‹ Voltaire: six conférencesChapitre 161 sur 257 · LE FANATISME A TOULOUSE · texte numérisé non relu

LE FANATISME A TOULOUSE

aussi devenir catholique, avait d'abord été maltraité par son père et enfin étranglé. Car c'était, selon elle, une maxime secrète des protestants de prévenir par le meurtre le retour des leurs dans le giron de l'Eglise catholique. Celui qui selon toute probabilité s'était suicidé devint, au contraire, un martyr de la vraie religion; les Pénitents blancs , une confrérie ecclésiastique de la ville, portèrent en procession son cadavre à l'église, où fut célébré un office solennel ; on lui éleva un mausolée sur lequel on le représenta tenant dans une main une palme, dans l'autre un papier avec ces mois : Je renonce à l'hérésie. L'affaire vint devant le parlement de Toulouse, et la majorité, entraînée comme le capitoul par l'illusion populaire , après une instruction faite en dehors de toute forme, mais à laquelle, on le conçoit, ne manqua pas la torture, condamna le père à périr sur la roue, et le fils qui avait vu le premier le pendu, au bannissement perpétuel.

Voltaire apprit d'abord l'horrible histoire par des voyageurs venus du sud de la France, puis se procura par lettres des renseignements plus précis, et eut bientôt l'occasion d'interroger le plus jeune fils du condamné, Donat Calas, sur la manière d'être de sa famille. Celui-ci, rempli d'eff*roi par les malheurs qui menaçaient la famille tout entière, avait fui vers la Suisse, de Nîmes où il résidait comme apprenti de commerce ; le pauvre jeune homme fit une si excellente impression sur Voltaire, et ce dernier crut devoir en conclure si favorablement à la valeur morale de la famille, qu'il résolut de consacrer tous ses efforts à cette affaire. Le zèle désintéressé que Voltaire montra à cette occasion, la quantité de lettres qu'il envoya dans toutes

Page 1