POËME SUR LE TREMBLEMENT DE TERRE DE LISBONNE
Ses poëmes didactiques ou descriptifs ont plus de rapport avec ce qui devient de plus en plus la préoccupation principale de Voltaire. Deux des mieux connus furent inspirés par un événement de la nature. Le 1«' novembre 1755 eut lieu le tremblement de terre de Lisbonne ; et si la foi enfantine de Goethe, alors âgé de six ans, en fut un moment troublée, selon ce qu'il nous raconte , en voyant les sages et les savants ne pouvoir s'accorder sur la manière de considérer un tel phénomène , le sexagénaire Voltaire chercha à s'en rendre compte , à sa propre manière , dans un poëme sur le désastre de Lisbonne, Cette grande destruction est une preuve terrible que le mal est sur la terre et que la proposition de Pope « tout est bien » est une grande erreur. Mais comment expliquer le mal ? comment le comprendre ? Est-ce un châtiment divin, comme disent les prêtres? Pourquoi Lisbonne alors Taurait-il mérité plutôt que toute autre ville? D'où le vers devenu fameux :
« Lisbonne est abîmée et Ton danse à Paris. »
A qui faut-il s'en prendre? A un mauvais génie, au noir Typhon, au barbare Arimane? Ce sont d'odieux monstres inventés par des temps d'ignorance. Mais comment concevra-t-on que le mal naisse d'un Dieu bon, qu'on représente comme tout-puissant ? Par la nécessité des lois de la nature, disent les philosophes optimistes. Mais comment prouveront-ils que ces feux souterrains ont dû, pour le bien du monde, se trouver justement sous Lisbonne? Nous tournons ainsi dans un cercle d'incertitudes, et il ne nous reste rien que la résignation et l'espérance. Mais l'espérance elle-même, dit le poëte dans une note, est accom-