DÉPART DE VOLTAIRE
reporta à Voltaire la croix et la clef, et eut avec lui une longue conversation. Peu de jours après, le roi le voulut de nouveau à souper; à la fin du mois, il Tinvita à revenir avec lui à Potsdam; il lui envoya du quinquina, pour hâter sa guérison : ce n'est pas cela qu'il lui faut, écrit Voltaire, c'est son congé. Il demande la permission d'aller faire une cure à Plombières ; le roi lui fait répondre qu'il y a aussi d'excellentes sources dans son pays , entre autres à Glatz ; comme si, dit notre Français, on envoyait prendre les eaux en Sibérie ; il tint pour Plombières. Alors le roi se fâcha sérieusement : le prétexte de Plombières n'était pas nécessaire pour demander son congé, lui écrivit-il, il pouvait quitter son service quand il le voudrait; mais, avant de partir, il devait lui faire remettre le contt'at de son engagement, la clef, la croix et le volume de poésies qu'il lui avait confié. Ce dernier était un choix de poésies de Frédéric,, imprimé au château de Potsdam, à un petit nombre d'exemplaires, et seulement pour les plus intimes amis, et Voltaire en avait eu un en son temps. Mais il ne voulait pas partir ainsi dans la disgrâce : que dirait le monde, et surtout Paris ? Il écrivit à ce sujet une plaisante lettre, pour obtenir un congé personnel. Le roi accéda à son désir : il put venir à Potsdam et demeurer au château comme autrefois ; il y resta presque huit jours ; on mangea ensemble, en apparence, avec toute cordialité, et Voltaire promit de revenir en automne , après la fin de sa cure ; c'est pourquoi il dut emporter la croix, la clef et le volume de poésies royales. Voltaire partit de Potsdam le 26 riiars 1753, et, ce qui doit avoir été dès lors son intention, lui et Frédéric ne se revirent plus.