ZADIG
jardin. » Ou, comme le dit le sage pessimiste du roman : « Travaillons sans raisonner, c'est le seul moyen de rendre la vie supportable. » L'idée fondamentale du roman intéresse tout d'abord ; et il ne manque pas de scènes surprenantes ou comiques, de traits pétillants d'esprit. La question de Candide , qui , après avoir été fessé dans un auto-da-fé à Lisbonne, se demande : « Si c'est ici le meilleur des mondes possibles, que sont donc les autres? » est tout à fait dans la nature de Voltaire; et le souper de Venise avec six majestés détrônées , qui se trouvaient là pour le carnaval, est de l'effet le plus gai. Mais, tout compte fait, et jugé à notre point de vue actuel, Candide est au-dessous de sa réputation. Je vais encore examiner quelques-uns des romans les plus importants de Voltaire, pour asseoir plus solidement mon jugement.
Zadig ou la Destinée^ histoire orientale y fut, au dire de Longchamp, composé à Sceaux, pour la duchesse du Maine, par conséquent dix années avant Candide, et nous montre, puisqu'il repose sur la même question, combien le poëte en était constamment et sérieusement occupé. « Qu'est-ce donc que la vie humaine? s'écrie le héros dans sa misère. vertu ! à quoi m'avez-vous servi ? Tout ce que j'ai fait de bien a toujours été pour moi une source de malédiction ; si j'eusse été méchant comme tant d'autres, je serais heureux comme eux. » Un passage de la fin montre que Voltaire était alors plus satisfait que lorsqu'il fit Candide , de la pensée de Pope, supposant une gradation infinie de mondes où chacun est à sa place le monde qui convient. « Il est donc nécessaire , demande Zadig à un compagnon do voyage (jui venait de se faire