‹ Voltaire: six conférencesChapitre 131 sur 257 · VOLTAIRE ET MAUPERTUIS · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ET MAUPERTUIS

jeté les yeux sur lui, et, parvenu au pouvoir il l'appela à lui comme président de l'académie de Berlin. Maupertuis était un homme orgueilleux, d'une ambition indomptable, avec des manières peu agréables, des opinions souvent baroques, impatient de toute contradiction, âpre et sans ménagement dans la polémique, et habitué à régner en maître dans son académie, où il avait d'ailleurs montré un réel mérite. Aux soupers du roi et ailleurs il se rencontrait assez souvent avec Voltaire. Au début, tout parut aller le mieux du monde; chacun se louait de l'autre dans ses lettres. Voltaire voyait toujours le mathématicien avec un reste du vieux respect, qui finit pourtant à la longue par lui devenir d'autant plus fatigant, que l'autre prétendait en faire un droit. Et l'on peut également penser que la situation privilégiée du poëte devait être pour le président, fier de son savoir exact, une cause de désappointement. Ce Maupertuis aurait alors colporté l'histoire du linge sale; et Voltaire apprit qu'il avait dû lui préparer d'autres embarras. Pendant l'hiver de 1751 à 1752, un homme de lettre français, La Beaumelle, de retour de Copenhague où il avait inutilement cherché fortune, était venu à Berlin, apportant avec lui un écrit intitulé : Mes pensées ou Qu'en dira-t-on? dont il fit courir des exemplaires. Dans cet écrit il y avait ce passage : « Il y a eu de plus grands poètes que Voltaire, il n'y en eut jamais de si bien récompensés, parce que le goût ne mit jamais de bornes à ses récompenses. Le roi de Prusse comble de bienfaits les hommes de talent, précisément par les mêmes raisons qui engagent un petit prince d'Allemagne à combler de bienfaits un bouffon ou un nain. » L'homme de lettres

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