‹ Voltaire, sa vie et ses œuvres (volume 2)Chapitre 77 sur 80 · VOYAGE ET PREMIERS JOURS A PARIS · texte numérisé non relu

VOYAGE ET PREMIERS JOURS A PARIS

Voltaire avait écrit en 1758 : t Dans vingt ans l'infâme aura beau jeu. » Beau jeu, en effet, et si la rage, au moment de sa mort, lui avait laissé quelque liberté d'esprit et de parole, l'apologiste de Julien aurait pu s'écrier à son tour : « Tu as vaincu, Galiléen ! »

L'infâme l'attendait à Paris pour l'abattre dans son triomphe môme, et c'était vers Paris qu'il se tournait toujours, comme s'il eût couru au-devant de son supplice. Repoussé tant de fois, il tâchait au moins de faire croire qu'il y pouvait aller, qu'il n'y avait jamais eu contre lui d'exclusion formelle, qu'il avait conservé, avec sa charge de gentilhomme de la chambre, le droit d'en faire les fonctions, et que sa santé seule l'empêchait de partir (1).

Cependant, il saisissait toute occasion de se remettre en cour. Pas un mariage princier pour lequel il ne voulût fournir une pièce de théâtre (2). Pas un acte du nouveau gouvernement qui ne lui devint le thème d'un éloge du roi que ses amis étaient priés de faire courir (3). Tout cela entretenait le bruit de son retour à Paris. On disait que la reine voulait le voir, et la na-

(1) A d'Argental, 6 juillet et 12 août 1774 ; à Cbabanon, 3 août 1775. — (2) Il proposa Rome tauvée pour le mariage d'une sœur de Louis XVI avec le prince <te Piémont (à d'Argental, 4 août 1775). — (3) A Frédéric, 30 mars; à d'Argen- Ul, 5 avril 1776.

tion le récompenser de l'honneur qu'il avait fcit rejaillir sur elle (1). Informé de ces bonnes dispositions de la reine, il fit de petits versiculets en son honneur, car il avait « une furieuse passion de l'avoir pour protectrice; » et il espérait qiïOiympit paraîtrait devant elle. En cette circonstance, il songea encore i envoyer devant lui à Paris, sous prétexte de consulter Tronchin, madame Denis, qui ne partit pas, sans doute parce qu'on prévit que ce nouveau voyage serait inutile (2). H redoubla de courtisanerie : il fit YHÔte et VBôtesse (3), pour un petit divertissement que Monsieur voulait donner à Marie-Antoinette à Brunoy, et il s'informa anxieusement si ses vers avaient été bien reçus, et s'ils pourraient servir de précurseurs & Olympia, à quelques autres pièces, et enfin à l'auteur (4). Il frappait à la porte de la reine à coups redoublés de tragédies : Don Pèdrt, Agathocle, Irène; et le retour à Paris, après trente ans d'absence, était toujours le « véritable dénouaient de la pièce (S). » 11 se consumait d'ennui à Ferney, et la nièce en mourait» On s'était brouillé avec les Dupuits, et le tête-à-téte était triste entre ces deux vieillards. La vieille et jalouse Denis n'osait guère introduire entre eux un tiers plus jeune, depuis un autre têteà-tête avec mademoiselle de Saussure, qui avait failli devenir fatal au vieil oncle, et dont on avait beaucoup jasé à Paris (6). Toutefois, n'y tenant plus, elle demanda, pour lui tenir compagnie, mademoiselle de Varie ourt, fille d'un officier des gardes du corps, ayant douze enfants pour toute fortune. Menacée du couvent, la jeune fille s'était adressée, dit-on, à Voltaire, qui aurait répondu : « Il faut arracher au diable cette Ame qu'on

(1) Frédéric à Dalembert, 22 février 1175. — Dalembert répartit, le 22 tvril : « Je ne crois pas que nous voyions Voltaire à Paris; je doute que sa santé le lui permette, et encore plus que la cour soit fort empressée de le voir. » — (2) Mémoire de Bacfaaumont du 5 septembre 1776, t. IX, p. 280 ; Jfamttra de Wagntère, t I, p. 8ÛI.— (3Q Œuvre* de VoJUi**, t. JX, p. 459. — (4) A Cromo*, 20 septembre, 10 et 30 octobre; à d'Argental, 18 octobre; à madame de Saint- Julien, 22 octobre 1776. — (5) A rAfgeptal , 2 Juki, 81 août, 20 septembre, 3, 22 et 25 octobre, 17 novembre 1777; à Thifcmvilte, 10 lovenebre 1777 et il Janvier 1778. — (6) Grinm, Corrupondmnf* inédite, p. 847; Wagner* , Jft» moiret, t. I, p. 346; Bachammmt, Mémoir**, 2$ Jerrier 1773, L VI, p. M0| Voltaire à Richelieu, 21 décembre 1772.

588 LIVBE QUATRIÈME

prétend donner à Dieu. » Et il la donna à madame Denis, qui ne valait pas le diable qu'elle eût trouvé au couvent. C'est la jeune fille que Voltaire a baptisée BelU-tt-Borme. Ange gardien du patriarche, elle lui prodiguait soins et caresses, et, à défaut de soins, le patriarche lui rendait ses caresses avec une sensualité dont lachronique s'amusait fort. Les plus indulgents disaient : « C'est Anacréon servi par les Grâces. » En 1777, le marquis de Villette, voulant faire une fin après une jeunesse débauchée, demanda à Voltaire, dont il se disait le fils, sa jolie gouvernante; et Voltaire, n'ayant, cette fois, à donner pour dot que quelques diamants à une pupille qui allait épouser cent cinquante mille livres de rentes, s'empressa de la lui accorder (1).

Le nouveau couple n'avait point envie d'enterrer ses jeunes amours entre deux jvieillards à Ferney. Secondé par le marquis de Villevieille, un ami de Villette, et surtout par madame Denis, plus [que jamais lasse de la campagne, il fit tout ce qu'il put pour entraîner Voltaire à Paris. On lui montrait de prétendues lettres de Paris ou de Versailles, assurant que le comte d'Artois et le comte de Provence, que la reine, que le roi lui-même, avaient la plus grande envie de le voir. On le menaçait de la chute d'Irène, qu'il venait d'envoyer à d'Argental, s'il n'allait lui-même mettre la paix entre les comédiens brouillés et diriger leur jeu. On intéressait le vieux malade, qui pourrait consulter Tronchin sur sa santé. On piquait l'amour-propre du banni, qui répondrait par un fait éclatant aux sacristains redisant partout qu'une paperasse, appelée HUera sigilli, lui interdisait, même à quatre-vingt-quatre ans, d'aller boire l'eau de la Seine (2). Les avocats avaient cause gagnée dans les désirs encore plus vifs de Voltaire, et le voyage fut résolu.

Toutefois, dans la crainte d'être arrêté en route par un ordre de la cour, Voltaire cacha son voyage. Le 3 février, annon-

(1) Mémoire* de Bachaumont du 18 juin 1777, t. X, p. 153; Œuvre* de Valette, pp. 114,127 ; Mémoire* de Wagnière, t. I, pp. 114, 117, 413, 414 ; à M..., 9; à La Harpe, 19 novembre 1777. — Dans le récit du Voyage et de la mort de Voltaire, nous suivrons souvent la Relation de Wagnière, que nous ne mentionnerons plus que pour la contredire. — (2) A de Vaines, 2 février 1778.

çant à (TArgental le départ de madame Denis et du couple Villette, il se dit au désespoir de ne pouvoir accompagner les voyageurs que jusqu'à la première poste; et le 5, à midi, il partait lui-môme entre son copiste et son cuisinier.

En route, à Bourg notamment, il fut reconnu et acclamé par la foule. A Dijon, où il s'arrêta pour voir le rapporteur d'un procès qu'il soutenait au nom de madame Denis (1), il reçut des visites de distinction, et ne put échapper aux curieux, qui pénétrèrent dans son auberge, déguisés en garçons de cabaret, ou introduits, à prix d'argent, par les servantes. Malgré un essieu rompu, il arriva le 10 aux portes de Paris, vers trois heures et demie du soir. A la question d'usage, il répondit aux commis de barrière : « Ma foi, Messieurs, je crois qu'il n'y a ici de contrebande que moi. » Reconnu encore, il fut prié respectueusement de continuer son chemin.

Il descendit à l'ancien hôtel Bernières, devenu hôtel Villette, au coin de la me de Beaune et du quai des Théalins, qui a pris depuis son nom, et s'y logea dans un cabinet voluptueux, digne de l'auteur de la Pucelle.

L'apparition d'un revenant, d'un prophète, d'un apôtre, n'aurait pas causé un tel ébahissement. Tout autre intérêt, de cour, de guerre ou de robe, fut suspendu, même la grande querelle des Gluck is te s et des Piccinistes (2) . L'orgueil encyclopédique baissa pavillon devant son chef, la Sorbonne frémit, le Parlement fut frappé de stupeur, toute la littérature s'émut, tout Paris vola aux pieds de l'idole. Un mot du roi troubla tout à coup cette ivresse : « L'ordre qui défendait à Voltaire de revenir à Paris a-t-il été levé? » Le marquis de Jaucourt, un encyclopédiste, vint le rapporter mystérieusement à madame Denis, qui ne put le cacher à son oncle. Fort alarmé, Voltaire écrivit à l'intime amie de la reine, madame Jules de

(1) A Maret, 20 février 1778. — (2) Voltaire reçut, à deux heures d'intervalle, la visite de dock et celle de Piocini. Gluck lui dit : « J'ai différé mon départ pour Vienne de vingt-quatre heures, afin d'avoir l'honneur et le bonheur de vous voir. — Voua allex voir un grand empereur, répondit Voltaire, vous êtes bien heureux I • Et il tourna le dos, dépité encore nu seul souvenir de V affront que lui avait fait le comte de Palkenstein {Corresp. $ecrète, t. VJ, p. 32).

Polignac, qui lui fit mie réponse rassurante et Tint même le tranquilliser en personne. En réalité, il n'avait rien k craindre, protégé contre le roi par le comte d'Artois, qui l'avait lait assurer de sa bienveillance et du plaisir qu'il aurait de le voir k la comédie, protégé bien plus par la faveur de la reine. Non que Marie-Antoinette, comme on l'a dit, ail demandé à Louis XVI pour Voltaire la permission de rentrer à Paris : après avoir consulté des personnes de confiance, elle déclara même que Tinsulteur de la religion et des mœurs ne verrait aucun membre de la famille royale. Toutefois, gagnée par la contagion presque universelle, elle n'aurait pas répugné , Voltaire une fois à Paris, à le recevoir dans ses grands appartements; le roi s'y opposa (1). Elle demanda alors, dit-on, qu'on improvisât à Voltaire, à la Comédie-Française, une loge tapissée comme la sienne, et à côté de la sienne, afin de pouvoir causer avec lui; le roi refusa encore (2). Elle prêtera corps à ces bruits, peut-être mensongers, en se donnant le tort réel de se trouver sur son passage au pavillon de Flore, et d'agréer son salut; k tort plus grand d'assister, dans sa loge parée, à la représentation d'Irène (3). Le pauvre roi lui-même, non-seulement nlnterdit pas à sa femme et à sa famille de donner par leur pré* sence un éclat royal au triomphe du plus grand ennemi de son trône, mais il permit qu'on jouât Irène devant lui. 11 fit {dos, il laissa dire et imprimer que c'était par ses ordres que k comte d'Angivilliers avait commandé au neveu de Pigmlle k buste de Voltaire simultanément avec celui du maréchal de Saxe, et Voltaire remercia le roi et k statuaire d'avoir confondu dans un même honneur le héros et k trompette (4).

Dés le 10, au débotté, Voltaire était allé à pied, quai d'Orsay, chez son ami d'Argental. Enveloppé d'une vaste pelisse, ta tète dans une perruque de laine surmontée d'un bonnet ronge et fourré, il fut pris pour un chie-en-lit en ce temps de carnaval,

(i) Madame Campai, Mêmowm. t I, pp. 1/87, 188; SégiE, MémiiwL, L I, p. M; Mémoires de Pic 1— iimit, du 48 lévrier 1778, t XI, p. 1M.^(3) -erèU, t. VI, p. 48. — (3) Luooâ-d'AiMOoe, Jfctwnrtt, pu 46. — (4) Omrnp. litt., férrier 1778, t X, pp. 164-468 ; Mémoire de 23 février 1778, t. XI, p. 116.

et suivi et hué par les enfants (1). D'Argental, qui ne s'était pas trouvé chez lui, arriva rue de Beaune, un moment après, et annonça qu'on venait d'enterrer Le Kain. L'auteur d'Irène poussa un cri terrible : tremblait-il pour sa tragédie ou pour lui ? Il se remit, toutefois ; et, dès le lendemain, commença dans son cabinet le défilé de toute la France, qu'il reçut en robe de chambre et en bonnet de nuit. L'Académie lui fit une députation de trois de ses membres, M ar mon tel, Saint-Lambert et le prince de Beau^au (2). Les comédiens vinrent en corps, Bellecour à leur tète, et il leur dit : « Je ne peux désormais vivre que par vous et pour vous (3). » Dans la soirée, il lut ou plutôt hurla son Irène, et passa toute la nuit à en corriger les deux derniers actes. La Vestris étant venue le voir à son lever : « Madame, lui dit-il, j'ai été occupé de vous toute la nuit comme si je n'avais que vingt ans (4). » Et il distribua les rôles, après bien des négociations pour mettre le tripot d'accord.

Les visites, fiâtes ou reçues, recommencèrent. On s'étouffait à l'hôtel Villette, où se trouvaient jusqu'à 300 personnes à la fois (5). Voltaire faisait effort pour justifier sa réputation, et y perdait quelque chose de son esprit et de sa grâce. Les visiteurs travaillaient bien davantage à chercher quelque phrase ingénieuse pour l'offrir en tribut à l'idole, et s'en faire un titre d'honneur dans le Journal de Paris, qui tenait chaque jour registre de tous les mots remarquables (6). On voyait surtout les femmes s'agiter, rêver, se tourmenter pour placer un mot fin, et, le mot dit, elles sortaient persuadées qu'elles emportaient une portion de la gloire de Voltaire (7).

Toute l'Encyclopédie était là; tout le Parnasse aussi, du bourbier au sommet, et tout cela coassait en vers et en prose. Les

(i) Mémoires de Bachaumont du 12 février 1778, t. XI, p. 97.— (2) La Harpe, Corretp. M. , t. II, p. 202. — (3) Beltoeour sorti, quelqu'un ayant observé qu'il avait déclamé son compliment d'an ton fort pathétique : « Oui, dit Voltaire, nous avons bien joué la comédie l'un et r antre. » — (4) « Au moins ce n'a pas été sans rature, » ajouta Sophie Arnould; — car les courtisanes célèbres étaient admises aux audiences comme les princes et les philosophes^— (g) Madame du Deffand à Walpole, 12 février 1778. — (0) La Harpe, Cmtêtp. UH.% U U, p. 210.— (7) Madame de Geolb, Mémoères, t. IX, p. 183.

flatteurs délicats obtenaient un mot spirituel. «Vous avez si fort surpassé tous vos confrères en tout genre, lui dit Mercier, que vous surpasserez encore Fontenelle dans Fart de vivre longtemps. — Ah! Monsieur, lui fut-il répondu, Fontenelle était un Normand: il a trompé la nature. » Saint-Ange, le traducteur d'Ovide, fut moins adroit et moins heureux. « Aujourd'hui, avait-il dit, je ne suis venu voir qu'Homère ; un autre jour, je viendrai voir Euripide et Sophocle, et puis Tacite, et puis Lucien, etc. — Monsieur, je suis bien vieux, répondit Voltaire* si vous pouviez faire toutes ces visites en une fois (1) ! »

Il y eut les visites de marque, celle, par exemple, de madame du Barry, reine alors disgraciée, qui avait sollicité la faveur de venir saluer le nouveau roi (2) ; celle encore de Franklin, alors à Paris pour pousser la France dans une guerre impolitique. Voltaire lui parla en anglais. « Mon oncle, observa madame Denis, parlez donc français : on serait si heureux de vous entendre.— Ma nièce, répondit Voltaire, j'ai cédé un moment à la vanité de parler la même langue que M. Franklin. » Les deux patriarches s'embrassèrent en pleurant. Franklin présenta son fils, âgé de quinze ans, et demanda pour lui la bénédiction de Voltaire. Les mains étendues sur la tète du jeune homme, Voltaire s'écria : a Dieu et la liberté! » 11 voulut bien n'être pas jaloux de Franklin , qui partageait pourtant avec lui les acclamations de la foule. Dès qu'ils paraissaient en public l'un ou l'autre, les cris, les battements de mains ne finissaient plus. Les princes paraissaient, point de nouvelles ; Voltaire éternuait, Franklin disait : Dieu vous bénisse! et le train recommençait (3).

En dehors des réceptions à grand nombre ou à grand éclat, c'étaient madame Denis et madame de Villette qui tenaient le salon, pendant que le marquis et d'Argental faisaient l'office d'introducteurs des ambassadeurs auprès de sa majesté le roi Voltaire. A chaque arrivant, on avertissait le roi, retiré dans son cabinet.

(1) Orimm, Corresp. M., avril 1778, t. X, p. 205. — (2) Mémoire de Bachaomont du 22 février 4778, t. XI, p. 413. — (3) Madame d'Êpioay à l'abbé Galiani, 3 mai 1778; Mémoire*, t. III, p. 430.

II daignait sortir; on lui présentait les inconnus et les oubliés; il recevait le compliment, répondait un mot, et retournait à Irène.

Il y avait des protestations contre cette idolâtrie. Avec les petits vers à sa louange, Voltaire recevait par la poste force sa-r tires, lettres anonymes et pamphlets. Les complaisants tâchaient bien de tout arrêter à leur douane ; mais plusieurs arrivaient sous les yeux de la divinité et empoisonnaient son encens. Puis le clergé, le monde dévot, nombreux encore, faisait schisme, et cherchait môme à renverser ou à renvoyer l'idole. On compulsait les registres de la police et du parlement pour y trouver un titre de proscription. Mais il n'y avait jamais rien eu de formel contre Voltaire; et, quant à ses mauvais livres, comme il les avait toujours désavoués, il aurait fallu une instruction en règle, difficile et odieuse dans la circonstance, pour tourner contre sa personne les arrêts qui les avaient condamnés. L'archevêque de Paris s'était adressé au roi, et le roi, trop faible pour frapper un grand coup, avait répondu qu'on ne pouvait rejeter sur les chemins, en février, un vieillard de quatrevingt-quatre ans. Louis XVI se contenta de protester par son abstention contre le fatal enthousiasme de sa famille, et il ne mit pas le pied au théâtre. Le clergé, réduit à gémir, s'abstint plus complètement et ne parut plus à l'Académie (1).

Les visites et les hommages reprirent leur cours. Voltaire en rendit quelques-unes, principalement aux femmes, devant qui, même invité à se contenir, il ne pouvait enchaîner sa passion impie, et alors il perdait toute politesse et toute décence. Mais, tout en blessant, il était sûr d'être applaudi par ses fanatiques, prêts, eux aussi, à adorer jusqu'aux excréments du Grand- Lama. Un jour, qu'il visitait madame de Ségur, malade de l'estomac, il lui conseilla de manger des jaunes d'œufs délayés avec de la farine de pomme de terre et de l'eau. A ces mots, jaunes d'œufs, farine de pomme de terre,\an personnage présent »

(l) Madame do Deffand à Walpole, 8 mars 1778; L'Espion anglais : Journal du séjour de M. VoUaire à Parti, t. VIII, pp. 276 et suiv.; Mémoires de Bach au mont du 12 et du 28 février 1778, t XI, pp. 97 et 123.

s'écria tout transporté : « Quel homme 1 quel homme! pas un mot sans un trait (1) ! »

Toutefois, l'opposition du clergé, les efforts de plusieurs prêtres pour pénétrer jusqu'à Voltaire dans l'espoir de le convertir, tout cela lui donnait à penser. La garde qui veillait aux barrières du Louvre de l'impiété écartait toute visite sacerdotale. Un prêtre pourtant vint à bout, sous un déguisement quelconque, de forcer la consigne, et, arrivé jusqu'au lit de Voltaire, il se jeta à genoux, et le conjura de se confesser. Wagnière, Grimm et les amis en ont lait une scène grotesque (2) ; mais le vieux malade fut frappé. En même temps, il recevait des offres de service de la part d'un abbé Gaultier, ancien jésuite, ancien curé en Normandie, et alors aumônier des Incurables, qui, à-ce titre, regardait le vieil impie comme de son domaine (3). Le 20 février, il lui écrivit pour lui rappeler la pensée du souverain juge et lui demander un entretien : Voltaire ayant agréé sa visite, il l'alla voir dès le lendemain. Après avoir accordé deux ou trois minutes seulement à une nombreuse assemblée, Voltaire prit l'abbé par la main, le conduisit dans sa chambre, le fit asseoir auprès de [lui, et lui demanda ce qu'il avait à dire. L'aumônier répondit qu'il voulait entreprendre sur lui la même cure qu'il venait d'opérer avec succès sur un impur chansonnier, le vieil abbé de Lattaignant, et qu'il se mettait à sa disposition. Enchanté d'apprendre que l'abbé était venu de lui-même, et non de la part de l'archevêque ou du curé de Saint-Sulpice, Voltaire lui fit, à son tour, ses offres de service ; mais l'abbé réclamant une autre récompense de sa démarche : « J'aime Dieu, » répondit-il — « L'amour qui n'agit point, est-ce un amour sincère ? » répliqua l'abbé à la façon de Joad ; et il fut interrompu par un émissaire de la secte, qui, redoutant une un chrétienne à ce long entretien,

(1) Ségur, Mémoires, t. I, p. 175. — (2) Wagnière , t. I, p. 121; Grimm, Corresp. litt., février 1778', t. X, p. 171; Corresp. secrète, t VI, p. 61. — (3) Mémoire de l'abbé Gaultier à l'archevêque de Paris, concernant tout ee0 qui s'est passé à la mort de Voltaire , dans le P. Hirel , Recueil des particularités curieuses de la vie et de la mort de Voltaire, p. 93, on dans Chaudoa, Mémoires sur Voltaire, 2« partie, p. 19»

entra et dit : « M. l'abbé, finissez donc! vous voyez que M. de Voltaire vomit le sang, et qu'il n'est pas en état de parler. — Eh ! Monsieur, interrompit Voltaire assez vivement, laissezmoi, je vous prie, avec M. l'abbé Gaultier, mon ami ; il ne me flatte pas. » Madame Denis vint à son tour, et dit avec plus de douceur : « Mon oncle doit être bien fatigué ; je vous prie de remettre la partie à un autre instant. » Et l'abbé se leva, après avoir demandé et obtenu la permission de revenir. En sortant, il dit à Voltaire : « Je ferai tous les jours mémoire de vous au saint sacrifice de la messe. — Merci, » répondit Voltaire avec un attendrissement feint. Et sur le seuil de la porte : « Adieu, Monsieur de Voltaire, comptez que vous n'avez pas de meilleur ami que moi dans ce monde. »

iïL'abbé parti, Wagnière demanda à son maître : c En avez-vous été content? » Et Voltaire répondit : t C'est un bon imbécile ! »

Le lendemain, il manda chez lui les comédiens, ses vrais aumôniers, et leur fit répéter Irène. Mécontent de leur jeu, il s'emporta : « Eh! f.., dit-il à laVestris, c'est bien la peine de vous faire des vers de six pieds, pour que vous en mangiez trois. » Il les fit recommencer, et, toujours mécontent, il se mit à déclamer, avec effort et colère, sa tragédie, dont il remplit, pour donner le ton à chacun, successivement tous les rôles. Cette séance l'accabla. Le 25, dictant de son lit à Wagnière, il toussa et eut une violente hémorragie. Le médecin et le prêtre furent aussitôt mandés.

Le médecin était Tronchin , que Voltaire avait contribué à faire partir pour Paris, comme s'il eût eu le pressentiment qu'il y aurait un jour besoin de lui. Tronchin s'était longtemps gardé de Voltaire en le tenant en respect par la poltonnerie. En 1766, la rétrocession des Délices , sur laquelle Voltaire , suivant son usage, s'était plaint vivement d'avoir perdu beaucoup, quoiqu'il y eût, dit-on, gagné, avait jeté entre eux un premier refroidissement. Bientôt, le rôle joué par Voltaire, contre la parole donnée à Tronchin , dans les troubles de Genève , avait achevé de les brouiller, et Tronchin , voyant son parti ruiné, avait accepté les propositions du duc d'Orléans, et quitté

Genève pour toujours (1). Après avoir joué Etculapt, Apollon Tavait encore raillé dans sa Guerre de Genèze , où il le montrait montant en carrosse pour

aller dan Paris Prendre aoo rang parmi les beaux esprits.

Aussi, arrivant lui-même à Paris, il avait en grand* peur qu'Esculape ne lui eût gardé rancune et refusât de le voir. Au débotté, il lui avait écrit une lettre parfumée d'encens, dans laquelle il lui jurait une estime et une amitié éternelle. Tronchin Tétant allé voir : « Vous avez été, lui avait-il dit , mon sauveur à Ferney ; soyez ici mon ange tutélaire. Je n'ai plus qu'un souffle de vie ; je viens le rendre dans vos bras. » Et il avait fondu en larmes.

Tronchin accourut en hâte, le 25 février, et arrêta l'hémorragie; mais, pendant plusieurs jours, Voltaire, ne pouvant s'astreindre à la solitude et au repos qui lui étaient prescrits , continua de cracher du sang.

Dans l'intervalle du 21 au 25 , l'abbé Gaultier et lui avaient pris leurs instructions. L'abbé était allé rendre compte de sa visite à l'archevêque et au curé de Saint-Sulpice, Faydit de Tersac, et avait fait régler la conduite qu'il devait tenir dans le cas où le vieux malade aurait recours à son ministère. De son côté , Voltaire avait consulté Dalembert, qui lui avait répondu : « Faites , en cette circonstance , comme tous les philosophes qui vous ont précédé, et qui

Ont reçu ce que vous savez Avec beaucoup de révérence.

— t Je pense de même , avait répliqué Voltaire, car il ne faut pas être jeté à la voirie , comme j'y ai vu jeter la pauvre Lecouvreur. » Il avait beaucoup de répugnance pour cette sorte d'enterrement (2).

C'est pourquoi , le 25 , il ordonna aussitôt à son Wagnière

(1) Sayous, U XVIII* iUcU à l 'étranger, t. II, p. 506 ; lettres de Voltaire à Damilavflle et à Plorian du 3 avril 17G7. — (2) Dalembert à Frédéric, t*' juillet 1778.

MORT DE VOLTAIKE 597

d'écrire à l'abbé Gaultier de le venir voir, ne voulant pas, répéta-t-il , être jeté à la voirie. Wagnière a prétendu qu'il fit semblant d'envoyer la lettre , afin qu'on ne dit pas que son maître avait montré de la faiblesse, et qu'il l'assura qu'on n'avait pu trouver l'abbé ; sur quoi le maître aurait dit aux personnes qui l'entouraient : « Au moins, Messieurs, vous serez témoins que j'ai demandé à remplir ce qu'on appelle ici ses devoirs. »

Mais il existe un billet du 26 février, signé Voltaire, invitant l'abbé Gaultier à venir l'entendre suivant sa promesse; et un autre du lendemain matin , signé Denis , pressant la venue de l'abbé, qui n'avait pu se rendre à l'invitation de la veille, reçue seulement à neuf heures du soir. Le 27 au matin , l'abbé se rendit à l'hôtel Villette, et ne put, ce jour-là , parler qu'à madame Denis , qui lui dit que son oncle, pressé par le Curé de Saint-Sulpice de ne pas différer sa confession, avait répondu qu'il avait mis toute sa confiance en un ami, l'abbé Gaultier. L'abbé alla encore rendre compte de sa conduite au curé et s'entendre avec lui.

Le lendemain, 28, Voltaire, pressentant bien la rétractation préalable qui lui serait demandée , voulut en détruire l'effet d'avance par cette déclaration, qu'il écrivit et signa de sa main, et qu'il remit à Wagnière : « Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis , en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition. »

Le 2 mars, à la nouvelle d'un second vomissement de sang, l'abbé courut chez Voltaire, et fut admis. Le matin, Voltaire avait dit en riant à Dalembert , qui l'invitait à se taire : « Il faut bien que je parle bon gré mal gré; comme mon Henri IV, c'est aujourd'hui que je fais le saut périlleux. » A la vue de l'abbé : « Ne l'effrayez pas, » dirent les uns ; « ne le négligez pas, » aurait dit Richelieu, et ce mot honorerait le vieux roué. L'abbé introduit dans la chambre, Voltaire le prit par la main, et le pria de le confesser. « Volontiers, répondit l'abbé, et j'ai pleins pouvoirs, à cet effet, du curé de Saint-Sulpice, dont vous êtes le paroissien ; mais, avant d'en venir là, il faut une rétractation. II. 38

— Monsieur l'abbé, je vais vous en écrire une moi-même, dont vous serez content. Qu'on me donne de quoi écrire! » Vagnière, qui avait tout entendu, obéit malgré lui. Gomme il restait dans la chambre, avec l'abbé Mignot et le marquis de Villevieille : « Qu'on se retire, ajouta Voltaire, et qu'on me laisse seul avec M. l'abbé Gaultier, mon ami. » On se retira, et il écrivit une rétractation, par laquelle il déclarait que < n'ayant pu se traîner à l'église, et le curé de Saint-Sulpice ayant bien voulu ajouter à ses bonnes œuvres celle de lui envoyer l'abbé Gaultier, il s'était confessé à ce prêtre ; et que si Dieu disposait de lui, il mourait dans la religion catholique où il était né, espérant de la miséricorde divine qu'elle daignerait pardonner toutes ses fautes, et que s'il avait jamais scandalisé l'Église, il en demandait pardon à Dieu et à elle. » Il signa, fit rentrer Mignot et Villevieille, leur lut la déclaration, et la leur fit signer comme témoins. Après quoi, il écrivit encore : « M. l'abbé Gaultier m'ayant averti qu'on disait dans un certain monde que je protesterais contre tout ce que je ferais à la mort, je déclare que je n'ai jamais tenu ce propos, et que c'est une ancienne plaisanterie attribuée très-faussement dès longtemps à plusieurs savants plus éclairés que Voltaire. »

Voltaire remit le tout & l'abbé, avec un billet de six cents livres pour les pauvres de Saint-Sulpice, payables seulement après sa mort, et il lui dit : « Vous allez sans doute, Monsieur l'abbé, insérer cette rétractation dans les journaux ? Je ne m'y oppose pas. — Rien ne presse, répondit l'abbé. — Au moins, en êtes-vous content? — Elle ne me parait pas assez explicite. Du reste, j'en conférerai avec qui de droit. » Et l'abbé se retira.

Voilà tout ce qui s'est passé dans, cette première phase de la maladie de Voltaire. Quoique tous les historiens aient répété, sur la foi du billet de confession que Voltaire s'était donné luimême d'avance, qu'il s'était confessé, il ne se confessa pas. L'abbé Gaultier, suivant ses instructions, avait exigé, avant de l'entendre, une rétractation préalable. C'est dans cette pièce que Voltaire se glissa le certificat d'une confession qu'il n'avait point faite encore, bien résolu, après s'être ainsi mis en mesure, à

s'en tenir là. L'abbé Gaultier, trouvant lui-même la déclaration insuffisante, ne la prit que sous réserve du jugement de ses supérieurs, et ne passa pas outre. Il est donc faux ce qu'ont raconté Wagnière et Dalembert (1), que le prêtre offrit au malade de lui donner la communion séance tenante, et que le malade répondit : < Monsieur l'abbé, faites attention que je crache le sang, et que je pourrais bien par malheur cracher celui de Dieu. » Il y a bien assez d'ignominies sur le compte de Voltaire, sans qu'on en augmente le nombre à plaisir. C'était trop des confessions fictives et des communions sacrilèges de Golmar et de Perney, et Dieu ne permit pas que son vieil ennemi chargeât sa conscience du poids de nouvelles profanations. Du 2 mars au 30 mai, aucun prêtre fidèle ne fut admis auprès de Voltaire, et le 30 mai il était trop tard !

L'archevêque et le curé de Saint-Sulpice n'ayant pas approuvé non plus la rétractation du 2 mars, l'abbé Gaultier, le lendemain, retourna à l'hôtel Villette pour en demander une moins équivoque et plus détaillée, mais on lui refusa la porte. Il vit bien d'où partait le coup, car, la veille, Dalembert, Diderot et Marmontel lui avaient assez témoigné le mécontentement que leur causait sa présence. Il se représenta chaque matin, et toujours vainement. Deux fois, le 13 et le 30 mars, il adressa une lettre touchante au malade, qui ne répondit qu'à la première, et il cessa de retourner chez lui.

Dans son billet du 15 mars, Voltaire disait que le maître de la maison avait ordonné à son Suisse de ne laisser entrer aucun ecclésiastique que le curé de Saint-Sulpice. Quoi qu'on en ait dit encore, le curé ne parait pas avoir pénétré auprès du malade avant le 30 mai. Il demanda bien, lui aussi, à le voir, dans le dessein de lui arracher une rétractation plus complète; mais, pour éluder toute explication, Voltaire lui répondit, le 4 mars, « qu'un subalterne suffisait auprès d'un simple passager; que, regardant le curé comme un homme du premier ordre de l'État, qui soulageait les pauvres en apôtre, et les faisait travailler en ministre; que, considérant ce qu'il devait à sa nais-

(1) Wagnière, t. I, p. 432; Dalembert à Frédéric, 1" juillet 1778.

sancc, à son ministère et à son mérite , il n'avait pas osé s'adresser au général, et s'était contenté de lui demander un soldat ; qu'il le priait de lui pardonner l'importunité d'une lettre qui n'exigeait pas l'embarras d'une réponse. » Il redoutait une nouvelle démarche du curé de Saint-Sulpice. Le curé, néanmoins, répondit à l'instant, et par le même commissionnaire, que tous ses paroissiens avaient droit à ses soins, mais qu'un homme comme M. de Voltaire était digne de toute sa sollicitude pastorale; et il lui demandait une permission d'aller l'entretenir, qui ne fut pas accordée.

Wagnière et la plupart des nouvellistes du temps ont avancé à cette occasion que tous les prêtres, dans l'espoir de tirer bon parti d'une si riche proie , faisaient la chasse à Voltaire, comme Voltaire avait fait la chasse aux prêtres; qu'entre le curé de Saint-Sulpice et l'aumônier des Incurables, il y eut jalousie de métier, et que le général, comme disait Voltaire, chercha à ressaisir le poste d'honneur que le simple soldat avait occupé le premier. Non, les prêtres laissaient l'hypocrisie à Voltaire et à ceux qui l'entouraient ; pour eux, ils s'inspiraient de leur seule foi, de leur seule charité, et ils s'obstinaient à espérer contre toute espérance. Quant au curé et à l'aumônier, tout le récit précédent prouve qu'il y avait entre eux entente parfaite, et non jalousie, et qu'ils n'agirent que de concert.

Muni du bon billet qu'il s'était signé, Voltaire congédia la prêtr aille; mais il ne se débarrassa pas aussi aisément des amis qui lui faisaient honte de sa faiblesse. Wagnière prétend qu'ils eurent « la lâcheté » d'approuver sa conduite , et il est certain que Dalembert le laissa faire, et que madame du Deffand l'excusa (1); mais il résulte de tous les mémoires du temps qu'il eut un compte sévère à rendre auprès de la plupart des philosophes. D'abord il chercha à foire croire qu'il s'était confessé, et il l'apprenait lui-même à tous ses visiteurs pour que la nouvelle en parvint à la cour. Ainsi fit-il au docteur Lorry, que lesVillette avaient voulu adjoindre à Tronchin; et, comme le

(1) A Walpole, 8 mare 1778.

docteur, aussi mécréant que le protestant Tronchin était religieux, répondait par un sourire de pitié : « Vous me croyez donc bien impie! » lui dit-il; à quoi le docteur répliqua heureusement :

Vous craignes qu'on l'ignore, et vous en faites gloire 1

« Je ne veux pas, continua Voltaire, qu'on jette mon corps à la voirie. • C'était alors son refrain et sa grande terreur ; et il disait encore : « Si j'étais sur les bords du Gange, je voudrais mourir une queue de vache à la main. » Tout cela pour se débarrasser des railleries de la secte ; mais il s'exprimait avec un peu moins de mépris quand il espérait que ses paroles arriveraient en haut lieu. Le jour même de sa confession prétendue, La Harpe étant allé le voir de la part de l'Académie, et lui dire qu'on avait arrêté et mis sur les registres, que, tant que sa maladie durerait, on enverrait à toutes les séances savoir de ses nouvelles : « Hélas ! répondit-il , je n'ai pas cru pouvoir mieux reconnaître les bontés de l'Académie qu'en remplissant tous mes devoirs de chrétien, atin d'être enterré en terre sainte, et d'avoir un service aux Cordeliers, » — qu'il n'aura pas ! Mais lorsqu'il vit que la comédie, sans faire aucun effet à la cour, réussissait encore moins à la ville, il prit de l'humeur et se fâcha. Il parla d'aller cacher sa honte à Ferney : « Dès que je pourrai être transporté, dit-il, je m'en vais; cette prêtraille, qui m'assomme ici, ne me poursuivra pas jusque-là (1). »

Page 1