‹ Voltaire: six conférencesChapitre 139 sur 257 · ESCARMOUCHES A LEIPZIG · texte numérisé non relu

ESCARMOUCHES A LEIPZIG

Voltaire voyageait en grand seigneur, dans une Toiture commode, attelée de quatre, parfois de six chevaux de poste, avec deux laquais sur le siège, et à côté de lui, dans l'intérieur, entre les cartons et les caisses, son secrétaire. On arriva au soir du second jour à Leipzig, d'où, pendant un séjour de trois semaines, on entretint avec Paris une correspondance enjouée ; on visita Gottscher comme représentant de la littérature allemande, et les escarmouches continuèrent à distance avec Maupertuis. Celui-ci, ayant appris que Voltaire avait en réserve une nouvelle attaque, s'était laissé emporter à lui écrire à Leipzig, le menaçant d'une vengeance personnelle. Naturellement il se jetait ainsi sur l'arme de son adversaire; car celui-ci ne lui donna pas seulement une réponse par lettre, dans un style des plus goguenards, mais il fit insérer dans un journal de Leipzig, le Gouverneur, une manière de signalement ainsi conçu : « Un quidam ayant écrit une lettre à un habitant de Leipzig, par laquelle il menace ledit habitant de l'assassiner, et les assassinats étant visiblement contraires aux privilèges de la Foire, on prie tous et un chacun de donner connaissance dudit quidam , quand il se présentera aux portes de Leipzig. C'est un philosophe qui marche en raison composée de l'air distrait et de l'air précipité, l'œil rond et petit, et la perruque de même ; le nez écrasé, la physionomie mauvaise, ayant le visage plein et l'esprit plein de lui-même, portant toujours scalpel en poche, pour disséquer-les gens de haute taille. Ceux qui en donneront connaissance auront mille ducats de récompense, assignés sur les fonds de la ville latine que ledit quidam fait bâtir, ou sur la première comète d'or et de diamants

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