RETARDS
VOUS donc mal ? s'écria-t-il. Fingo, fingo (je fais semblant) lui répond à demi-voix Voltaire , qui n'avait voulu qu'inquiéter ses persécuteurs. Après deux heures d'attente , les prisonniers furent remis à un nommé Dorn, employé de Freytag, qui ne les ramena pas à l'hôtel du Lion-d'Or, mais à celui de la Corne-de-Bouc , où il fit aussitôt amener M™« Denis. Naturellement on leur donna une garde, puisqu'ils avaient déclaré ne plus se considérer comme obligés par leur parole.
Cela se passait le 20; le 21 arriva l'ordre royal, et le 25 celui de les laisser aller sans condition.- Mais, par sa tentative de fuite, le prisonnier avait rompu les arrêts du roi ; et par là un nouvel état de choses était créé , qui, dans la conviction de l'inepte Freytag, devait nécessiter un nouveau rapport à Berlin et provoquer un nouvel ordre d'arrestation. Quinze jours s'écoulèrent encore ainsi , et alors Freytag, qui avait eu à subir une verte semonce de Berlin pour sa maladresse , se crut autorisé à laisser libres les prisonniers. Voltaire rédigea une protestation contre ces violences, et si son secrétaire ne s'était interposé, il aurait tiré sur le détesté Dorn, qui avait paru devant lui, dans la meilleure intention du monde, pour rapporter les objets saisis sur lui. Après son départ,* précipité par ce dernier trait, le coffre qui contenait ses effets et son argent fut oflSciellement ouvert , et 100 florins en furent enlevés pour couvrir les dépenses. Voltaire put retirer le reste contre quittance , quand il le voudrait ; mais il ne le fit point, préférant abandonner argent et valeurs, afin de pouvoir plus tard répandre dans le monde que, sans parler d'autres mauvais traitements, il avait