LA COUR DE FRANCE NE LUI OFFRE AUCUNE ESPERANCE
établir une scène dans un vaste local pour la société. On essaya d'abord le Mahomet, toutes portes closes; mais on les ouvrit à un public choisi pour la Rome sauvée, et à la seconde représentation , le poëte lui-même tint le rôle de Cicéron. En peu de temps le théâtre privé de Voltaire devient la conversation de la ville et de la cour ; chacun s'efforce d'obtenir des cartes d'entrée ; effrayés, les acteurs du Théâtre-Français envoient une députation pour conclure la paix, et au bout de deux ans le jeune orfèvre est à leur tête sous le nom fameux de Le Kain.
Revenu ainsi à l'activité et retrouvant son amour du théâtre, Voltaire dirigea de nouveau ses yeux vers Versailles et la cour, dont la faveur lui était un besoin. Le zèle pour se la conquérir ne lui avait pas fait défaut dans les derniers temps. Il avait écrit l'histoire de la guerre de 1741, autant que possible dans l'esprit d'un historiographe de cour; il avait composé un éloge de Louis XV et un même de saint Louis. La Pompadour était toujours bien disposée pour lui, et avait même, par son jeu dans le rôle d'Alzire, sur le théâtre particulier de la cour, conquis pour le poëte une parole d'applaudissement du roi. Mais il était antipathique à la reine, comme esprit libre et séducteur supposé de son père, et aussi comme flatteur de la maitresse de son époux; les courtisans craignaient son désir peu dissimulé de se faire l'arbitre de ce théâtre du palais ; tandis que le roi, abstraction faite de la question religieuse, éprouvait de l'éloignement pour cette nature remuante et envahissante. Il s'aliéna la favorite elle-même par un impromptu où il relevait sur un ton par trop familier une faute contre le beau langage; elle ne pouvait soutenir un