‹ Voltaire, sa vie et ses œuvresChapitre 11 sur 40 · ORIGINE DE LA FORTUNE DE VOLTAIRE. — TRIPOTAGES FINANCIERS · texte numérisé non relu

ORIGINE DE LA FORTUNE DE VOLTAIRE. — TRIPOTAGES FINANCIERS

Mais bientôt ii put se tirer de la griffe de ces bêtes foirouches. Quoique les droits des auteurs dramatiques fussent peu de chose •à cette époque, le succès à'Œdipe lui valut quelque argent Puis vint la gratification ou la pension du duc d'Orléans. Tout son bien d'alors, ou du moins une bonne partie de son bien, il le mit dans la compagnie des Indes (1). Ce bien ne lui pouvait venir des seules sources que nous venons d'indiquer. On a conjecturé qu'il avait pQur origine des services po^iqoes rendus aux financiers, poursuiyis alors dans leurs malversations. En 1716, Adrien de Noailles» chef du conseil des finances, avait établi ccmtre eux une chambre de justice, qui leur avait tait rendre goiige pour une somme de deux cent vingt millions (2). C'est alors que courut anonyme l'ode si maltraitée par Rousseau dans sa lettre à Brossette du 19 mars 1717. Suivant Maurepas (3), elle avait été commandée par Hércm et Paris, receveurs des finances de Champagne. Or, Voltaire étant lié avec ce Paris, l'un des quatre frèrfâ auxquels il devra sa fortune, on la lui attribua, et personne ne doute aujourd'hui qu'il n'en soit l'auteur (4). Cette sortie violente contre un « tribuAal infâme » était un yrai service rendu aux gens de finances, et il en dut être bien payé (8).

VoUà l'origine probable du bien dont il mit une bonne partie dans la compagnie des Indes. Mais, en 1719, il voulut entrer dans une compagnie nouvelle, qui allait établir une caisse de juifrerie. H entrait dans cette compagnie sans bourse délier.

(0 A M«« de Beroîêres, 1749, Recueil de 4856, t. I, p. 2. — (2) Histotre du Parlement, ch. LX; — Œuvres, t. XXII, p. 289, et Mélanges, Œuvres, t. L, p. 45. — (3) Mémoires, t. I, p. 450. — (4) La voir, Œuvres, t. XII, p. 444. — (5) Cette conjecture est de M. Desaoiresterres, dans ses Etapes de Voltaire; — JRetme des Provinces, •

Piar la pmCectioii de Rididteà, que la dodiessé de Beny, après Mademoiselle de Valois, avait feit revoir en quelque crédi^ auprès du Régent, il était établi l'intermédiaire obligé dans une affiûre de gabelles, n écritait de Yilkrs à la Présidente de Bernières : « On m'a écrit que M. le Régent a d<mné sa parole, et ocxnme j'ai celle de la personne (Richelieu) qui l'a obtenue du B^nt, je ne crains point qu'on se sarfe d'un autre canal que le mi^i ; je peux même tous assurer que, si je pensais qu'ils eussent dessein de s'adressar à d'autres, un peu de crédit auprès de certaines pers(»mes serait assez fort pour foiire échouer leur entreprise. » Aussi se moque-t-il, tant il est sûr de son fiût» de l'empressement des intéressés, qui disaient dépendre le succès de l'affaire de sa prmnpte arrivée à Paris. Il prendra scm temps. De Paris, toutefois, il ira sur-le-diamp à Versailles, d'où il ne partira qu'après avcnr consommé l'affaire, ou l'avoir entièrooient manquée. « Vous me mandez, ajoute-t-il, que, si je ne suis pas à Paris aujourd'hui jeudi, la chose est manquée pour moi. Dites à vos messieurs qu'elle ne sera manquée que pour eux, que c'est à moi qu'on a promis le privilège, et que, quand je l'aurai une fois, je choisirai la compagnie qui me plaira. » n est si plein de confiance et de sécurité, que, résolu d'abord à partir le lendemain de Villars, il se détermine, s'y trouvant bien, à y rester encore une semaine : « Messieurs des gabelles peuvent bien retarder leur affaire de huit jours. » Mais, d'^rës cette lettre, il y avait une autre affaire en négociation, plus grosse que l'afijaiire des gabelles, et pour laqudUe son patron Richelieu avait encore la parole réitérée du Régent Nous ne savons quelle était cette affadre, car il y a nécessairement de l'obscurité dans ces honteuses manipulations des finances de l'État n paraît en avoir attendu tranquillement la conclusion à Villars, d'où il écrivit encore à madame de Dernières : « Je vous déclare d'avance que je veux avoir un pot-de-vin de cette belle affaire, qui sera, s'il vous platt, un bon souper avec Milord Bolingbroke et M. de Maisons, dans votre nouveau palais. » n n'est pas douteux que ce pot-de-vin ne lui ait été payé en espèce!^ plus sonnantes et plus solides que les verres d'un souper

chez madame de Bemières. Mais impossible de rien préciser, la correspondance ne disant plus mot sur ce sujet (1).

Notons seulement la fierté, le crédit de Voltaire au sortir presque de la Bastille. Notons encore son peu de scrupule à s'immiscer dans des tripotages d'affaires qui, bien que trop en usage à cette époque, devaient avoir déjà quelque chose àe honteux, et déshonoreraient aujourd'hui tout homme de lettres. Il n'eut jamais de scrupule ou d'hésitation que devant les combinaisons dangereuses. C'est ainsi que, malgré son désir de s'enrichir, il ne se laissa pas entraîner dans le tourbillon du^y^tèmey qu'il traita toujours de folie (2). Bien lui en prit, et s'il dut céder une plume de son aile à un vautour de la troupe Lav^r, au financier André, il sut toujours préserver le gros de sa fortime.

Voilà le premier chapitre de Voltaire financier. On a vu ce que la succession paternelle a pu ajouter à tous ces gains, plus oii moins licites. Nous suivrons, dans le cours des années, Taccroissement de cette prodigieuse fortune.

Notons enfin, pour mémoire, — car il y faudra revenir, — qu'avec des affaires Voltaire menait de front plaisirs, poëmes et tragédies.

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