite en France : « Et je suis
(1) A Catherine, 22 janvier 177!. — (2) A Catheiine, 2 octobre 1770, 9 février et 7 août 1771.
encore chez les Welches! s'écrie-t-il ; et je respire leur atmosphère! et il faut que je parle leur langue 1 II est vrai que je ne suis qu'à une lieue de la frontière des Welches, mais je ne yeux point mourir parmi eux. » Et après avoir cité quelques maximes de Y Instruction : « Sont-ce donc ces maximes divines
que les Welches n'ont pas voulu recevoir? Ils méritent ils
méritent ils méritent tout ce qu'ils ont (1). »
S'ils étaient si coupables les Français assez téméraires pour interdire une instruction qui les outrageait, qu'était-ce donc des Français enrôlés contre Catherine « parmi ces fous de Confédérés? » Voltaire avait le cœur navré de cette indigne co duite de ses compatriotes; et, pour la réparer, il écrivit à Catherine : « Nos Welches n'ont jamais été trop sages, mais du moins ils passaient pour galants ; et je ne sais rien de si grossier que de porter les armes contre vous : cela est contre toutes les lois de la chevalerie. Il est bien honteux et bien fou qu'u trentaine de blancs-becs de mon pays aient l'impertinence de vous aller faire la guerre, tandis que 200,000 Tartares quittent Moustapha pour vous servir. Ce sont les Tartares qui sont polis, et les Français sont devenus des Scythes. Daignez observer, Madame, que je ne suis point Welche; je suis Suisse, et, si j'étais plus jeune, je me ferais Russe (2). »
Il ne tarit plus sur ces « chevaliers Welches, » sur ces « plaisants croisés , qui ont porté leur inquiétude et leur curiosité chez les Sarmates; » cela lui paraît « le comble de l'absurdité, du ridicule et de la folie ; » il les condamne à « mourir de faim, s'ils ne meurent pas du charbon; » il ne se rabat qu'à demander qu'ils soient « présentés avec le grand-vizir à Catherine par quelques-uns de ses officiers. » Quoique o les dévots à Notre- Dame de Czenstokowa soient cent fois plus coupables que ces don Quichottes Welches, ni bas, eux, ni fanatiques, et seulement très-mal instruits, très-impudents et très-injustes, » il reconnaît, néanmoins, qu'ils « méritent assurément toute l'indignation » de la Gzarine. Mais admirez la bonté de son cœur!
(1) Catherine, 10 juillet 1771 . — (2) A Catherine, 18 octobre 1771. — (3) A Catherine, 1" janvier, 6 et 12 rnara, 29 mai et 31 juillet 1772.
11 veut bien prier sa sainte de ne point foire faire à ces étourdis le voyage de Sibérie. « Puisqu'ils aimaient à voyager, il fallait qu'ils vinssent admirer Catherine à Pétersbourg : cela eût été plus sensé, plus décent et beaucoup plus agréable. » Pour lui, c'est ainsi qu'il en userait, s'il n'était pas octogénaire. « J'estime fort, dit-il, Notre-Dame de Gzenstokowa; mais j'aurais donné, dans mon pèlerinage, la préférence à Notre-Dame de Pétersbourg. Je n'ai plus qu'un souffle de vie, je l'emploierai à vous invoquer, en mourant, comme ma sainte, et la plus sainte assurément que le Nord ait jamais portée (1). »
C'étaient deux pièces qui se menaient de front, et elles touchaient, Tune et l'autre, à leur dénouement. Frédéric avait écrit à Voltaire : « Vous verrez un dénouement auquel personne ne s'attend. » Et Voltaire, qui avait toujours son Moustapha en tète, n'avait pas compris. Sa chimère était que, grâce à son héroïne, il n'y eût plus de Turcs en Turquie; mais l'héroïne « prenait, dès ce temps-là, un parti encore plus noble et plus utile, celui de détruire l'anarchie en Pologne, en rendant à chacun ce que chacun croit lui appartenir, et en commençant par elle-même (2). » — Oui, répond l'héroïne, « nous n'avons pas trouvé d'autre moyen de garantir nos frontières des incursions des prétendus Confédérés, commandés par des officiers français, que de les étendre. » — A merveille, récrit le grand histrion ; « le dernier acte de votre grande tragédie parait bien beau; le théâtre ne sera pas ensanglanté, et la gloire fera le dénouement. Voilà trois belles et bonnes têtes dans un bonnet : la vôtre, celle de l'empereur des Romains, et celle du roi de Prusse (3). »
Et maintenant la petite pièce des « Chevaliers errants. » Catherine avait écrit à Voltaire qu'elle les voulait garder quelque temps chez elle, pour qu'ils enseignassent les belles manières dans ses provinces, et Voltaire « se bornait à rire (3). » La pièce n'était pourtant pas si plaisante, au moins pour les
(1) A Catherine , 29 mai 1772. — (2) A Catherine, septembre et 2 novembre 1772.— (3) A Catherine, 20 avril 1773.
pauvres chevaliers, mais bien plaisant est le rôle qu'y avait joué Voltaire.
Ces prisonniers, l'Encyclopédie avait voulu s'en faire un trophée. Dalembert les réclama « au nom des philosophes et de la philosophie (1). » La belle Catau— ainsi entre frères on appelait la sainte — envoya copie de la pétition à Voltaire, qui écrivit à Dalembert : « Vous voyez qu'elle est une bonne philosophe, et qu'elle est bien loin d'envoyer en Sibérie ces étourdis de Welches qui sont venus faire le coup de pistolet pour l'honneur des dames dans un pays dont ils n'avaient aucune idée. Vous verrez qu'elle finira par les foire venir à sa cour, et par leur donner des fêtes, à moins qu'on n'envoie encore de nouveaux Don Quichottes pour conquérir l'aimable royaume de Pologne (2). »
Bertrand-Dalembert ne fut pas content de voir esquiver ainsi « le plus éloquent plaidoyer que de mémoire de singe on eût jamais fait; » aussi ne se vanta-t-il pas de la réponse de Catau, et ne la montra-t-il à personne. Il écrivit une seconde lettre, « le plus éloquent ouvrage qui fût sorti de la tête de Bertrand, » et il pria Raton- Voltaire de se joindre à lui, et de « représenter à la belle Catau combien il serait digne d'elle de donner cette consolation à la philosophie persécutée (3). »
Raton esquivait comme Catau. Il était persuadé que, s'il s'était agi d'autres prisonniers, Catau les aurait renvoyés surle-champ . c Mais elle prétendait, et avec très-grande raison, qu'un homme supérieur en dignité (Louis XV), qui n'était pas philosophe, la prévint sur cette affaire par quelque honnêteté. Si Bertrand venait à bout d'obtenir ce que cet homme supérieur n'avait pas osé demander, ce serait le plus beau triomphe de
sa vie. Et Raton attendait la réponse que lui ferait Catau avec la plus grande impatience (4). »
Bertrand de même, mais avec la crainte qu'elle ne fût plus
polie que favorable. « Oh ! si Raton voulait encore ici donner
un coup de patte pour tirer du feu ces marrons russes, Ber-
(i) Catherine à Voltaire, 22 novembre 1772. — (2) A Dalembert, 4 Janvier 1773. — (3) Dalembert à Voltaire, 18 janvier 1773 — (4) A Dalembert, 25 janvier 1773.
trand ne douterait pas du succès, et tous les Ratons et les Bertrands feraient pour Gatau des tours et des gambades;... mais si Raton ne faisait pas encore ce plaisir à Bertrand, Bertrand avait bien peur que Gatau ne lui permit pas de tirer les marrons
tout seul (1). »
Raton répondit à Bertrand qu'il avait écrit à l'Étoile du nord : « Vous croyez bien, assurait-il, que j'ai vanté à cette Étoile la noblesse de votre âme et de votre procédé (2). » — « Cette lettre manque, > met en note le naïf Beuchot. — Bonne raison pour cela : Raton ne l'avait pas écrite, et nous verrons pourquoi. — Cependant Bertrand attendait toujours sa réponse, et continuait de prier Raton de représenter à Catau « quel service elle rendrait à la philosophie et aux lettres » en la faisant favorable (3). — Elle ne me répond pas davantage, feignait de se plaindre le rusé Raton, — qui n'avait rien demandé ; — elle nous boude ; c il faut qu'elle nous ait pris tous deux pour deux Welches (4).
La réponse arrive : c'est la plaisanterie sur les chevaliers gardés en Russie pour y introduire les belles manières. Raton, écrivant à Bertrand, 19 avril 1773, eut l'air de s'en affliger, et de faire retomber l'échec sur « les ennemis de la sainte philosophie. » Or, c'est le lendemain même, qu'écrivant à Catau, qu'il prétendait avoir implorée pour Bertrand, il lui disait que l'affaire des chevaliers errants n'était pas « de sa compétence, et qu'il se bornait à en rire. » Raton se moquait donc des chevaliers et de Bertrand, qui, à son tour, se moquait des chevaliers comme Raton. Bertrand ni ne s'attendait, ni ne tenait le moins du monde, à obtenir de Catau « la délivrance des rats qui s'étaient allés jeter, assez mal à propos, dans sa ratière. Les circonstances ne permettaient peut-être pas que Catau leur donnât la clef des champs, et Bertrand, tout philosophe qu'il était , était en même temps raisonnable. Mais Bertrand pouvait au moins et devait même s'attendre que Catau fit une réponse honnête, satisfaisante et flatteuse pour la philosophie, sans se compromettre en aucune manière etsam accorder ce qu'on lui deman-
(1) Dalembert à Voltaire, 1" et 4 février 1773. —(2) A Datembert, 12 février 1773. — (3) Dalembert à Voltaire, 6 avril 1773. — (4 )A Dalembert, 11 avril 1773.
dail, au lieu du persiflage que Raton lui a transcrit. » Bertrand ne savait de qui la philosophie avait le plus à se plaindre désormais. Bertrand, traducteur de Tacite, ne voyait que ces deux mots de son auteur, per amicos oppresH, qui pussent servir de devise « aux malheureux philosophes. » Et il priait encore Ha* ton de lui obtenir une réponse à opposer aux persécuteurs déchaînés « contre la raison et les lettres. Fallait-il donc que la philosophie eût à dire à la personne dont elle se croyait aimée; Tu quoque, Brute (4 ) ! •
Raton se contenta de répondre à Bertrand : « La grande femme est très-irritée contre certains prisonniers, qui ont dit d'elle des choses affreuses Voilà tout ce qu'elle me fait entendre sur cette affaire, qui aurait fait un honneur infini à la philosophie et à vous (2). » — « La lettre de Catherine manque » , note encore Beuchot ; et sans doute ! pas de demande, pas de réponse! Bertrand n'avait joué sa tartuferie d'humanité que pour l'honneur de la philosophie, et Raton n'était pas chat à se compromettre même pour l'honneur de la philosophie et de Bertrand. Plus fin que le Raton de la fable, il ne tirait que pour lui les marrons du feu, et il n'exposait jamais sa patte pour les autres. Avant Bertrand, il s'était occupé des marrons russes, des prisonniers français, dont il voulait se faire des dépouilles opimes qui lui auraient peut-être ouvert la France et le Gapitole. Le 30 mai 1772, il avait écrit à Richelieu : « L'impératrice de Russie me mande, par sa lettre du 10 avril (qui manque!), qu'elle enverra en Sibérie les prisonniers français. On les croit déjà au nombre de vingt-quatre. Il se peut qu'il y en ait quelques-uns auxquels vous vous intéressez. Il se peut que le ministère ne veuille pas se compromettre en demandant grâce. Quelquefois on se sert, et surtout en semblable occasion, de gens sans conséquence. J'en connais un... Il serait prêt à obéir à des ordres positifs, sans répondre du succès ; mais assurément il ne hasarderait rien sans un commandement exprès... Il attend donc les ordres de Mgr le Maréchal, supposé qu'il veuille lui en donner
(I) Dalembert à Voltaire, 27 avril et 13 mai 1773. — (2) A Dalembert, 7 juin !773.
de la part du ministre des affaires étrangères ou de celui de la guerre. » Et le 8 juin : « Ce que je vous ai proposé est seulement d'une bonne âme : je ne cherche point à me faire valoir ! »
L'ordre ne vint pas, et Voltaire ne fit rien, n'ayant aucune récompense à attendre. Il laissa les Confédérés sous la griffe des aigles du Nord, et les chevaliers français en proie « à la faim ou au charbon. »
Et maintenant, Français, Polonais, dressez une statue à Voltaire ! C'est affaire aux Prussiens et aux Cosaques!
l'infâme et le peuple
Évitons toujours d'être dupes.
Il y a encore des gens, complices ou abusés, pour dire que, sous le nom de Y infâme, Voltaire ne s'attaquait qu'à ce qu'ils appellent la superstition, le fanatisme, c'est-à-dire seulement aux excès et aux abus de la religion. Non, il en voulait à la religion même, et Yinfdme, pour lui, c'était le christianisme, c'était Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Le 20 juin 1760, il écrivait à Dalembert : « Hérault disait un jour à l'un des frères, — Voltaire lui-même : « Vous ne détruirez pas la religion chrétienne. — C'est ce que nous verrons, > dit l'autre. »
Le 14 août 1772, c'était Dalembert qui, priant Frédéric de dire au moins un petit mot à Moustapha du temple de Jérusalem, ajoutait : « Cette réédification, Sire, est ma folie, comme la destruction de la religion chrétienne est celle du patriarche de Ferney. »
Le capitaine et le lieutenant viennent de nous livrer leur secret
Le 23 juin 1760, trois jours après avoir fait part à Dalembert de son espèce de serment d'Annibal, Voltaire lui recommandait pour la première fois d'écraser Yinfdme; pour la première fois il prononçait le mot odieux, qui va être pour les frères le mot de passe et de reconnaissance. Bientôt apparaît, dans une lettre à
VOLTAIRE ET i/lNFAMB 485
Damilaville (1), la formule écrasez t infâme, dont Voltaire fera, en n'en prenant que les lettres initiales réunies, Écrlinf, une sorte de formule cabalistique, qu'il opposera au monogramme du Christ et à l'inscription de la Croix.
Voilà la guerre déclarée, et nous en connaissons l'objet. Guerre insensée et déloyale, acharnée et hypocrite, que Voltaire poursuivra avec toutes sortes d'armes, mais surtout avec la calomnie et le mensonge, ne recourant à la colère et à la fureur que dans son dépit de voir fuir la victoire.
Mais ce qui indigne le plus dans cette campagne contre Y infâme, c'est l'hypocrisie du général, c'est son mépris du genre humain. Pendant qu'il organise ses troupes et qu'il les entraîne à sa suite contre le christianisme, il écrit au père de la reine de France que, non-seulement il n'y a pas de meilleurs citoyens que les philosophes, mais « point d'hommes plus pénétrés de respect pour la divinité (2). » Il fait même imprimer une longue lettre, dans laquelle il se prétend meilleur chrétien que ceux qui l'accusent de ne pas l'être ; et il prie le destinataire, un sénateur de Bologne, d'apprendre au Pape, qu'il n'est d'aucune secte, mais catholique romain, sujet du roi et attaché au roi (3). Il écrit la même chose aux adeptes dans les lettres destinées à passer sous les yeux de l'administration des postes, et de là sous les yeux de Louis XV, et il inculque en même temps que les prêtres sont les seuls ennemis des rois (4). Il leur recommande de toujours soutenir que tout philosophe est un bon chrétien, un bon catholique (8). Craignant que ces tar-
(1) Ce Damilaville, mort à 45 ans vers la fin de 1768, fut, pendant huit années, l'agent le pins actif de Voltaire. Sans éducation ni usage du monde, triste et lourd, ce gobe-mouche de la philosophie, comme l'appelait d'Holbach , était pourtant lié arec toute la secte. Commis du vingtième, il avait le cachet du contrôleur général, et faisait tout arriver en franchise à Ferney; de plus, il envoyait à Voltaire toutes les nouvelles littéraires et politiques, bonnes ou mauvaises, Traies ou fausses et faisait toutes ses commissions comme un autre Moussinot (Grimm, Corretp. Utt., décembre 1768, t. VI, p. 221). — (2) A Stanislas, 15 août 1760. 11 osa même dire qu'il n'y avait pas un philosophe « qui ne contribuât avec joie de la moitié de son revenu au soutien du royaume, » lui qui s'était arrangé pour n'y pas
contribuer d'un ton 1 — (3) A Abergati Capacelii, 23 décembre 1760. (4) A
Damilaville, 13 novembre 1761, et 30 janvier 1762. — (5) Au mauvais prêtre Morellet , 7 juillet 1766.