‹ Voltaire: six conférencesChapitre 140 sur 257 · RÉSOLUTION DU R<»I · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION DU R<»I

qui doit tomber incessamment sur la terre , selon les prédictions dudit quidam philosophe et assassin. »

Que pouvait un grave président d'Académie contre un homme qui maniait de telles armes ? D'ailleurs, ce dernier s'y blessa lui-même. Il avait donné sa parole au roi, en prenant congé de lui, de rester tranquille à l'endroit de Maupertuis; et à peine avait-il passé la frontière, qu'il le défiait de nouveau. En même temps émergeaient à Berlin des parodies des vers royaux, qu'on attribua à Voltaire, de qui courait en outre une lettre très-mordante au secrétaire perpétuel de l'Académie. Et le roi avait laissé entre les mains d'un homme aussi inconstant , sans parler de quantité de billets confidentiels, un volume dont il pouvait faire un usage si désagréable, si dangereux pour Frédéric. Car, combien de traits de sa malice avait pu lancer celui-ci contre ses collègues couronnés , rois et princesses ! Depuis longtemps Frédéric avait le soupçon, et non tout à fait sans fondement, que sur ce point Voltaire n'avait pas été entièrement discret avec ses amis de Paris. Donc, conclusion : Voltaire ne doit pas sortir d'Allemagne sans avoir rendu le livre de poésies; et puisqu'on lui ôte cela, on lui ôtera d'autant plus la croix et la clef, afin que toute relation soit définitivement rompue avec lui. Des ordres en ce sens précédèrent Voltaire, lui réservant une embûche à sa dernière station, vers laquelle il s'acheminait lentement et commodément.

A Gotha, où il se rendit après Leipzig, il reçut du duc et de la duchesse un accueil si gracieTix, fut si bien hébergé dans le château même, qn'il y resta près de cinq semaine?. La duchesse sut l'y retenir par un projet littéraire. Elle désirait de lui, — une princesse allemande , d'un écrivain

Page 1