‹ Voltaire: six conférencesChapitre 111 sur 257 · FRÉDÉRIC DÉSIRE POSSÉDER VOLTAIRE PRES DE LUI · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC DÉSIRE POSSÉDER VOLTAIRE PRES DE LUI

du grand écrivain. Il était allé jusqu'à recommander à son confident, le comte Rothenbourg, alors à Paris, de faire connaître à Tévêque de Mirepoix les sorties railleuses que Voltaire s'était permises dans ses lettres à Frédéric contre cet homme puissant. Il voulait, comme il le reconnaît franchement, lui créer tellement d'embarras en France, qu'il ne lui restât plus qu'à se rendre à Berlin. Toutefois ce n'était pas ce trait du roi, étranger d'ailleurs au caractère de l'auteur de Y A^itimachiavel et qui ne resta pas longtemps un secret pour Voltaire, qui l'empêchait alors de se rendre à l'invitation royale. Il ne voulait pas quitter la marquise et ne pouvait l'emmener en Prusse. Elle était liée à la France par toutes ses relations, et ne l'eùt-elle pas été que Frédéric laissait clairement deviner qu'il ne voulait pas en entendre parler. Elle-même était, nous le savons, assez indisposée contre ces voyages de son ami à Berlin, qui amenaient chaque fois de longues séparations; elle ne trouvait rien « de si lâche et de si abominable dans le monde que de se séparer d'une femme pour aller chercher un monarque. » Maintenant elle n'était plus ; et de ce côté Voltaire n'était pas seulement libre, mais délaissé, privé d'un centre d'affection, d'une résidence consacrés par une longue habitude. Ou aller? telle était la question, et l'asile le plus caché lui paraissait le plus convenable. Le savant Dom Calmet, abbé des bénédictins à Senones, dans les Vosges, avait été à Cirey un hôte trèschoyé, et avait même publié un ouvrage de généalogie sur la famille du Châtelet. La première pensée de Voltaire, après la perte irréparable de son amie, fut de se retirer quelque temps près de lui, dans le silence du cloître. La

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seconde dut être si un genre de vie auquel il était aussi étranger ne lui deviendrait pas insupportable à la longue, et il songea à un séjour d'un caractère tout opposé, près de son ami lord Brolingbroke, en Angleterre; il lui écrivit en effet dans ce sens. Tout d'abord il se rendit de Lunéville à Cirey, pour faire transporter à Paris les nombreux objets, livres, instruments, tableaux et marbres qu'il y avait installés. Là , il avait auparavant habité la même maison que le marquis et la marquise; après la mort de son épouse, le marquis renonça à ce logement de ville : alors Voltaire loua pour lui toute la maison, et chargea une nièce, qu'il avait appelée dans ce but, de veiller au ménage.

Nous nous souvenons que Voltaire, outre son frère, avait eu aussi une sœur, et que celle-ci avait laissé d'un certain Mignot un fils et deux fiUes. Ces dernières, dotées par leur oncle, s'étaient mariées, la plus jeune, Elisabeth, avec un monsieur de Fontaine-Hornoy (plus tard avec un monsieur de Florian) ; l'aînée , Louise , avec un commissaire de la guerre, Denis. Voltaire l'appela près de lui, et elle vint très-volontiers, dit Longchamp dans ses mémoires; car elle a toujours montré du goût pour la représentation, la grande compagnie et tous les plaisirs du monde. Longchamp la connaissait à fond, aussi bien que ses deux successeurs dans les fonctions de secrétaires de Voltaire , et comme ils s'accordent dans l'éloge de l'oncle, ils s'accordent dans leur antipathie pour la nièce, que CoUini seul dissimule par indulgence. Elle en chassa deux, bien que pour l'un, comme nous le savons, il y eût de sa faute, delà maison de Voltaire, et après la mort de celui-ci récompensa l'autre par une misérable ingratitude. Voltaire ré-

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