SITUATION DE VOLTAIRE
ment répandu, se trouve dans un endroit du monde, je sais et je conviens que c'est à Paris. Mais vous, ne portez-vous pas ce goût partout où vous êtes? Nous avons des organes qui nous suffisent pour vous applaudir , et en fait de sentiment, nous ne le cédons à aucun pays du monde. J'ai respecté l'amitié qui vous liait à M"»® du Châtelet, mais, après elle, j'étais un de vos plus anciens amis. Quoi! parce que vous vous retirez dans ma maison , il sera dit que cette maison devient une prison pour vous î Quoi ! parce que je suis votre ami, je serais votre tyran? Je vous avoue que je n'entends pas cette logique- là, que je suis fermement persuadé que vous serez fort heureux ici tant que je vivrai, que vous serez regardé comme le père des lettres et des gens de goût ; et vous trouverez en moi toutes les consolations qu'un homme de votre mérite peut attendre de quelqu'un qui l'estime. » A cette lettre, le roi joignit la clef de chambellan, la croix de l'ordre du Mérite, avec une pension de vingt mille livres, le logement, la table et un équipage. « Enfin, écrit Voltaire vers la fin du mois, de Potsdam à d'Argental, enfin, me voici dans ce séjour autrefois sauvage et qui est aujourd'hui aussi embelli par les arts qu'ennobli par la gloire. Cent cinquante mille soldats victorieux, point de procureurs, opéra, comédie, philosophie, poésie, un héros philosophe et poëte, grandeur et grâces, grenadiers et muses, trompettes et violons, repas de Platon, société et liberté ! Qui le croirait? Tout cela pourtant est très- vrai. » Et sa fonction? « Ma fonction, écrit-il en octobre à sa nièce, est de ne rien faire. Je jouis de mon loisir ; je donne une heure par jour au roi de Prusse pour arrondir un peu ses ouvrages de prose et de