TOURNAY ET FERNEY
prit, avait encore besoin de s'étendre au dehors. Comme il avait été tenté auparavant de spéculer dans la banque et le commerce, il éprouvait maintenant le désir de posséder des biens fonds. Puis une autre raison venait s'y ajouter. Monrion se trouvait sur- le territoire de Berne, les Délices sur celui de Genève ; car Voltaire avait coutume de dire qu'un philosophe doit toujours avoir deux ou trois trous sous terre contre les chiens qui le poursuivent : s'il s'en procurait un semblable sur la frontière de France, il aurait, en cas de nécessité, le choix entre trois contrées. L'occasion se présenta précisément en 1758 d'acquérir deux domaines plus importants dans le pays de Gex , entre le lac de Genève et le Jura. Ce petit pays n'était pas dans un état bien prospère ; la révocation de l'édit de Nantes en avait chassé nombre d'habitants les plus industrieux, de sorte que beaucoup de champs restaient incultes; mais rendre la vie à une contrée déserte et la relever avait justement pour Voltaire un charme particulier. Il acheta donc du président de Brosse le château et la seigneurie de Tournay, à l'ouest du lac, et à des conditions si lourdes qu'il paraît s'en être bientôt repenti ; car il tenta d'améliorer le marché par toutes sortes d'artifices et de chicanes, sans«cependant rien obtenir du juriste consommé auquel il avait affaire. La même année il acheta d'un sieur Budé de Boisy la seigneurie de Ferney , qui s'avançait davantage dans l'intérieur du pays. Les deux propriétés, avec leurs dépendances, avaient quelque chose comme un mille carré d'étendue. Voltaire désigne Ferney comme une seigneurie entièrement libre, telle qu'il n'y en a pas deux dans le royaume. On le voit, après qu'il lui eut fallu renoncer