DIRECTION NOUVELLE
plus s'arrêter devant aucune considération, ses productions affectèrent davantage encore la forme de la polémique; comme il s'agissait de produire un effet immédiat et profond , et comme il se savait doué pour les luttes légères de la satire, plutôt que pour les lourds et savants traités, ses écrits prirent, pour la plus grande part, la forme de brochures. Des polémiques , des satires, voilà ce qu'il lançait dans le monde, et surtout en France, par les presses de la Suisse et de la Hollande; presque chaque mois apportait une nouveauté de cette nature, et toujours comme venant d'un écrivain différent, le véritable auteur se dissimulant derrière le nom d'un auteur ou mort ou n'ayant jamais existé. Frapper, mais ne pas laisser voir la main , telle était dans ce cas la devise de Voltaire. Il écrivait à d'Alembert qu'il était chaud ami de la vérité, mais pas du tout ami du martyre. Craignant des embarras à cause de son Dictionnaire philosophique (dont nous aurons à reparler), il écrivait au même d'une façon trèscaractéristique : « Dès qu'il y aura le moindre danger, je vous demande en grâce de m'avertir, afin que je désavoue l'ouvrage dans tous les papiers publics, avec ma candeur et mon innocence ordinaires. » Cependant on le comprendrait mal si l'on voulait croire qu'il ne cherchait que sa sûreté ; il agissait plutôt ainsi parce qu'il jugeait cette façon de combattre comme la seule réellement appropriée à la lutte qu'il avait entreprise. Tout compte fait, l'ennemi auquel on s'attaque dans un cas semblable, c'est la sottise; mais la sottise est un personnage burlesque qu'il faut traiter d'une façon burlesque, c'est-à-dire mystifier et duper. Se saisir de ce personnage biHfJesque et l'amener