MADAME DENIS A PARIS
n'était pas encore guéri de cette faiblesse de croire qu'il lui fallait quelque part une cour où il lui plût de passer sa vie. De Francfort, M"»® Denis était revenue à Paris pour sonder les sentiments et rendre possible le retour de l'oncle. Sachant combien elle-même était intéressée dans la question, nous croirons sans peine quelle dut y frapper à toutes les portes. Mais les nouvelles qu'elle put traû«mettre ne furent nullement favorables. Les ennemis, surtout les ecclésiastiques, firent tout pour fortifier l'antipathie du roi, accrue en outre par la désertion de Voltaire vers Frédéric. Il dut alors comprendre qu'il lui fallait s'arrêter plus longtemps encore sur le seuil de sa patrie. Les Annales de r Empire étaient presque achevées; un frère du professeur Schœpflin avait une imprimerie à Colmar, et, grâce à une avance de Voltaire, il entreprit l'impression . Celui-ci fixa donc, au commencement d'octobre, sa résidence à Colmar, pour veiller sur cette impression de son œuvre. Les nouvelles de Paris annonçaient de plus en plus que c'étaient surtout les motifs rehgieux qui étaient mis en avant à la cour contre Ini, de même qu'il se voyait à Colmar entouré d'espions ecclésiastiques. Il s'agissait alors de faire au grand jour preuve de son attachement pour l'Eglise, et, avec sa façon de penser, cela ne coûtait à Voltaire nulle contrainte. En 1754 il participa à la communion pascale, sans cependant améliorer par là sa situation. Ses amis levèrent les épaules de sa faiblesse ; ses ennemis grincèrent des dents, disant qu'il tournait les choses saintes en ridicule. On ne voulut de lui à Paris pas plus qu'auparavant.
Mais on pouvait bien le laisser aller, un homme malade, à Plombières, les bains des Vosges. Seulement, ô malheur!