VOLTAIRE ET LA MARQUISE A LA COUR DE STANISLAS
le vieux Crébillon, auteur dramatique qu'on venait de retrouver après l'avoir laissé longtemps dans l'oubli. Celui-là soutint le combat pied à pied avec son adversaire, en reprenant pour son compte les sujetsde plusieurs pièces deCrébillon. A la cour, cela ne pouvait pas lui servir, et le public n'y vit que de l'envie ; parfois aussi cette gageure, soutenue très -vivement aux représentations par le zèle des adhérents des deux partis, ne fut pas poursuivie par Voltaire sans animosité.
En de telles circonstances, il était très à propos qu'on fût déjà dans des rapports amicaux avec une cour du voisinage, plus petite à la vérité, mais où l'on pouvait se rendre de temps en temps au lieu d'aller à Paris ou à Versailles. Par la position de Cirey non loin de la frontière de Lor^ raine, des relations s'étaient nouées avec l'ancien roi de Pologne, Stanislas Leczinski, à qui la paix de Vienne avait donné, sa vie durant, les duchés de Lorraine et de Bar. Stanislas, à la vérité, était dévot et se laissait diriger par les jésuites; mais c'était aussi un homme du monde et assez ami de la société pour ne pas se priver de l'animation qu'un couple comme Voltaire, qu'il avait connu à Versailles, et la marquise, liée avec son amie, la marquise de Boufflers, promettait d'apporter à sa cour quelque peu monotone. Tous deux furent donc, à différentes reprises, les hôtes bienvenus du roi, tantôt à sa résidence de Lunéville, tantôt en d'autres lieux de la Lorraine, surtout au château de plaisance de Commercy, à la grande inquiétude de sa flUe, la reine de France , qui , plus dévote encore que son père , s'il était possible, craignait l'influence d'une société aussi libre d'esprit pour le salut de ce dernier. Là, comme à Cirey, Voltaire