‹ Voltaire: six conférencesChapitre 141 sur 257 · ARRESTATION · texte numérisé non relu

ARRESTATION

français , — une histoire allemande , qu'on pût lire naturellement ; car , que pouvait-on faire des in-quarto des Maskow et des Bunau? Voltaire mit donc à contribution, avec sa vivacité ordinaire, la bibliothèque de Gotha, avec son secrétaire Collini, qui lui faisait des extraits, et prépara ses Annales de V Empire , qui l'occupèrent encore beaucoup les années suivantes : la plus travaillée et la plus savante de ses œuvres, comme le proclame son collaborateur Collini;. la seule ennuyeuse qu'il ait faite, dit bientôt le public d'une commune voix. De Gotha il alla à Cassel ; de là, après une visite au landgrave, à Wabern, à Francfort, où il entra le soir du 31 mai , et prit son logement à l'hôtel du Lion-^'Or.

Le lendemain matin, tout était déjà prêt pour le départ; la voiture et les chevaux attendaient, lorsqu'un certain Freytag , conseiller de guerre prussien et résident de Francfort, accompagné d'un officier de recrutement et d'un sénateur de Francfort, vint s'installer chez Voltaire, et lui demanda, au nom du roi, sa croix, sa clef, le contrat de son engagement et le volume de poésies. Voltaire, fort surpris, remit aussitôt la croix et la clef à Freytag, fit ouvrir ses coffres, d'où les papiers furent tirés et scellés; il regretta de ne pas avoir sur les lieux le volume de poésies , qui se trouvait dans une caisse laissée à Leipzig pour être expédiée à Strasbourg, mais dit qu'il allait écrire sur-le-champ. La perquisition avait duré de 9 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir, et Voltaire resta consigné à l'hôtel, sur sa parole, jusqu'à l'arrivée de la caisse, avec une promesse écrite de Freytag, qu'aussitôt le volume rendu , il ne serait plus mis aucun obstacle à son

148 DISPOSITION d'esprit de voltaire.

voyage. Sa nièce, M"»« Denis, qui l'attendait à Strasbourg, se hâta d'accourir près de lui à la nouvelle de ce contretemps , et prit part ensuite à toute l'affaire de Francfort. Voltaire fut très-irrité; il écrivit, pour se plaindre , dans toutes les directions, à l'empereur lui-même, auquel il promettait d'importantes révélations, naturellement au désavantage de Frédéric, si on lui permettait d'aller secrètement à Vienne. En même temps, il fît néanmoins écrire à ce dernier, par sa nièce, une lettre destinée à le toucher. Ce qui ne l'empêchait pas de s'occuper de ^q^ Annales de V Empire, comme il s'était occupé à Berlin de contes comiques, de la Pucelle elle-même, pendant les semaines si troublées de ses différends avec Frédéric. « Ce qui aurait paralysé les moyens d'un homme ordinaire, dit à cette occasion CoUini, donnait plus d'essor à cet homme étonnant. Il possédait l'art d'affaiblir les chagrins par des objets contraires. » Dans de telles dispositions, il fallait se garder de lui. Le libraire hollandais Van Duren, qui, du reste, ne lui avait pas laissé un bon souvenir à l'époque des pourparlers concernant VAntimachiavel, parut un matin pendant ces jours d'arrêts, et présenta au secrétaire un compte vieux de treize ans. Voltaire s'emporta; et lorsque l'après-midi le libraire se montra dans le jardin de l'hôtel, il courut sur lui comme un furieux, lui appliqua un soufflet. Le malin CoUini dit au battu , pour le consoler, que le soufflet venait d'un grand homme.

Freytag avait envoyé à Berlin un compte rendu détaillé du résultat de sa perquisition , et avait demandé de plus amples instructions. La réponse de Fredersdorf fut que le roi était en voyage, mais qu'on Fattendait sous peu de

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