‹ Voltaire: six conférencesChapitre 124 sur 257 · VOLTAIRE SPÉCULE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE SPÉCULE

pour découvrir une bonne affaire. Il suivait les événements du temps, non-seulement avec Tiptérêt de Thistorien, mais avec celui du financier. De ce côté, un article du traité de Dresde, conclu en 1745, n'avait pas échappé à son attention. Les sujets prussiens qui avaient entre les mains des effets d'une banque saxonne, la steuer, devaient être payés de leur créance, capital et intérêts, par le trésor de Saxe dans des délais marqués sur le bon. Il y avait là une mauvaise combinaison, et naturellement la spéculation s'en empara; les sujets prussiens achetèrent à bas prix les effets des Saxons, qui ne jouissaient pas d'un tel avantage, pour en recevoir le montant intégral par la caisse saxonne. Toutefois, le roi Frédéric, qui ne l'avait pas entendu ainsi, avait déjà depuis deux ans défendu à ses sujets d'acheter à l'avenir de ces effets, et il convenait à un ami et à un favori moins qu'à tout autre de transgresser cette défense. Mais elle était si facile à éluder ! Le juif berlinois Abraham Hirschel avait livré la parure de brillants avec laquelle Voltaire avait joué le rôle de Cicéron dans sa Rome sauvée y au chiteau de Potsdam. Cicéron donna à ce même homme de l'argent et des lettres de change pour lui acheter à Dresde des fourrures et des bijoux — c'est-à-dire des effets saxons — pour 35 louis d'or — c'est-à-dire avec 35 pour 100 de perte pour le vendeur, ou à 65 pour 100. Le juif part, mais écrit de Dresde qu'on ne peut les avoir qu'à soixante -dix. Bien, qu'il achète! Le lendemain le juif écrit à nouveau qu'ils sont montés à soixante-quinze. Cela n'était pas clair, et là Voltaire avait raison ; mais Hirschel prétendit qu'un concurrent, le juif Ephraïm, avait pendant son absence excité la

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