ANTI-CHRÉTIENS
La Philosophie de ? histoire et Y Essai sur les mœurs devinrent encore un signal de guerre, ou plutôt un champ de bataille. Avec l'abbé François, auteur de bonnes Observations sur la Philosophie de t histoire et sur le Dictionnaire philosophique, Voltaire en finit par deux vers :
L'abbé François écrit; le Létbé sur ses rive» Reçoit avec plaisir ses feuilles fugitives (1).
Il ne daigna même pas signer lui-même, et il fit signer par son copiste Bigex trois lettres (2) à l'abbé Foucher, de l'Académie des inscriptions, qui avait relevé ses bévues sur les livres persans. Mais il ne se débarrassa pas aussi aisément de Larcher, qu'il avait pris à partie dans la Philosophie de l histoire, à propos de son Hérodote. Larcher répondit par un Supplément à la Philosophie de l'histoire, où il le convainquait d'ignorer toutes les langues qui sont la base de l'érudition, et sans lesquelles on ne peut foire un pas dans Y Antiquité; de parler de l'histoire ancienne en homme qui ne l'a pas lue dans les sources, et qui n'a pas la plus légère teinture de chronologie; d'avoir bravement pillé le peu de bon que renfermait son livre dans Bochart, Huet, et même dans ce Warburton qu'il insultait ensuite, l'ingrat! Et il terminait par ce plaisant index, justifié par toute la discussion précédente : « Bévues, fausses citations; ignorance du grec, du latin, de la chronologie, de la géographie, de l'histoire; plagiats de l'abbé Bazin, depuis la page 1 jusqu'à la page 414 et dernière, inclusivement. »
Voltaire répliqua par sa Défense de mon oncle (3), où il n'oppo-
(1) ÉpUre à DaUmbert , Œuvres de Voltaire, t. XIII, p. 300. — (2) Œuvres de Voltaire, t. XLV, p. 181. — (3) Œuvres de Voltaire, t. XLIII, p. 310.
VOLTAIRE ET L'iMFAME 533
sait que des injures à son savant contradicteur, qu'il accusait simplement de paillardise, d'inceste, de sodomie et de bestialité (1 ) ; puis il cherchait à le rendre méprisable en l'appelant précepteur, prêtre, janséniste initié aux mystères de Saint-Médard, quoique Larcher ne fût et n'eût été rien de cela ; il rejetait, suivant l'usage, toutes ses ignorances en fait de grec sur le compte de l'imprimeur, qui, ici, avait oublié un sigma, là, changé ei en oi, etc. ; et, pour prouver qu'il savait le grec, il traduisait le nom de Larcher, qu'il apppelait Toxotés; après quoi, il recommençait de plus belle sa litanie d'injures. Le neveu de l'abbé Bazin, effrayé par l'érudition de Larcher, n'était pas assez sot, comme il l'écrivait, pour se défendre; il savait qu'il faut toujours établir le siège de la guerre dans le pays ennemi (2); et voilà pourquoi, au lieu de discuter, il insultait, ce qui était plus commode, surtout à lui.
Larcher, fort galant homme, ne fit que rire des injures de Voltaire (3), ce qui ne l'empêcha pas d'écraser la Défense par une vigoureuse Réponse; et Voltaire, battant en retraite, ne lui décocha plus que des flèches de Parthe , du milieu ou de quelque coin de ses divers ouvrages (4).
Larcher n'avait attaqué Voltaire que sur le terrain de l'érudition profane; Warburton prit contre lui la défense de la Bible.
Voltaire en voulait déjà à Warburton pour son Commentaire sur Shakespeare ; il lui en voulait de plus comme tout voleur en veut au volé, car il avait pillé la Divine Légation de Moïse de l'évêque anglican de Glocester , et, suivant sa coutume, il avait démarqué ses plagiats en les tournant contre les idées de l'apologiste du mosaïsme. Il faut biçn dire que l'évêque avait malheureusement laissé prise sur lui en faisant de presque tout son livre le développement de cette thèse : que Moïse avait fondé la religion juive sans l'appui de la croyance à un état
(1) Défense de mon oncle, cb. m, v, vict vu. — (2) A Dalembert, 19 juin 17G7. —(3) Dalembert à Voltaire, 26 décembre 1772. — (4) Il revient sur Larcher dans l'article X de ses Fragments sur l'histoire générale (Œuvres, t. XLVII, p. 560), et dans plusieurs articles de son Dictionnaire philosophique.