‹ Voltaire: six conférencesChapitre 153 sur 257 · BROCHURES · texte numérisé non relu

BROCHURES

sur la scène dans une situation tragique, c'est fauter contre Tart d'écrire; Texécuteur ferait lui-même une plaisante figure. Voltaire s'est répété dans ses écrits plus souvent qu'on ne le désirerait; il cherche à faire pénétrer les mêmes pensées sous les formes et les rapprochements les plus divers. On l'en blâmait ; il répondait qu'il se répétait en effet, et qu'il se répéterait jusqu'à ce qu'on devienne meilleur. Quand les libraires imprimaient sans choix, et le plus souvent sans le consulter, tout ce qui sortait de sa plume, ce qui avait de la valeur et ce qui n'en avait pas, il avait coutume de dire en plaisantant : « On ne va point à la postérité avec un si gros bagage. » Et, en effet, les soixantedix volumes de ses œuvres complètes, comme chez nous les quarante volumes de Goethe, ont été un obstacle à la vulgarisation de ses travaux.

Pour arriver toujours à temps avec ses brochures, pour suivre pas à pas les questions du jour qui occupèrent la capitale de la France durant ces années, un écrivain habitant un coin du Jura avait besoin de relations constantes avec Paris. Et si nous songeons à la lenteur des postes à cette époque, aux tribulations et aux retards sans fin, résultant de l'usage d'ouvrir les lettres, de saisir les livres suspects à la frontière, nous ne ' pouvons assez admirer combien Voltaire était vivement et excellemment servi. Les lettres et les nouvelles lui arrivaient des côtés les plus divers ; il me faut cependant ici mentionner quelques-uns de ses correspondants ordinaires. Pour les choses du théâtre, pour les affaires personnelles ou domestiques, ses intermédiaires constants étaient le comte d'Argental, un amateur passionné du théâtre , et son épouse , qu'il avait

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coutume d'appeler, en raison de leur dévouement, ses anges gardiens ou simplement ses anges. Le tenir au courant des alTaires de l'Académie, du monde des savants ou des littérateurs, était le rôle de d'Alembert, qui, dans cette correspondance, se montre aussi l'homme de la modération et de la circonspection, cherche souvent à apaiser les violences et les rancunes de Voltaire , mais parfois aussi parait quelque peu froid en face de cette ardeur dans Tamitié. , Voltaire se sentait rempli d'un profond respect pour cet homme' qui avait résisté à de brillants appels, comme celui de Frédéric voulant le faire président de l'Académie de Berlin, comme celui de Catherine de Russie lui demandant d'être l'éducateur ,de son fils, et restait à Paris, exposé de tous côtés à la défaveur, et forcé à de grands efforts pour assurer sa subsistance; pour cet homme qu'il reconnaissait, en outre, comme une autorité dans le domaine de la science. Un troisième correspondant intime dans les choses de la mission de Voltaire, de sa lutte sourde contre la superstition et les puissances, était Damilaville, homme extrêmement honorable, occupant une fonction inférieure dans les finances , qui, d'ailleurs, écrwit dans VBncf/clopédie des articles satiriques estimés, et qui mourut en 1768, dans de cruelles souffrances, au grand chagrin de Voltaire.

Si nous portons nos regards sur les productions de Voltaire pendant cette dernière période, dans les domaines déjà cultivés par lui, en ce qui touche à la poésie, nous ne nous arrêterons plus sur ses œuvres dramatiques, bien qu'une des plus célèbres, Tancrède, appartienne à cette époque.

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