‹ Voltaire: six conférencesChapitre 148 sur 257 · VOLTAIRE A LYON · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A LYON

suite au rappel du roi. si ce rappel fût venu ; mais c'eût été pour lui une marque d'honneur dont il se fût servi d'un autre coté. Ses regards continuaient à être tournés vers Paris et Versailles , où il avait conservé quelques protecteurs. A ceux-ci appartenait depuis longtemps, comme nous le savons, le duc de Richelieu, un débauché sans caractère, qui n'était pas meilleur dans ses rapports avec Voltaire qu'avec tous les autres. Pourtant ce dernier s'accrochait solidement à lui, quoi que pussent dire d'Alembert et ses autres amis contre « sa vieille poupée. » Ce protecteur partait alors pour le gouvernement du Languedoc, et une rencontre à Lyon fut concertée avec lui. Elle eut lieu en novembre ; mais le duc n'apportait pas grand encouragement. A tout ce qui était déjà contre lui, s'ajoutaient encore des copies delsLPucelle, qui couraient dans Paris, et qu'on pouvait avoir pour un louis d'or. Son auteur savait bien quel devait être l'effet produit; dans son poëme, à côté du sacré, le profane, la cour et la hiérarchie, le roi et sa maîtresse n'étaient pas ménagés. Voltaire fit plus tard imprimer la Pucelle , sans ces passages, qu'il déclarait, nous le savons, avoir été ajoutés par ses ennemis, et l'envoya à la Pompadour et aux ministres. Mais pouvait-il les tromper?

Dans l'état présent de ses affaires, le cardinal de Tencin, archevêque de Lyon, était pour lui un personnage particulièrement important. Malgré sa goutte, il mit ses habits de gala et se fît conduire un jour au palais archiépiscopal. CoUini lui donna le bras jusque dans l'antichambre du cardinal, tant la marche lui était pénible. Mais à peine était-il entré chez celui-ci qu'il ressortit, reprit le bras de

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son secrétaire et se dirigea sans rien dire vers sa voiture. Là il dit, après un silence rêveur : « Mon ami , ce pays n'est pas fait pour moi. » L'archevêque lui avait déclaré qu'il ne pouvait admettre à sa table un homme mal vu à la cour, et le commandant de la ville se comporta de la même façon. Comme son cœur l'avait été par la précédente rencontre avec la margrave, son amour-propre fut certainement flatté de voir l'Académie des sciences et des beauxarts de Lyon l'admettre dans son sein, son Brutus et sa Mérope représentés au théâtre de la ville, et le public le couvrir d'acclamations chaque fois qu'il y parut ; en somme, tout cela ne pouvait rien changer. Ce pays n'était pas fait pour lui, du moins pour le moment, il le savait maintenant ; il lui fallait se chercher une autre patrie. Après un séjour de six semaines, quelque temps avant Noël il quitta Lyon et se dirigea vers Genève. Il était déjà tard, dans la soirée, quand il arriva devant la ville, et les portes étaient fermées. Elles s'ouvrirent pour lui, et avec elles une nouvelle période de la vie de Voltaire, qui, pour être la dernière, n'est pas la plus mauvaise.

Il n'entrait pas dans les idées de Voltaire de rester à Genève même. Mais la beauté des sites au bord du lac, là bonne nature des habitants, l'attiraient; à quoi s'ajoutait encore qu'on se trouvait dans un pays parlant la langue française, et tout près de la France sans être sous sa dépendance. Aussi l'invitation du propriétaire du château de Prangin, près Nyon dans le Valais, qui lui permit de s'y installer pendant quelque temps, fut-elle la bienvenue. Voltaire y passa les premiers mois de l'année 1755. C'était, comme le dit CoUini, « un temps de repos destiné à choisir enfin une demeure où le philosophe pût achever en paix sa carrière ».

Son regard tomba successivement sur une maison de campagne près de Lausanne, nommée Monrion, et sur une propriété avec villa, non loin de Genève, qui portait alors le nom de Saint-Jean; il acheta toutes deux sa vie durant, et bientôt encore une maison à Lausanne même, et dans les premières années il se tint quelques mois de l'hiver à Mon-

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