‹ Voltaire: six conférencesChapitre 126 sur 257 · PROCÈS · texte numérisé non relu

PROCÈS

conclue; et cette accusation a pour elle les apparences. Le tribunal demanda à Voltaire, dans le cas où il voudrait revenir sur le marché, le serment qu'il n'avait rien changé à l'original; un membre prétendit même qu'on ne devait pas lui permettre un tel serment, qui serait probablement un parjure. Voltaire se déclara prêt à jurer; mais il préféra auparavant, le 26 février 1751, conclure un accord avec le juif, dont le résultat fut que Voltaire reprit sa lettre de change, le juif ses bijoux, à l'exception de quelques-uns, contre lesquels il dut payer à Voltaire une somme de mille thalers moins considérable que celle demandée par celui-ci. La victoire remportée par Voltaire dans ce procès fut donc plus apparente que réelle, et pour ce qui regarde l'accord final, on lui ferait difficilement tort en jugeant qu'il n'eût pas accepté la perte de mille thalers, s'il se fût senti la conscience tout à fait nette.

A Berlin la chose fit naturellement un scandale énorme. Les ennemis et les envieux de Voltaire triomphèrent; on en fit en français une comédie intitulée : Tantale en procès, qui fut attribuée rien moins qu'au roi, mais à tort. On connaît l'épigramme de Lessing qui finit par ces mots : « Enfin, si l'on veut savoir pourquoi la ruse du juif ne lui réussit pas, on aura à peu près cette réponse : le sieur V*** était un plus rusé compère. » Qu'en savait Lessing? va-t-on demander. Hélas! il ne le savait que trop. 11 avait — étrange jeu du sort! — traduit en allemand les papiers français de Voltaire concernant le procès du juif. Son ami, le professeur de français Richier, qui alors faisait fonction de secrétaire près de Voltaire, avait procuré à ce jeune homme de vingt-deux ans, vivant

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