‹ Voltaire: six conférencesChapitre 144 sur 257 · EXAGÉRATIONS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

EXAGÉRATIONS DE VOLTAIRE

été dépouillé à Francfort. Quand il s'agissait d'atteindre un but, ne fùl-ce qu'un eifet oratoire, Voltaire ne s'inquiétait jamais outre mesure de la vérité, et jouait avec les circonstances secondaires, parfois même avec les circonstances principales, avec une licence toute poétique. Mais il n'a jamais menti aussi impudemment que dans la masse de lettres et de notes émanées de lui sur cette affaire de Francfort ; c'est que nulle autre ne l'avait autant froissé. Tout le monde connaît le «. Monsir » et « l'œuvre de poëshie » du pauvre Freytag , tandis que son rapport original aux archives de Berlin est d'une orthographe irréprochable. Mais la présence d'une dame dans cette affaire était inestimable pour le récit de Voltaire. M"® Denis y apparaît continuellement, en proie à des attaques de nerfs et à des évanouissements, qui n'étaient guère dans la nature de cette femme résolue. Une Parisienne traînée par la ville avec une escorte militaire, quelle barbarie gothique ! et des soldats comme femmes de chambre ! et des baïonnettes comme rideaux de lit ! Pouvail^on répéter trop souvent de telles façons de dire , quand on les avait une fois inventées? Elles trouvèrent de la foi et la conservèrent; Voltaire parlait fort, les archives de Berlin étaient muettes, jusqu'à ce qu'à une époque toute récente, les véritables documents aient été produits.

Cette histoire de Francfort fut malheureuse pour les deux parties, et plus encore pour le roi que pour le poëte. Le dernier en fut quitte avec quelques semaines d'un état d'esprit pénible; la gloire du premier en a souffert jusqu'à nos jours. Et, cependant, tout ce qu'il y eut de pis dans cette affaire fut le produit du hasard. Si Voltaire, lorsque

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Frejtag Ini fit sa désagréable visite, avait en dans la main le volume rojal , il aurait pu oontinuer son chemin sans obstacle ; si le roi n'avait pas été éloigné de sa capitale pour les choses du gouvernement , et s'il avait été moins maladroitement servi à Francfort , la moitié au moins de sa peine aurait été épargnée au poëte. Mais, après ce que Voltaire avait laissé voir de ses intentions à Leipzig, le roi avait toute raison de lui redemander ses poésies , et le retrait de la croix et de la clef en étaient la conséquence. Si Voltaire était parti de Potsdam avec ces intentions, l'exécution de son Akakia en était cause; et le roi v avait été entraîné par sa première démarche fausse, son immixtion dans la querelle des savants, tandis que ce reproche pèse sur Voltaire, qui ne sut pas sacrifier, par égards pour un prince qui avait tant fait pour lui, le plaisir de la satire et de la vengeance. Il y eut faute des deux côtés ; mais l'introduction de circonstances sur lesquelles on ne pouvait compter doit entièrement rester hors de cause.

De Francfort, Voltaire alla, le 7 juillet, à Mavence, où il séjourna pendant trois semaines pour sécher, comme il dit, ses habits mouillés dans le naufrage et pour continuer ses Annales de l'Empire, Là, ce fut la noblesse qui fit la cour à l'homme célèbre ; puis il reçut du voisinage une invitation princière qui . en ce moment , en face de la rupture avec Frédéric , fut doublement bienvenue. Mais Frédéric et Charles Théodore ! Ce dernier ou avant-dernier électeur palatin était un homme totalement nul , un de ces princes allemands élevés à la française, chez lesquels l'amour de la littérature et de l'art, sans avoir de profondes racines, faisait partie de leur vaine pompe. Sur sou invi-

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