LA STATUE DE VOLTAIRE
Le comédien, n'ayant pas réussi par la comédie sacrilège, tâcha de rentrer à Paris par l'opéra , et il en garda longtemps l'espoir dans sa boite de Pandore (4). Il mit d'Argental en campagne pour obtenir la représentation de ce drame lyrique, « qui seul pouvait déterminer un certain voyage. » La Borde, auteur de la musique, devait s'adresser à madame du Barry, qui obtiendrait sans peine l'agrément de « l'adverse partie (Louis XV), » peu soucieuse d'opéras. L'entremetteur de la du Barry, le premier gentilhomme de la chambre, Richelieu , i qui on avait « la grande passion de faire encore une fois sa cour avant de mourir , » était supplié d'intervenir auprès de « son amie , » et de présenter au roi une nouvelle édition des Siècles de Louis XIV et de Louis XV. Richelieu intervint; madame du Barry fit une démarche auprès du roi, et « Adam resta exclus du paradis terrestre (2). »
Voltaire dissimula son échec en disant, tantôt qu'il remettait au printemps suivant un voyage qu'il lui eût été impossible de foire, pouvant à peine faire celui de son jardin ; tantôt qu'il n'avait « jamais trempé dans l'infâme complot que quelques parents et amis avaient fait de l'arracher à sa retraite, à sa liberté, et au repos nécessaire à son âge (3). »
L'année suivante, il crut s'être fait un titre plus sérieux à la faveur du roi par sa réfutation (4) du Système de la nature,
(1) Œuvree de Voltaire yL IV, p. 519.— (2) A d'Argental,! 0 août et 16 septembre; à Richelieu, 10 juillet (Recueil de 1856), 30 août et 10 octobre 1769. — Voltaire échoua encore dans son dessein de faire représenter Pandore pour les fêtes du mariage de Louis XVI, en 1770, et pour celles du mariage du comte d'Artois, en 1773. — (3) A Marmontel et à madame du Defland, 1" novembre; à Rochefort, 18 novembre 17G9 ; à Schomberg, 5 Janvier 1770. — (4) Il «'agit d'une petite brochure, intitulée Dieu, qui forme aujourd'hui la 5* section de l'art. Dieu du Dict. philos. (Œuvres de Voltaire, t. XXVIII, p, 386).
livre en tous sens détestable, publié par l'athée d'Holbach sous le nom de Mirabaud ; et il écrivit , le 1" novembre , à Richelieu : « J'aurais bien de l'obligation à mon héros, et il ferait une action fort méritoire, si, dans ses goguettes avec le roi, il avait la bonté de glisser galment , à son ordinaire , que j'ai réfuté ce livre qui fait tant de bruit, et que le roi lui-même a donné à M. Séguier pour le faire ardre. Au reste, je pense qu'il est toujours très-bon de soutenir la doctrine de l'existence d'un Dieu rémunérateur et vengeur; la société a besoin de cette opinion. Je ne sais si vous connaissez ce vers :
Si Dieu n'existait pas, il faudrait rioienter (1). »
Vers absurde, que les amis de Voltaire ont invoqué en preuve de son théisme décidé ! Si Dieu n'existait pas, nul n'en aurait l'idée, ni ne songerait, par conséquent, à l'inventer. Puis ce vers, avec le commentaire de la lettre à Richelieu , prouverait plutôt que la profession de l'existence de Dieu n'était pour son auteur qu'une affaire de politique et d'ordre social.
Gomme on le voit par plusieurs lettres de 1770, le Système de la nature, par son franc athéisme, paraissait à Voltaire compromettant pour les philosophes, qu'il rendait « exécrables aux yeux du roi et de toute la cour. » Toutefois, il eut à s'excuser de sa réfutation : « Il a fallu faire ce que j'ai fait , écrivit-il ; et si l'on pesait bien mes paroles, on verrait qu'elles ne doivent déplaire à personne (2). »
11 avait écrit dans l'intérêt de la secte, et plus encore dans l'intérêt de sa réconciliation avec le roi. Il manqua l'un et l'autre but, et nous doutons qu'il ait trouvé une compensation suffisante dans le titre de Père temporel des capucins qu'il prit cette année.
Avant sa brouille avec les capucins du pays de Gex, qui, à partir des pftques de 1769, refusèrent de reparaître au château de Perney, il leur avait obtenu de Ghoiseul une gratification; et, en reconnaissance, à l'en croire (3), les capucins lui
(I) Épttre à l'auteur du livré des trou Imposteurs; Œuvres de Voltaire , t. XIII, p. 265. — (2) A Grfmm, 1" àotembre 1770. — (3) A Audit, 26; à Do-
auraient envoyé la patente de Père temporel. Ailleurs, il attribue cette faveur à sa Canonisation de saint Cucufin (4), bouffonnerie contre saint Joseph Gupertin ou de Copertino, canonisé pourtant par le capucin Clément XIV, le pape chéri de la philosophie (2). Il est certain que les lettres d'affiliation ne lui avaient point été adressées directement par le Père général, comme il le disait et l'écrivait. Ces lettres étant envoyées quelquefois en blanc, un avocat de Grenoble eut le secret d'en avoir, et lui en envoya (3). Voltaire les fit encadrer et placer dans l'endroit le plus apparent du château, et il écrivit à Bernis : « Si vous êtes cardinal, je suis capucin. Le général qui est à Rome m'en a envoyé la patente ; un gardien me l'a présentée. Je me fais faire une robe de capucin assez jolie. Il est vrai que la robe ne fait pas le moine (4). » Voilà le fond de vingt de ses lettres ; et, désormais, il envoie sa bénédiction urbi et orbi, et signe : Frère Voltaire, capucin indigne.
Ne pouvant posséder Voltaire à Paris, les philosophes voulurent avoir au moins sa statue, qui donnerait peut-être envie de faire revenir l'original. Le 17 avril 1770, ils tinrent une assemblée chez madame Necker, la fausse puritaine. C'étaient Diderot, Suard, Ghastellux, Grimm, Schomberg, Marmontel, Dalembert, Thomas, Necker, Saint-Lambert, Saurin, Helvétius, Bernard, et trois mauvais prêtres, Raynal, Arnaud et Morellet. Là, après un copieux dîner, dans le pêle-mêle de la conversation, il fut résolu d'élever une statue à Voltaire. Le statuaire Pigalle assistait à la séance. Quelques jours auparavant, Raynal lui avait été député pour lui proposer l'exécution, et il avait accepté avec joie. Dès le 11 avril, il put produire une ébauche en terre, qui fut généralement admirée. Voltaire était représenté assis sur une draperie
pont ; 30 mars 1770. — Voir encore les Stances à Saurin : « H est vrai , je suis capucin, etc.; » Œuvres de Voltaire, t. XII, p. 547. — (i) Œuvres de Voltaire, t XLV, p. 164. — (2) Après l'élection de Clément XIV, Voltaire écrivait à Bordes (5 juillet 1769, Recueil de 1856) : « C'est bien dommage qu'on ne nous ait pas donné on brouillon. H nous [fallait on fou, et j'ai peur qu'on m nous ait donné un homme sage... Les abus ne se corrigent que quand ils sont outrés. » — (3) Chaudon, Mémoire* sur Voltaire, 1" partie, p. 239. — (4) A Bernis, 9 février 1770 ; même jour, à Richelieu.
qui lui descendait de l'épaule gauche par le dos et l'enveloppait par derrière; sa tête était couronnée de laurier; sa poitrine et tout le côté droit étaient nus ; il tenait une plume à la main droite, dont le bras pendait; le bras gauche s'appuyait sur la cuisse gauche. Le projet admis, on convint aussi de l'inscription : « A Voltaire vivant, par les gens de lettres ses compatriotes. » Il fallait donc être homme de lettres pour concourir, et même, d'abord, avoir fait imprimer quelque. chose; mais Dalembert fit adopter que le titre d'homme de lettres serait acquis à tout souscripteur qui le prendrait. La souscription ne devait pas être moindre de deux louis. Richelieu avait déjà souscrit pour vingt, et on se promettait la souscription de Ghoiseul. Les gens du dîner se déclarèrent receveurs, et s'engagèrent, indépendamment de leur souscription personnelle, à suppléer solidairement à ce qui manquerait aux quinze mille livres jugées nécessaires : dix mille pour Pigalle, qui, laissé libre, avait fixé à ce chiffre son honoraire, et le reste pour achat de marbre et frais de voyage (1).
Le 27 avril, déjà informé, Voltaire écrivait à Dalembert : « C'est un monument contre le fanatisme et la persécution. » Et il continua sur ce texte dans toutes les lettres aux Frères : « C'est un beau soufflet que vous donnez au fanatisme et aux lâches valets de ce monstre... Vous écrasez sous ce marbre la superstition, qui levait encore la tête... Au sujet près, jamais les gens de lettres, dans aucun pays, n'ont imaginé rien de plus noble. Les douze apôtres n'ont pas eu ce courage. Les douze personnes à qui cette étrange idée a passé par la tête sont dignes chacune de ce qu'elles veulent me donner (2). » Il défendait, toutefois, de crier trop haut que c'était un monument à la liberté de penser : « Cette idée pouvait lui faire tort auprès du roi, des bontés duquel il avait besoin pour sa colonie (3). » Il ne manqua pas de remercier madame Necker, la muse inspiratrice du dessein, par de jolies stances (4), et par
(1) Grimm, Corresp. KM.» mai 4770, t. VII, p. 147.— (2) A Mtnnonlel, 27 tTiil ; à Dalembert, 21 juin 1770. — (3) A madame du Defland, 11 Juillet 1770. — (4) Œtwru de Voltaire, t. XII, p. 549.
une lettre du 21 mai, dans laquelle il faisait une grotesque et piteuse description de sa personne : « M. Pigalle doit, dit-on, venir modeler mon visage ; on en devinerait à peine la place. Mes yeux sont enfoncés de trois pouces, mes joues sont du vieux parchemin mal collé sur des os qui ne tiennent à rien. Le peu de dents que j'avais est parti. Ce que je vous dis là n'est point coquetterie; c'est la pure vérité. On n'a jamais sculpté un pauvre homme dans cet état. »
Cependant on battait le rappel des souscripteurs. Si un grand nombre de gens de lettres et de gens de cour avaient souscrit, un plus grand nombre s'était contenté de promettre (1). Jean- Jacques, en apprenant le projet, s'était écrié : « Cela honore la France et le siècle I » et il avait réclamé le droit, «payé, disaitil, assez cher, » d'être admis à l'honneur de souscrire (2). Ses deux louis d'or furent envoyés à Dalembert, qui répondit : « M. de Voltaire sera sûrement très-sensible à cette marque d'estime de la part de M. Rousseau ; je ne manquerai pas de l'en informer (3). » Dalembert était d'avis qu'on acceptât le denier de Jean- Jacques (4); mais Voltaire, sur le conseil, dit-il, de ses parents, de Saint-Lambert et de ses autres amis, exigea qu'on le lui rendit (5). Et il remercia Rousseau en écrivant : » Il est plaisant qu'un garçon horloger, avec un décret de prise de corps, soit à Paris, et que je n'y sois pas (6). »
A Jean-Jacques, Voltaire préférait « les puissances du Nord, » et il voulut les avoir toutes. Diderot fut chargé de procurer Catherine, qui venait d'acheter sa bibliothèque ; Dalembert, qui avait gagné le roi de Danemark, de passage à Paris, fut invité à rappeler à Frédéric qu'il devait toujours une réparation pour Francfort, et qu'un roi philosophe était dans l'obligation de contribuer à cette bonne œuvre philosophique (7).
Dalembert, par une lettre du 15 juillet, proposa la chose au
(1) Dalembert à Voltaire, 30 mai 1770. — (2) J.-J. Rousseau à h Tourette, 2 juin 1770. — (8) La Tourette à Voltaire, 26 juin 1770. — (4) Dalembert à Voltaire, 22 juillet 1770. — (5) A Dalembert, 7 et 1 1 juillet ; à Grimm, 10 juillet 1770. — (6) A Richelieu, 11 juillet 1770. — (7) A Dalembert, 27 avril, 21 juin, 27 juillet et 5 novembre 1770. — Voltaire oaa même songer à obtenir, par le duc de Duras, la souscription de Louis XV (à d'Argental, 12 novembre 1770).
roi de Prusse, qui répondit, le 28 : « Le plus beau monument de Voltaire est celui qu'il s'est érigé lui-même : ses ouvrages. Ils subsisteront plus longtemps que la basilique de Saint- Pierre, le Louvre, et tous ces bâtiments que la vanité consacre à l'éternité... Vous n'avez qu'à m' informer de ce qu'on exige de ma part; je ne refuserai rien pour cette statue, plus glorieuse pour les gens de lettres qui la lui consacrent, que pour Voltaire lui-même. » — « Votre Majesté demande ce que nous désirons d'elle pour ce monument? récrivit Dalembert. Un écu, Sire, et votre nom. » Et, dans un post-scriptum, il lui annonçait que « l'Académie française venait d'arrêter, d'une voix unanime, que la lettre du 28 serait insérée dans ses registres, comme un monument également honorable pour un de ses plus illustres membres et pour la littérature française. »
Frédéric fit plus : il fit exécuter une statue de Voltaire dans sa manufacture de porcelaine, et la lui envoya, avec ce mot gravé sur la base : Immortali. Voltaire écrivit au-dessous :
Vous êtes généreux : vos bontés souveraines Me font de trop nobles présents; Vous me donnez sur mes vieux ans Une terre dans vos domaines (1).
Et il dit à tous ses commensaux que le mot Immortali était la signature du donateur.
Pendant que Frédéric et Dalembert traitaient ainsi Voltaire en public, ils ne se gênaient pas sur son compte dans l'intimité de leur correspondance, comme on l'a vu à propos des pâques, comme on le voit par cette autre lettre de Frédéric : « J'ai lu le quatrième volume des Questions encyclopédiques, très-surpris d'y trouver une sortie épouvantable contre Maupertuis. Il y a quelque chose de si lâche à calomnier les morts, il y a tant d'indignité à noircir la mémoire des hommes de mérite, et il y a quelque chose dans ce procédé qui dénote une vengeance si implacable, si atroce, que je me repens presque de la statue qu'on lui érige. Bon Dieu ! comment tant de génie se peut-il allier avec tant de perversité?.... Vous de-
(1; Comment. hi$t.\ Œuvres de Voltaire, t. XLVIII, p. 383.
▼riez Cure des remontrances à Voltaire sur cette conduite, qui lui fait plus de tort qu'à Maupertuis. Je vous avoue qu'on se lasse de retrouver à tout propos Maupertuis, l'abbé Des Fontaines, Fréron, Le Franc de Pompignan, le poète Rousseau et Abraham Chaumeix dans ses ouvrages; des injures si souvent répétées dégoûtent le lecteur et démasquent trop le fond de l'âme de Voltaire. Cela est triste et n'est pas plaisant (1). » — « Hélas ! Sire, répondait Dalembert (2), il y a longtemps que j'ai pris la liberté de lui donner ce conseil, et Votre Majesté voit quel en est le fruit. Il faut gémir sur le sort de l'humanité, qui ne permet pas qu'un seul homme ait à la fois tous les talents et toutes les vertus. » Et il promettait de recommencer. — « Vous Eûtes œuvre méritoire, répliqua le roi (3).... Je conclus de la conduite de Voltaire, que, s'il était souverain, il serait avec tous ses voisins à couteau tiré; son règne ne serait qu'une guerre perpétuelle, et alors Dieu sait de quels arguments il se servirait pour prouver que la guerre est l'état naturel de la société, et que la paix n'est pas faite pour l'homme 1 »
Comme ces gens-là se connaissaient bien !
A la fin de mai 1770, Phidias-Pigalle était allé à Ferney pour prendre le portrait du patriarche , et il y passa huit jours. La veille de son départ, il ne tenait encore rien, et il allait renoncer à saisir la trop mobile figure. Voltaire lui accordait bien une séance par jour, mais le vieux singe ne pouvait sa tenir une minute en place. Il avait à côté de lui son secrétaire, à qui il dictait des lettres, et, pendant ce temps, suivant un tic familier, il soufflait des pois, et faisait des grimaces à désespérer le statuaire. Enfin, le dernier jour, la conversation tomba sur le veau d'or des Hébreux. L'adversaire de l'abbé Guénée fut si content d'entendre dire à Pigalle qu'il lui faudrait au moins six mois pour couler une pareille machine en fonte, qu'il se laissa faire le reste de la séance. L'artiste réussit à prendre son modèle. Mais il eut si grand peur de gâter, dans une seconde séance , ce qu'il avait eu tant de peine à tenir,
(1) A Dalembert, 25 juillet 1771 . — (2) 17 août 1771 . — (S) 16 septembre 1771 •
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qu'il en fit faire aussitôt le moule, et qu'il partit le lendemain, de grand matin, sans voir personne.
Pigalle, de retour à Paris, rassura les amis sur la santé de Voltaire, plus alerte, raconta-t-il , à monter les escaliers que tous les souscripteurs, et à fermer (une porte, ouvrir une fenêtre, faire une pirouette, que tout ce qui l'entourait. Argan se ficha presque : « M. Pigalle, quoique le meilleur homme du monde, me calomnie étrangement; il va disant que je me porte bien, et que je suis gras comme un moine. Je m'efforçais d'être gai devant lui, et d'enfler les muscles buccinateurs pour lui faire ma cour (1). » Argan voulait absolument être malade!
Pigalle ne savait pas draper. C'est pourquoi il fit à peu près nue la statue qu'on connaît. Il prit un vieux soldat sur lequel il modela le corps, et il mit dessus la tête qu'il était allé chercher à Peniey.
Gustave in, empêché de faire le pèlerinage de Perney, ayant voulu, à défaut de l'original , voir la statue chez Pigalle, il se détourna au premier regard, et dit : « Si j'avais à souscrire, ce serait pour lui acheter un habit. » Cette carcasse parut hideuse à la plupart, et ce fut une grêle d'épigrammes à briser le marbre (2).
Sabatier de Castres, qui publiait alors les Trois siècles littéraires (3), son œuvre ou celle d'Un abbé Martin, termina par ces mots l'article Voltaire : « Tel est cependant l'homme qu'on préconise et qu'on encense , au point de ne pas craindre de le rendre ridicule , en se proposant de lui élever une statue. » A cette occasion, Voltaire écrivit un Fragment d'une lettre sur les Dictionnaires satiriques , contre l'ex-jésuite Paulian, auteur d'une réfutation du Dictionnaire portatif; et , sous le nom de Morxa, il fit une Réponse à cette Lettre (4), dirigée contre Sabotier, à qui il composa une biographie injurieuse, fondée, malheureusement pour sa victime , en partie sur le vrai. Connu
(i) A Grimm, 10 juillet 1770. — Voir la Corresp. litt., juillet 1770, t VII, p. 223. —(2) Grimm, Corresp. Utt.. avril 1771, t VII, p. 465. —(3) L'innée précédente, il avait publié le Tableau philosophique de l'esprit de M. de Voltaire, réimprimé en 1802 , sous le titre de Vie polémique. — (4) Œuvres de Voltaire, t. XLVII, pp. 172 et 178.
soos le nom d'abbé, quoiqu'il n'ait été jamais que clerc tonsuré, Sa ha lier, né à Castres d'une ancienne famille de robe, suivant lui, d'un perruquier, suivant Voltaire, avait commencé par être protégé d'Helvétius et recrue dans Tannée encyclopédique; puis, malgré une vie peu honorable , il s'était bit le champion de la religion et des mœurs. Quelle cible aux traits de Voltaire! Dalembert, comme toujours, se fit son second, et lui adressa des détails infamants sur une aventure qui serait arrivée à Sabatier chez le comte de Lautrec (1). Condorcet, son futur biographe, prit aussi sa défense (2). Voltaire tira bon parti de tous ces renseignements, et, dans un article consacré aux Dictionnaires de calomnies (3), il reprocha i Sabatier son ingratitude envers Helvétius, une Apologie de Spinosaet des vers obscènes. Enfin, il joignit Sabatier à tous ses adversaires, et en fit un anneau de cette ignoble chaîne de forçats qu'il traîne dans tous ses ouvrages (4).
La statue ne fut inaugurée qu'en 1776. En avant-goût de cette fête, et en pronostic du triomphe d'Irène, on ménagea à Voltaire une apothéose chez la Clairon. Marmontel avait eu l'idée de composer une ode en son honneur, et de la faire réciter par la Clairon au milieu d'une pompe antique. En effet, un soir, la comédienne sort de son salon, meublé de tous les voltairiens, après avoir dit qu'on l'attende. Tout à coup, un rideau s'ouvre, et montre à la société ébahie un buste de Voltaire sur un autel. A côté, se tenait la Clairon, en prêtresse d'Apollon, une couronne de laurier à la main, qu'elle déposa sur la tête de la divinité ; après quoi, elle entonna l'hymne de Marmontel. La Harpe informa Voltaire qu'il venait de passer dieu, et le dieu nouveau remercia La Harpe en prose, et sa prêtresse en vers (5).
(1) Dalembert à Voltaire, 26 décembre 1772. — (2) Par une Lettre d'un théologien à l'abbé Sabatier) à Marin, 16 août ; à Dalembert, 28 septembre 1774).— (3) Art. XVI du Fragment sur Vhist. générale; Œuvres de Voltaire, t. XLV1I, p. 599. —(4) XVIII* chant de la Pucelle; Œuvres de Voltaire, t. XI, p. 284; cote B du Dialogue de Pégase et du Vieillard, t. XIV, p. 282 ; à Marmontel, 24 juillet ; à Sainl-Lambert, 1" septembre 1773; à d'Argenlal, 30 avril 1774, ete. — (5) A La Harpe, 29 septembre 1772; à mademoiselle Clairon; Œuvres de Voltaire^. XIV, p. 471; Grimm, Corresp. litt., octobre 1772, t. VIII, p. 318 , Marmontel, Mémoires, t. III, p. 140.