‹ Voltaire: six conférencesChapitre 129 sur 257 · REPROCHES · texte numérisé non relu

REPROCHES

ferez aucun plaisir de venir ici, et vous pouvez tout autant rester à Berlin. » Quatre jours plus tard, Frédéric prend la chose plus gaiement, sans pourtant rien accorder au pécheur, qui pendant ce temps avait encore imploré son indulgence. « Si vous voulez venir ici, écrit-il, vous en êtes le maître : je n'y entends parler d'aucun procès, pas même du vôtre. Puisque vous l'avez gagné , je vous en félicite et je suis bien aise que cette affaire soit finie. J'espère que vous n'aurez plus de querelle ni avec le Vieux ni avec le Nouveau Testament; ces sortes de compromis sont flétrissants, et avec les talents du plus bel esprit de France, vous ne couvririez pas les taches que cette conduite imprimerait à la longue à votre réputation. Un libraire, un violon de l'Opéra — continue Frédéric, faisant allusion à certaines affaires antérieures de Paris — un juif joaillier, ce sont en vérité des gens dont, dans aucune sorte d'affaires, les noms ne devraient se trouver à côté du vôtre. J'écris cette lettre avec le gros bon sens d'un Allemand, qui dit ce qu'il pense sans employer de termes équivoques et de flasques adoucissements qui défigurent la vérité; c'est à vous d'en profiter. » Combien diffère le ton de cette lettre, de celui où, l'été auparavant, Frédéric déterminait Voltaire à rester ! Combien se sont transformées, en moins d'une demi-année , les dispositions et la situation ! et, il faut le dire, entièrement par la faute de Voltaire, que Frédéric supportait et choyait avec la magnanimité d'un roi autant qu'avec l'indulgence d'un ami.

Tant bien que mal, les choses reprennent leur cours habituel, et Voltaire vit, en apparence comme autrefois, tantôt à Berlin, tantôt à Potsdam , tantôt avec le roi, tantôt,

Page 1