MEMN'OX
connaître pour un génie puissant, il est donc nécessaire qu'il y ait des crimes et des malheurs ? et les malheurs tombent sur les gens de bien ! — Les méchants , telle est la réponse , sont toujours malheureux ; ils servent à éprouver un petit nombre de justes répandus sur la terre, et il n'y a point de mal dont il ne naisse un bien. » — « Mais, dit Zadig, s'il n'y avait que du bien et point de mal ? — Alors , reprend le génie , cette terre serait une autre terre, l'enchaînement des événements serait un autre ordre de sagesse ; et cet ordre , qui serait parfait, ne peut être que dans la demeure éternelle de l'Etre suprême, de qui le mal ne peut approcher. » .Dans un plus petit conte, Me^nnon ou la sagesse humaine , le même thème est développé d'une façon plus enjouée. Ici encore un génie apprend au héros que dans les cent mille milliers de mondes dispersés dans l'étendue , tout se suit par degrés. On a moins de sagesse et de plaisir dans le second que dans le premier , moins dans le troisième que dans le second, ainsi du reste jusqu'au dernier, où tout le monde est complètement fou. « J'ai bien peur, lui dit Memnon, que notre petit globe terraqué ne soit précisément les Petites-Maisons de l'univers! — Pas tout à fait, telle est la réponse ; mais il en approche : il faut que tout soit en sa place. »
Dans ses romans , Voltaire aime beaucoup supposer de longues courses par le monde, et cela, pour montrer que dans les pays et les climats différents les choses paraissent bien différentes ; mais qu'au fond tout se passe de la même façon, et partout aussi éloignée de l'idéal. Candide, comme nous l'avons vu , parcourt les deux hémisphères ;