‹ Voltaire: six conférencesChapitre 159 sur 257 · LES ROMANS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LES ROMANS DE VOLTAIRE

elle-même une peinture extrêmement saisissante. Et Y Ingénu est, à nos yeux, le meilleur des romans de Voltaire, justement parce qu'il est le seul, au moins parmi ses plus importants, où les personnages et leur sort s'adressent réellement à nos sentiments d'humanité , où surtout ils soient véritablement hommes. Ailleurs, dans Candide, dans Zadig, ce ne sont que des marionnettes que l'auteur fait mouvoir avec des ficelles , qu'il fait danser selon que l'exige la pensée qu'il a entrepris de mettre en relief par leur concours. Les personnages lui sont à lui-même pleinement indifierents ; il les mène à sa fantaisie, et aussi souvent que cela lui semble utile, il ouvre une trappe par laquelle s'abat sur eux un déluge d'aventures les plus confuses et les plus incroyables. Le monde fabuleux des Mille et une nuits, où il transporte si volontiers ses récits, le costume oriental dont il revêt ses personnages, le dispen.sent totalement de s'astreindre à l'observation de la réalité psychologique. Et pourtant le rôle fondamental du roman est et reste, en les idéalisant et en prenant part à leur sort, au nom des sentiments humains, de peindre des caractères humains et des destinées humaines ; sous ce rapport, parmi les écrivains français de cette époque, Diderot se tient bien au-dessus de Voltaire, avec ses romans ou plutôt ses nouvelles. On dit bien : il y a également des romans philosophiques, humouristiques , dont le but est tout autre. Très-bien; mais pourquoi alors Don Quichotte est-il si uniquement vanté ? et le Tristram Chandy si amusant? sinon, parce que là, le chevalier et son valet, bien que ne paraissant d'abord que comme des caricatures, finissent cependant par nous intéresser bientôt comme de véritables

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hommes , et qu'il y a quelque chose d'analogue , au moins de place en place, dans le roman anglais.

Outre les contes en prose, Voltaire a aussi écrit une série de contes en vers, auxquels la légèreté et la grâce peu communes qu'il apporte dans le maniement des vers ajoutent un charme de plus. Plusieurs de^ces contes, et ce sont les plus agréables, je n'en veux citer pour preuve que celui intitulé : Ce qui plaît aux Dames, parurent sous le titre : Contes de Ginllatime Vadé, en 1764, dans la soixante-dixième année du poëte, et par leur fraîcheur juvénile firent naître la présomption que Voltaire pouvait bien n'avoir fait paraître qu'alors maintes choses de cette sorte composées dans sa jeunesse. Mais son secrétaire Wagnière, qui avait eu dans les mains toutes ces compositions , put témoigner du peu de fondement de ces suppositions ; et ceux qui possèdent au plus haut degré ce parfum de jeunesse sont plutôt ceux qui sont sortis les derniers de la plume de cet homme merveilleux.

Parmi les travaux historiques publiés par Voltaire dans ces années , le plus important avait eu ses assises posées dans un temps bien antérieur. C'est pour la marquise du Chàtelet que, vers 1740, il avait composé deux traités historiques, une philosophie de l'histoire et un essai sur l'histoire de l'esprit humain, depuis Charlemagne jusqu'à nos jours. En 1756, à l'occasion d'une publication fautive, d'une esquisse informe du dernier travail, il publia les deux réunis sous le titre : Essai sur les mœurs et l'esprit des nations et sur les principaux faits de l'histoire, depuis Charlemagne jusqu'à Louis XIII. Il fit précéder Y Essai sur V histoire par la Philosophie de Vhis-

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