‹ Voltaire, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 75 sur 80 · REPRISE CONTRE L'INFAME · texte numérisé non relu

REPRISE CONTRE L'INFAME

Cependant Voltaire aspirait toujours à sortir de Ferney. Au milieu de Tannée 1771, on annonça encore son retour à Paris, obtenu du roi à la sollicitation de madame du Barry, gagnée elle-même par Maupeou. Reconnaissant du concours que Voltaire lui avait prêté, et comptant toujours sur l'appui de sa plume, le chancelier avait désarmé la cour, en montrant une promesse du philosophe de ne plus écrire contre la religion et de s'attacher uniquement à la politique (1). Le philosophe et le chancelier trompaient l'un et l'autre, car, dans le même temps, le chancelier permettait au libraire Merlin de vendre publiquement les ouvrages impies du philosophe (2). Une faut donc pas s'étonner que les Lois de Minas (3), composées à cette occasion, soient à la fois une allégorie en l'honneur de Maupeou et une insulte à la religion, une satire des anciens parlements et des prêtres. Voltaire n'avait écrit, dit-il, cette tragédie, que pour y mettre des notes inspirées de la Pohgniade du roi de Prusse ; notes « curieuses, très-insolentes, trop hardies pour les fanatiques, mais qui devaient réjouir la secte; notes dirigées contre l'ancien parlement et contre la Bible, les immolations humaines chez les Juifs et dans l'Église, car il ne fallait jamais perdre de vue le grand objet de rendre la superstition exécrable (4). » Il espérait pourtant que cette affreuse rapsodie lui vaudrait enfin la permission de revenir à t>aris. Il est vrai qu'il la mettait sous le nom fictif de l'avocat Duron cel, et qu'il défendait bien de l'en dire l'auteur : cette « calomnie abominable, » et « le terrible scandale » qui en devait

(1) Mémoires de Bachaumont do 15 juillet 1771, t. V, p. 281. — (2) Mémoires de Bachaumont du 12 juin 1772, t. VI, p. 147. — (3) Œuvret de Voltaire, t. IX, p. 275. — (4) A. Richelieu, 25 mai 1772; à Marmontel, 23 octobre 1172 et 29 mare 1773 ; à La* Harpe, 22 janvier et 29 mars; à Frédéric, 19 mars; à madame du Deffand, 29 mare; à Saint-Lambert, 1er septembre 1773.

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