‹ Voltaire: six conférencesChapitre 116 sur 257 · FRÉDÉRIC A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC A VOLTAIRE

Le 10 juillet 1750 Voltaire arriva à Potsdâm, et Frédéric fît dès lors tout ce qu'il put pour amener son hôte, si longtemps désiré, à se fixer près de lui pour toujours. Ses amis de Paris Ten dissuadaient ; sa nièce surtout, que la vanité et la soif du plaisir attachaient à Paris, mettait en œuvre tout ce qui pouvait faire reculer son oncle devant une démarche qui menaçait de la mener dans le triste Berlin. Elle lui mettait devant les yeux toutes les objections ; lui, non sans intention, communiquait ces lettres à son royal admirateur. Celui-ci écrivit 'alors à Voltaire cette lettre fameuse, qui put enfin avoir raison de toutes ses hésitations : « Non, mon cher Voltaire, écrivait Frédéric, si je pouvais prévoir que votre transplantation put tourner le moins du monde à votre désavantage, je serais le premier à vous en dissuader. Oui , je préférerais votre bonheur au plaisir extrême que j'ai de vous voir. Mais vous êtes philosophe, je le suis de même : qu'y a-t-il de plus naturel , de plus simple et de plus dans l'ordre, que des philosophes faits pour vivre ensemble, réunis par la même étude, par le même goût et par une façon de penser semblable, se donnant cette même satisfaction? Je vous respecte comme mon maître en éloquence et en savoir ; je vous aime comme un ami vertueux. Quel esclavage, — ceci a trait aux avertissements de Paris , — quel changement , quel inconstance de fortune y a-t-il à craindre dans un pays où l'on vous estime autant que dans votre patrie, et chez un ami qui a le cœur reconnaissant? Je n'ai point la folle présomption de croire que Berlin vaut Paris. Si les richesses, la grandeur et la magnificence font une ville aimable, nous le cédons à Paris. Si le bon goût, peut-être plus générale-

Page 1